Montréal - Le Sud-Ouest veut se faire beau

L’édifice Nordelec, un superbe immeuble d’un million de pieds carrés, appartenait jadis à l’ancêtre de Nortel. Racheté par la firme israélienne El-Ad au coût de 42 millions, il abrite aujourd’hui plus de 1200 employés qui travaillent pour
Photo: Jacques Nadeau L’édifice Nordelec, un superbe immeuble d’un million de pieds carrés, appartenait jadis à l’ancêtre de Nortel. Racheté par la firme israélienne El-Ad au coût de 42 millions, il abrite aujourd’hui plus de 1200 employés qui travaillent pour

Berceau de l'industrialisation au pays, l'arrondissement du Sud-Ouest, à Montréal, qui comprend Pointe-Saint-Charles et Saint-Henri, tente depuis quelques années de faire peau neuve. Convaincus du potentiel du secteur, collé sur le centre-ville et parsemé d'édifices historiques reconvertis en espaces à bureaux, les acteurs économiques locaux ont franchi une nouvelle étape hier en lançant un site Web immobilier destiné aux entreprises qui voudraient s'y installer.

Ce secteur qui longe le canal de Lachine sur 14 kilomètres carrés a été laissé pour compte pendant des années. L'agonie date en fait de 1970, lorsque la fermeture du canal de Lachine a incité de nombreuses entreprises à lever l'ancre, laissant derrière elles des milliers de travailleurs et des dizaines d'usines et d'immeubles commerciaux.

Une trentaine d'années plus tard, le secteur manufacturier demeure le plus gros employeur. Selon des données du Regroupement économique et social du Sud-Ouest (RESO) publiées en 2003, il représentait alors 7300 des 33 000 emplois de l'arrondissement. Mais certains édifices industriels ont été reconvertis en immeubles à bureaux et le profil économique n'a plus tout à fait le même visage. De nouvelles entreprises y ont élu domicile, si bien que le secteur compte même un contingent de sociétés du domaine des communications.

«On est chanceux parce que cet héritage du passé industriel est très important», a dit hier le directeur général du RESO, Pierre Richard, devant plusieurs dizaines de représentants d'organismes d'aide, de gens d'affaires, d'institutions financières, de promoteurs, d'architectes et d'agents immobiliers. Les bureaux du RESO sont d'ailleurs situés dans l'édifice Nordelec, un superbe immeuble d'un million de pieds carrés qui appartenait jadis à l'ancêtre de Nortel. Racheté par la firme israélienne El-Ad au coût de 42 millions, il abrite aujourd'hui plus de 1200 employés qui travaillent pour des sociétés de haute technologie, de publicité, de graphisme, etc.

«Ce patrimoine urbain, on ne l'a pas toujours trouvé précieux. L'arrondissement a longtemps été laissé en friche. Mais il y a eu beaucoup d'efforts», a indiqué la mairesse de l'arrondissement, Jacqueline Montpetit. La réouverture du canal de Lachine à la navigation de plaisance en 2002 est venue donner un peu plus d'espoir à la cause. «Il reste autant de travail à faire, sinon plus, a-t-elle ajouté. Il reste la phase II du canal de Lachine, c'est-à-dire développer tout ce qui est autour.»

Lancé en partenariat avec l'arrondissement du Sud-Ouest et la Ville de Montréal, le site Web recensera les immeubles de type industriel et commercial disponibles, de même que les espaces à bureaux et les terrains vacants. Outre Saint-Henri et Pointe-Saint-Charles, l'arrondissement, au sein duquel on trouve le marché Atwater et une concentration d'antiquaires dans la rue Notre-Dame, regroupe aussi les quartiers Petite-Bourgogne-Griffintown, Côte-Saint-Paul et Émard.

Il n'y a pas que des édifices d'une autre époque. Le Sud-Ouest a de l'espace. Beaucoup d'espace. Parmi les projets potentiels, le RESO mentionne la cour du Canadien National, dont la superficie fait 3,5 millions de pieds carrés, l'ancien centre de tri postal, qui fait un million de pieds carrés, le bassin Peel, où Loto-Québec souhaite déménager le casino, et la cour Turcot, avec ses neuf millions de pieds carrés.

Les acteurs économiques ne sont pas sans savoir que les données démographiques du secteur, qui compte 66 000 habitants dont une bonne partie à faible revenu, ont elles aussi changé de visage depuis quelques années. Le Plateau Mont-Royal étant devenu le royaume du loyer inabordable, les gens se sont mis à chercher ailleurs. Cet exode, pour ainsi dire, a eu un impact sur le quartier Rosemont, entre autres, et jette désormais un nouvel éclairage sur le Sud-Ouest.

Nouvelle clientèle

«Avec l'économie qui va bien, la construction immobilière, la rénovation et la saturation du Plateau, des quartiers comme Verdun et le Sud-Ouest, où les gens ne pensaient pas s'établir il y a quelques années, deviennent intéressants. Il y a une nouvelle clientèle», a dit hier Yves Mailloux, directeur du développement immobilier au Groupe Shiller. Il en sait quelque chose: son employeur se spécialise dans la revitalisation d'artères commerciales. L'entreprise achète immeuble après immeuble, les rénove et les loue à des commerces spécifiques. C'est ce qu'elle a fait sur l'avenue du Mont-Royal au début des années 90 et sur la promenade Masson plus récemment.

La transformation du Sud-Ouest ne se fera pas du jour au lendemain, a dit M. Mailloux, qui travaille depuis deux ans à donner un nouveau look à l'ouest de la rue Saint-Jacques, de part et d'autre de la rue Atwater. La revitalisation et l'investissement immobilier dans un secteur donné doit se concevoir sur un horizon à long terme. «Ça va prendre encore cinq ans, a-t-il dit, avant que la majorité des gens se rendent compte que quelque chose se passe vraiment.»