Congrès annuel de l'Association des produits forestiers du Canada - L'industrie des pâtes et papiers doit voir plus loin

L'industrie canadienne des pâtes et papiers est encore secouée par «la tempête parfaite» et se demande bien de quoi elle aura l'air lorsqu'elle en sera sortie. Elle ne sera sûrement plus la même, ce qui ne l'empêche de croire à un brillant avenir, à la condition de passer à travers cette tempête en ne pensant pas à ce qui arrivera dans six mois, mais bien en s'alignant sur une vision à long terme pour au moins les 20 prochaines années.

Trois présidents et chefs de direction de papetières, soit John Weaver, d'Abitibi-Consolidated, James Lopez, qui a remplacé Franck Dotori chez Tembec il y a deux semaines, et Russel Horner, de Catalyst Paper, une société de la Colombie-Britannique, se sont penchés sur le sujet devant leurs pairs, au congrès annuel de l'Association des produits forestiers du Canada qui a lieu cette semaine à Montréal. Ils ont été unanimes à constater les dégâts et à prévenir qu'il y en aura encore cette année, en espérant que ce soit la dernière à subir les foudres de cette tornade qui, en 2005, a entraîné l'élimination de 7300 emplois et de près de cinq millions de tonnes de production. Les entreprises ont vu leurs profits s'effondrer.

Les gens de cette industrie parlent d'une «tempête parfaite» parce qu'elle s'explique par plusieurs facteurs, tels que les hausses des prix de l'énergie et de la fibre, ainsi que par un bond spectaculaire du taux de change de 36 % depuis trois ans; il y a en plus la crise du bois d'oeuvre et la concurrence internationale venant d'Amérique du Sud et d'ailleurs qui se fait de plus en plus féroce.

Que faut-il faire? Reconstruire cette industrie, disent les p-d.g. Et comment donc? En favorisant les fusions d'entreprises pour en faire des géants capables de faire face à la concurrence mondiale. Mais encore faut-il que le gouvernement adoucisse sa réglementation sur la concurrence pour que cela soit possible. La plus grosse papetière canadienne arrive présentement au 21e rang dans l'industrie mondiale. Même en fusionnant deux ou trois sociétés canadiennes, le groupe qui en résulterait serait encore loin d'être parmi les principaux producteurs de la planète.

M. Lopez avance pour sa part que les entreprises doivent continuer d'adapter leurs actifs de production aux ressources dont elles disposent, de manière à atteindre un meilleur rendement sur le capital. Une telle adaptation signifie cependant une réduction des actifs et l'ajout d'un quart de travail dans les usines qui continueront leurs activités. M. Lopez indique aussi qu'il faut mettre le statu quo de côté et adopter une attitude d'esprit nouvelle. Et cela vise tout le monde: les gouvernements, les entreprises et leurs employés.

Les trois intervenants ont monté le ton en parlant des gouvernements et de leur bureaucratie, des réglementations trop contraignantes qui parfois se dédoublent. Ils pensent que les gouvernements doivent participer très activement au soulagement des populations touchées par les fermetures d'usine. En ce qui concerne le prix de la fibre, M. Lopez a mentionné qu'il y avait certains signes encourageants à Toronto comme à Québec, se demandant quand même si ces gouvernements iraient au-delà des bonnes intentions.

Dans la période de questions, le problème de la retraite chez les baby-boomers a été soulevé. M. Weaver a confirmé que, dans six ans, 25 % des employés d'Abitibi-Consolidated allaient prendre leur retraite et qu'il fallait songer à une relève. Il constate qu'il n'est pas facile de recruter dans les milieux ruraux des employés de haute compétence technique. Les entreprises misent à cet égard sur la formation des jeunes autochtones pour occuper une partie de ces fonctions à l'avenir.

Enfin, inévitablement, quelqu'un a demandé ce que le nouveau gouvernement conservateur à Ottawa devrait faire pour mettre fin à l'impasse du bois d'oeuvre avec les Américains. M. Weaver a répondu qu'il faudrait d'abord que tout le monde au Canada se mette d'accord sur une position unique, mais, pour le reste, ni lui, ni les deux autres intervenants n'avaient vraiment de proposition originale à présenter, se limitant à dire qu'il fallait mettre la diplomatie à contribution et se montrer raisonnable.