Emploi: saignée dans le secteur manufacturier

La saignée se poursuit dans le domaine manufacturier. Le secteur a connu en janvier son pire mois en 15 années avec la perte de près de 42 000 emplois au pays.

Cela a porté à 145 000 le total des emplois perdus dans le domaine de janvier 2005 à janvier 2006, indiquent les plus récentes données de Statistique Canada dévoilées hier. L'Ontario a été la province le plus frappée, avec 33 000 emplois perdus, notamment dans la fabrication de meubles et les produits connexes, durement frappés par la concurrence chinoise, ainsi que dans la fabrication de véhicules automobiles et de pièces, où les géants américains Ford et GM sont en pleine crise.

Le Québec s'en est mieux tiré le mois dernier à ce chapitre, avec «seulement» 2400 pertes d'emplois dans le secteur. Il n'y a pas moins perdu un total de 33 300 emplois en un an, et de 71 000 emplois en trois ans, comparativement à 80 200 emplois en un an et 93 000 emplois en trois ans en Ontario. «La baisse des nouvelles commandes, un dollar canadien fort et la concurrence continue des importateurs étrangers figurent au nombre des défis qu'ont dû relever les fabricants au cours des derniers mois», rappelle Statistique Canada.

Dans son ensemble, la situation du marché du travail québécois a marqué un léger recul en janvier avec la perte nette de 8700 emplois et une hausse du taux de chômage de 8,2 % à 8,4 %. «L'avalanche de mises à pied et de fermetures annoncées depuis octobre dernier commence malheureusement à prendre effet», a constaté l'économiste du Mouvement Desjardins, Joëlle Noreau, citant les exemples de BCE, de Denim Swift à Drummondville ou encore de Hospira à Montréal.

Contrairement à ce qu'on pourrait croire, ces pertes ne se sont pas principalement concentrées dans le secteur manufacturier, note-t-elle. Elles se sont plutôt retrouvées, cette fois-ci, dans les services professionnels, scientifiques et techniques (-8500), la santé (-8400) et les autres services (-6400). Des gains ont été réalisés dans les secteurs de l'assurance et de l'immobilier (+13 000), du transport et de l'entreposage (+5900). Au total, le Québec compte 41 100 emplois de plus qu'à pareille date l'an dernier et 78 000 emplois de plus (+2,1 %) qu'en mai 2005, moment où s'est amorcée une tendance à la hausse.

Au Canada, la spectaculaire déconfiture du secteur manufacturier n'a pas empêché un gain net de 26 000 emplois le mois dernier. Le taux de chômage n'en a pas moins légèrement monté, de 6,5 % à 6,6 %, sous l'effet d'une augmentation des personnes en recherche d'emploi. Au total, l'économie canadienne compte 269 000 emplois de plus (+1,7 %) en janvier 2006 qu'en janvier 2005.

La plupart des emplois créés en janvier étaient à temps plein. Les plus fortes hausses ont été observées dans le domaine des ressources naturelles (+12 000), porté par le dynamisme des secteurs pétrolier et gazier, ainsi que dans les administrations publiques (+ 42 000), dont les effectifs ont notamment profité du recrutement de personnel temporaire pour les dernières élections fédérales.

Insolente Alberta

Principales bénéficiaires du boom des prix de l'énergie, les provinces de l'Ouest ont continué de mener le bal en matière de création d'emplois au pays. D'enviable en janvier 2005, avec un taux de chômage de seulement 4,2 %, la situation de l'Alberta en est presque devenue insolente maintenant que ce taux n'est plus que de 3,5 %. La Colombie-Britannique (5,1 %), la Saskatchewan (5,2 %) et le Manitoba (4,3 %) ne s'en tirent pas trop mal non plus. Le succès se révèle moins éclatant en Ontario, où le taux de chômage a augmenté de 6,2 % à 6,5 % en l'espace d'un an, ainsi qu'au Québec (de 8,2 % à 8,4 %). Ces résultats demeurent tout de même relativement bons en comparaison avec les moyennes historiques.

Il devrait même s'améliorer à en croire les plus récentes enquêtes sur les intentions d'embauches des employeurs. «Nos perspectives demeurent positives pour la création d'emplois au Canada, a précisé Joëlle Noreau. Le niveau de dépenses de consommation élevé, le rythme soutenu du marché de l'habitation, les efforts des entreprises pour demeurer compétitives, le dynamisme des économies américaine et canadienne permettront de créer environ 275 000 emplois de décembre 2005 à décembre 2006, soit un peu plus qu'au cours des 12 derniers mois de l'an dernier.»

La situation apparaît d'autant plus positive à son collègue Éric Dubé, économiste à la Financière Banque Nationale, que tous ces nouveaux emplois ne semblent pas exercer trop de pression à la hausse sur les salaires, ce qui alimenterait la spirale inflationniste. Bien que relativement importante, l'augmentation moyenne des salaires au cours des douze derniers mois est, en effet, passée de 3,8 % en décembre 2005 à 3,4 % en janvier dernier. «Cela représente la plus forte décélération en huit mois», dit Éric Dubé. Ce qui peut, a priori, ne pas avoir l'air d'une bonne nouvelle pour tout travailleur qui aspire à de meilleurs revenus, mais qui est rassurant pour ceux qui craignent que la Banque du Canada ne mettent un frein à tout cela en augmentant plus encore les taux d'intérêt par peur de l'inflation.