Saputo mise sur un climat d'entreprise sain pour attirer la relève

Partant du principe selon lequel «les ressources humaines sont le moteur de l'entreprise», Lino Saputo fils soutient que dans une entreprise où le climat est sain, il n'y a pas de problème de recrutement et que ce sera le cas chez Saputo, même lorsque déferlera la vague des baby-boomers qui prendront leur retraite dans quelques années.

M. Saputo fils, président et chef de la direction, a remplacé son père à ces fonctions en 2004. Il a donc une expérience personnelle de ce qu'est la relève. Conférencier au Cercle finance et placement du Québec, il a reconnu qu'il n'est pas facile pour un entrepreneur et fondateur d'une entreprise de la confier à quelqu'un d'autre après 51 ans et que la démarche est beaucoup plus émotive quand la famille et l'entreprise ne font qu'une seule entité. Pour y arriver, il faut que la relève partage les mêmes valeurs que le fondateur. Or le fils Saputo a baigné dans les valeurs de l'entreprise familiale dès l'adolescence. À 13 ans, il travaillait à l'emballage de la ricotta et balayait des planchers d'usine. Il devait poinçonner à son arrivée et à sa sortie, comme tous les autres employés, afin d'apprendre la vraie valeur de l'argent. Par la suite, il y a occupé plusieurs autres fonctions en gravissant la hiérarchie un échelon à la fois.

Entreprise familiale

Aujourd'hui, à l'instar de son père qui s'est toujours fait un devoir d'aller visiter les employés dans les usines et les bureaux, Lino Saputo fils fait de même. Quant à la relève, «nous recherchons des gens qui présentent des qualités facilitant leur intégration, nous souhaitons offrir des carrières plutôt que des emplois», explique-t-il. La culture d'entreprise de Saputo est tout à fait typique de ce qu'on trouve dans une bonne entreprise familiale, à savoir le respect des employés qui, comme le patron, doivent se sentir fiers et même passionnés d'y travailler. Il arrive d'ailleurs souvent que le recrutement du personnel se fasse dans les familles des employés. Il y a même des cas où trois générations, grand-père, père et fils ou fille, y travaillent en même temps.

En 2006, Saputo est une multinationale avec un chiffre d'affaires de 3,8 milliards, 8500 employés et 45 usines dans trois pays. Comment les nombreuses compagnies acquises depuis 20 ans adoptent-elles la culture Saputo? «Quand on fait une acquisition, les employés font partie de la vérification diligente», répond M. Saputo, qui tient à se rendre lui-même dans les usines pour parler aux employés et y prendre le pouls de l'ambiance générale. Chaque compagnie acquise a sa propre histoire; quant aux cadres qui la dirigent, on leur donne l'heure juste dès le départ, c'est-à-dire qu'il faut avoir «une connaissance de l'entreprise de bas en haut», de telle sorte que lorsqu'une décision est prise dans les bureaux, en haut, on puisse connaître les conséquences exactes que celle-ci a en bas. Et quand un cadre répond que ce n'est pas son rôle d'aller parler aux employés, on lui fait comprendre qu'il n'a pas sa place comme cadre chez Saputo. On exige la même sensibilité à l'égard des clients.

Lino Saputo fils est marié et père de deux enfants qui sont encore trop jeunes pour travailler, mais si c'est leur désir de faire carrière un jour chez Saputo, ils devront assurément commencer au bas de l'échelle pour se familiariser avec tous les aspects de la vie d'une entreprise.