Portrait - Le GPS au service de la santé

Louis Massicotte, président-fondateur de l’entreprise Medical Intelligence.
Photo: Jacques Grenier Louis Massicotte, président-fondateur de l’entreprise Medical Intelligence.

Le mois prochain, Louis Massicotte pourra voir quelle sera la réaction de la clientèle française à la mise sur le marché de son bracelet-téléphone antifugue. Il s'agit d'un appareil dont il a eu l'idée en voyant sa mère qui souffrait de la maladie d'Alzheimer échapper parfois à la garde de la famille. Après trois ans de travaux en secret avec des ingénieurs et des spécialistes coronariens et la mise en place d'une entreprise, Medical Intelligence, M. Massicotte prépare un lancement en France qui semble promis à une réussite, à en juger par les alliés sur lesquels il peut déjà compter.

M. Massicotte n'a pas choisi par hasard la France comme rampe de lancement de ce bracelet tout à fait «high tech», baptisé Columba, qui met à contribution le téléphone cellulaire pour la transmission de la voix et de données, le système de localisation GPS et un système logiciel intelligent de détection et d'alerte. En pratique, un tel bracelet permet de laisser en liberté une personne souffrant d'Alzheimer, mais en lui délimitant un territoire précis à l'intérieur duquel elle peut vaquer à ses occupations habituelles, comme aller chez le boulanger ou chez des membres proches de sa famille. Si la personne sort du territoire délimité, il y a alerte transmise à un centre d'appels, en l'occurrence le centre de la compagnie d'assurances AXA. On peut ensuite facilement aller chercher le patient là où il se trouve.

Mais pourquoi la France d'abord? Parce qu'il y a une forte densité de population sur un territoire entièrement couvert par les réseaux de communication cellulaire. En juin 2005, M. Massicotte présentait son bracelet en première à Paris, en collaboration avec Orange, principal opérateur de télécommunications mobiles en France avec plus de 21 millions de clients et un rayonnement potentiel dans une trentaine de pays. En France, il y a au moins 800 000 personnes souffrant d'alzheimer et leur nombre augmente de 120 000 par année, alors que dans les institutions d'accueil le nombre de places ne s'accroît que de 10 000.

En décembre 2005, M. Massicotte fondait une filiale française, Medical Mobile, et recrutait comme directeur le Dr Marc Salomon, cardiologue, de la société Pasteur Mediavita, une filiale de l'Institut Pasteur. En janvier dernier, des annonces importantes se sont succédé. Medical Intelligence, qui avait déjà une entente avec DGX Phama couvrant 22 400 pharmacies françaises, signait une lettre d'intention avec Modelabs, ce qui donnait un accès direct aux distributeurs, grossistes et revendeurs des principaux pays européens. Elle signait aussi une lettre d'intention avec Telefónica Móviles España, le plus important opérateur de téléphonie mobile en Espagne avec 20 millions d'abonnés. Elle concluait ensuite un accord avec Orange pour la commercialisation dans ses téléboutiques du bracelet pendant quatre ans. Enfin, le 1er février, elle signait une autre lettre d'intention, cette fois avec Safelink, pour une licence de distribution et d'exploitation au Danemark.

La formule de la licence permettra à Medical Intelligence de déployer plus rapidement ses services et produits dans certains pays ciblés, de percevoir des revenus sur les droits de licence et sur la vente des produits, en plus de la redevance mensuelle par client pour les services de surveillance et d'intervention. Jusqu'à maintenant, 34 pays, y compris les États-Unis, ont approché Medical Intelligence. M. Massicotte dit privilégier la stratégie de la tache d'huile, c'est-à-dire une expansion progressive à partir de la France dans tout le bassin méditerranéen. «Notre stratégie vise à reproduire le modèle français dans certains pays ciblés, tout en vendant des licences d'exploitation à des entreprises majeures dotées des compétences nécessaires dans d'autres marchés», explique-t-il.

Et le Québec, et le Canada? «On va regarder ça de plus près en 2006», se contente de dire laconiquement le président-fondateur, qui est également président de la filiale française, ce qui l'amène à des séjours à Paris deux fois par mois. «Si c'est important de comprendre ce qui s'est passé quand c'est un échec, c'est encore plus important de le faire quand c'est une réussite», dit-il.

