Hydro ouvre son réseau aux autoproducteurs

La Régie de l’énergie permettra maintenant aux clients d’Hydro-Québec d’exploiter de façon plus rentable la microhydroélectricité, l’éolien, l’énergie photovoltaïque, les biogaz, la biomasse forestière et la géothermie.
Photo: Agence France-Presse (photo) La Régie de l’énergie permettra maintenant aux clients d’Hydro-Québec d’exploiter de façon plus rentable la microhydroélectricité, l’éolien, l’énergie photovoltaïque, les biogaz, la biomasse forestière et la géothermie.

La Régie de l'énergie a sensiblement modifié le tableau des énergies vertes au Québec hier en autorisant l'autoproduction d'électricité par les clients d'Hydro-Québec et en ramenant le coût de l'équilibrage de l'énergie éolienne dans les réservoirs de la société d'État au dixième de ce qu'il était l'an dernier, ce qui avantagera sérieusement les producteurs privés.

Hydro-Québec pourra désormais facturer un dixième de cent par kilowatt «équilibré» dans ses réservoirs, ce qui permet aux producteurs éoliens de vendre des quantités stables d'énergie à Hydro-Québec Distribution (HQD), qui correspondent à leur production moyenne, calculée à différents moments de l'année. C'est Hydro-Québec Production qui servira de banquier d'énergie dans cette affaire, accumulant les surplus et ajoutant, en cas de pénurie de vent, l'énergie dont le client du producteur a besoin.

Mais la décision de la Régie a ceci de novateur qu'elle reconnaît pour la première fois dans une décision que l'énergie éolienne est un acquis de puissance pour HQD, qui devra ainsi comptabiliser un ajout de puissance de 346,5 MW aux périodes de forte production, soit l'équivalent de 35 % des 990 MW achetés des producteurs privés d'éolien installés dans la péninsule gaspésienne. Depuis 1992, Hydro-Québec discréditait l'énergie éolienne en soutenant qu'elle ne fournissait pas de puissance constante au réseau, en dépit de la constance qu'a cette énergie ailleurs dans le monde quand les parcs sont bien distribués.

Mais c'est dans le domaine de l'autoproduction que la Régie a le plus innové avec une décision qui permettra aux clients d'Hydro-Québec d'exploiter de façon plus rentable la microhydroélectricité, l'éolien, l'énergie photovoltaïque, les biogaz, la biomasse forestière et la géothermie.

«L'autoproduction, écrivent les régisseurs dans leur décision historique, est peu répandue au Québec. Son coût de revient étant supérieur aux tarifs d'électricité du distributeur, il n'existe pas d'incitation purement économique à l'autoproduction d'électricité. De plus, l'électricité produite à partir de ressources renouvelables telles les énergies solaire et éolienne est intermittente et ne peut être programmée pour s'adapter au profit de consommation des autoproducteurs.»

En retenant l'option du «mesurage net», la Régie autorise les clients d'Hydro à produire pour satisfaire leurs besoins personnels, les surplus de cette production annulant la facture des achats sur le réseau d'Hydro-Québec sur une période de 24 mois par un système de débits et de crédits. Hydro-Québec a facilité au maximum cette option pour les consommateurs, au point où il n'a pas été nécessaire de tenir l'audience prévue en décembre.

L'autoproduction ne sera toutefois permise qu'à l'adresse de service du client d'Hydro, et ses équipements ne pourront pas dépasser en puissance 50 kW ou ses besoins historiques. Si l'autoproducteur dépasse ses besoins, Hydro-Québec n'aura pas à lui payer les surplus, le système étant conçu comme un moyen de satisfaire ses besoins personnels, en utilisant le réseau comme accumulateur, et non pas comme un moyen de production commerciale. Le consommateur devra acquitter l'achat et l'installation de ses équipements et payer 400 $ de frais d'inspection pour s'assurer de sa conformité aux normes, ce que la Régie a demandé à Hydro-Québec de réduire d'ici quelques années en acceptant l'inspection du maître-électricien responsable de l'installation.

De son côté, Hydro-Québec installera à ses frais les nouveaux compteurs, assumera la formation de son personnel, la gestion des factures et les coûts de commercialisation, mais en partie seulement, car une somme de 114 000 $ pourra être refilée à l'ensemble des consommateurs, a statué la Régie.

Ce système réduira les achats en électricité des autoproducteurs auprès d'Hydro-Québec, comme le font une bonne isolation ou une stratégie efficace et globale d'efficacité énergétique, ce qui permettra à la société d'État de récupérer des quantités d'énergie de plus en plus importantes sans rien débourser, énergie qu'elle devrait autrement acheter au prix du marché (taux marginal).