L'excédent commercial canadien monte en flèche

Malgré la solidité du huard, l'excédent commercial du Canada a monté en flèche au mois de décembre pour s'établir à 7,69 milliards, en hausse par rapport au niveau révisé de 6,89 milliards observé en novembre. Selon Statistique Canada, ce chiffre est le deuxième en importance jamais enregistré, mais il demeure bien inférieur au sommet de 8,59 milliards affiché en janvier 2001.

En décembre, les entreprises canadiennes ont donc exporté pour 41,3 milliards de marchandises, en hausse de 3,9 % par rapport à novembre, alors que les importations se sont accrues de 2,3 % pour se fixer à 33,6 milliards.

L'agence fédérale a expliqué que les importations ont été favorisées par le fait que les produits étrangers sont plus abordables en raison de la montée du dollar canadien — qui a atteint son plus haut niveau depuis le début des années 1990. Le niveau des exportations canadiennes en décembre constitue pour sa part un nouveau sommet mensuel, ainsi qu'un nouveau sommet annuel pour 2005.

L'excédent commercial du Canada vis-à-vis des États-Unis a atteint 11,6 milliards, ayant dépassé l'ancien sommet de 11,4 milliards enregistré en octobre. Les exportations vers les États-Unis ont connu une poussée soudaine de 3,9 %, tandis que les importations en provenance du sud de la frontière ont grimpé de 3 %.

Pour l'ensemble de 2005, les exportations réelles, soit les exportations établies en tenant compte des variations de prix, ont progressé pour atteindre un sommet de 423,6 milliards par rapport à 408,9 milliards en 2004, alors que les importations réelles ont atteint un niveau record, ayant progressé de 8,8 % pour s'établir à 413,8 milliards.

Record aux États-Unis

Pour leur part les Etats-Unis ont accusé un nouveau déficit commercial record en 2005, à 725,8 milliards de dollars américains, en raison du niveau sans précédent de la facture pétrolière et de l'appétit des Américains pour les produits étrangers, surtout chinois. Le déficit commercial a fait un bond de 17,5 % par rapport à celui de 2004, qui avait déjà établi un trou record de 617,6 milliards. Le nouveau déficit record représente 5,8 % du PIB contre seulement 5,3% en 2004.

«Il s'agit de la proportion la plus importante qui ait été enregistrée depuis le début de la collecte des chiffres en 1929, et c'est la première fois que le déficit dépasse le seuil des 700 milliards», souligne Christian Weller, économiste au Center for American Progress. «Ces chiffres sont inquiétants non seulement de par leur taille mais aussi parce qu'un certain nombre de tendances soulèvent des doutes quant à la capacité de l'économie américaine de contenir les déficits à l'avenir», poursuit-il.

L'ensemble de 2005 aura d'abord été marqué par le poids sans précédent de la facture pétrolière. La valeur des importations de brut a bondi de 39,4 % sur douze mois, à 251,6 milliards de dollars, portant le déficit de la balance pétrolière à 229,2 milliards, contre «seulement» 163,4 milliards en 2004.

Même sans la facture pétrolière, le déficit aurait atteint un record de 660 milliards, souligne néanmoins Christian Weller, dénonçant l'existence de «problèmes structurels». John Lonski, économiste chez Moody's Investors Services, remarque que la hausse de 3 % des importations hors pétrole en décembre est pour le moins «troublante». Elément rassurant, «la solidité des exportations» ces derniers mois «reflète une croissance économique solide dans le reste du monde», relativise Jay Bryson, de Wachovia.

Mais l'appétit de consommation des Américains, moteur de la croissance, aura nécessité un montant record d'importations. Résultat, les États-Unis ont vu leur déficit commercial exploser avec la quasi-totalité de leurs partenaires commerciaux, au premier rang desquels la Chine.

Le déficit avec ce pays, dont la monnaie est, selon les Américains, très largement sous-évaluée, a atteint un record de 201,6 milliards en 2005, soit un bond de 24,5 % en un an. Les États-Unis ont dépensé 243,5 milliards pour importer des produits chinois (+23,8%).

Les économistes soulignent unanimement les risques qui découlent du déficit record pour l'économie. À très court terme, les chiffres pour le mois de décembre confirment que le déficit commercial a pesé sur la croissance au quatrième trimestre, à peine 1,1 % selon les premières estimations officielle contre 4,1 % au troisième.

Pour la suite, «ils attirent l'attention sur un déficit des comptes courants record et des déséquilibres qui pourraient ralentir la croissance américaine rapidement ou la plonger dans la récession si les investisseurs étrangers se lassent de financer le déficit» en achetant des titres américains à des taux d'intérêt aujourd'hui supérieurs à ceux d'Europe, explique John Lonski.

«La crainte, c'est que les investisseurs mettent finalement leur argent ailleurs, provoquant la nécessité de relever les taux et une éventuelle baisse du dollar, une hausse de l'inflation, et un déclin de la croissance», renchérit Christian Weller.