M. Massicotte a pour objectif de vendre cette année en France environ 5000 bracelets dont le prix se situera à plus de 300 euros. La fabrication de cet appareil est confiée présentement à deux entreprises québécoises. Medical Intelligence compte à Québec 20 employés, dont 15 ingénieurs; il y a aussi une dizaine d'employés en Europe.

Cet entrepreneur a également beaucoup travaillé sur un autre produit, le VPS (Vital Positioning System), qui est un système d'alarme cardiaque mis en surface sur la poitrine, lequel permet de détecter un malaise cardiaque avant même que le patient en soit conscient. Un signal serait envoyé instantanément dans un centre ambulancier, qui pourrait alors se rendre auprès du patient avant qu'il ne soit trop tard. En tout temps, le signal de l'activité électrique cardiaque et du lieu où se trouve la personne est transmis à une centrale d'urgence spécialisée. Cette fois, l'idée lui est venue alors que sa conjointe s'inquiétait de le voir se préparer à un marathon en faisant du jogging dans les boisés de la banlieue. «Si quelque chose t'arrivait», lui a-t-elle dit. Le jour même, en courant, le projet a germé. Le VPS pourrait être mis sur le marché fin 2006, début 2007, prévoit M. Massicotte, qui n'a pourtant rien d'un spécialiste en haute technologie.

M. Massicotte, originaire de la Maurice, est arrivé à Québec vers l'âge de 17 ans. Il a d'abord fait de l'animation à la radio, puis, à l'approche de ses 20 ans, il a conçu une campagne de publicité pour Radio Mutuel, ce qui l'a amené à mettre sur pied sa propre compagnie de publicité à 21 ans. Se définissant comme un homme «créatif», il a aussi fondé en 2001 une compagnie, NetCréation, dans laquelle «baignaient ses idées d'entrepreneur en cherchant à identifier les tendances de fond». Le hasard a voulu qu'en 1988 il rencontre Charles Sirois, qui possédait à Québec une compagnie de communications cellulaires. Dès lors, il a toujours gardé à l'esprit cette technologie. «Je me disais qu'un jour le cellulaire ne servirait pas uniquement à transporter la voix», raconte-t-il.

C'est en faisant le lien entre les changements démographiques et technologiques que M. Massicotte en est arrivé à concevoir «des outils complémentaires pour des gens malades». À partir de 2003, dans le grand secret de son sous-sol, avec la collaboration des Drs Richard Bauset, chirurgien cardiaque, Sylvain Plante, cardiologue, s'est poursuivi le travail de mise au point de ces deux appareils, le Columba et le VPS. La commercialisation a été accordée en priorité à Columba.

Comme entreprise, Medical Intelligence a été inscrite à la Bourse de croissance de Toronto le printemps dernier par le truchement d'une coquille vide, St-Moritz Capital. Il y a eu ensuite une émission publique qui a rapporté cinq millions. M. Massicote, qui avait investi environ deux millions dans les premières phases de développement, demeure l'actionnaire majoritaire. D'autres partenaires de la première heure sont aussi actionnaires, ainsi que le Dr Stéphane Bergeron, président et chef de la direction de Medical Intelligence. Le Dr Bergeron a été le fondateur d'Epiderma, un réseau de cliniques d'épilation par laser, qu'il a vendu en 2003.

Où sera rendue Medical Intelligence dans cinq ans? M. Massicotte avoue n'en avoir aucune idée. Il mijote cependant d'autres projets, comme un appareil de même inspiration adapté pour les diabétiques. On l'approche aussi pour lui rappeler les besoins des gens qui souffrent d'autisme ou de schizophrénie. Est-ce qu'un tel appareil ne pourrait pas être mis aux bras des enfants, pour donner aux parents un meilleur contrôle sur leurs déplacements? «Nous créons des outils de liberté, pas de surveillance», répond sans hésiter l'entrepreneur.

Même si elle effectue son lancement commercial sur le marché européen, Medical Intelligence demeure une compagnie québécoise. Dans l'éventualité d'une forte croissance, M. Massicotte dit souhaiter que les investisseurs d'ici voudront faire partie des projets d'expansion.