Le CPQ choisit Michel Kelly-Gagnon

La présidence du Conseil du patronat du Québec (CPQ) sera confiée à Michel Kelly-Gagnon, qui dirige depuis 1999 l'Institut économique de Montréal (IEDM), un think tank économique de droite.

Âgé de 34 ans, M. Kelly-Gagnon prendra la relève de Diane Bellemare, la vice-présidente à la recherche qui assume la présidence du CPQ de façon intérimaire depuis janvier 2005. Elle avait pris les commandes lors du départ de Gilles Taillon, qui avait été président depuis juin 1998.

Le CPQ devra entre autres accroître sa visibilité dans les grands débats sociaux du Québec, a estimé hier M. Kelly-Gagnon, dont l'entrée en fonction est prévue le 3 avril. «De plus, au chapitre des changements économiques, comme la concurrence accrue sur les plans mondial et intracanadien, il est clair que les entreprises québécoises font face à un défi où la question de leur environnement d'affaires devient de plus en plus cruciale», a-t-il indiqué hier lors d'un entretien.

Positions personnelles bien connues

Membre du Barreau depuis 1994 et chroniqueur au journal Les Affaires, M. Kelly-Gagnon arrive au CPQ avec un bagage de positions personnelles bien connues. Il s'est récemment interrogé au sujet de l'impact économique de l'application du protocole de Kyoto et il a déjà appuyé une proposition de Mike Harris et Preston Manning concernant le rôle que pourrait jouer le secteur privé dans le domaine de la santé. Auteur en octobre 2004 d'une chronique dans laquelle il estimait que les privilèges acquis par les syndicats québécois ont des «effets négatifs» sur certaines choses, dont la création d'emplois et la productivité, il a toutefois dit hier avoir «toujours reconnu la pertinence de la représentation syndicale et le droit à la libre association». «Par ailleurs, même quand j'étais à TQS récemment et qu'on m'a demandé si j'appuyais la loi spéciale de Jean Charest dans la fonction publique, j'ai dit non», a-t-il dit.

Le président désigné du CPQ devra s'adapter au rôle particulier que constitue la direction d'un si grand regroupement. «L'IEDM est un think tank indépendant. [...] Mais, au CPQ, dans un contexte où je représente maintenant des centaines de membres et des associations qui elles-mêmes ont des milliers de membres, la dynamique est différente», a-t-il affirmé. «De mon rôle d'intellectuel libre et indépendant, je passe maintenant à un rôle de porte-parole d'un large lobby. Il faudra davantage consulter et m'assurer que, lorsque je m'exprime, ça représente le consensus. Le message qu'on m'a donné quand on m'a embauché, c'est qu'ils voulaient quelqu'un avec une certaine indépendance intellectuelle, avec une force de parole et une présence publique. Ça sera une question d'équilibre entre ce désir-là et la tradition patronale d'être un peu plus discret.»

«Sa venue à titre de président constitue pour nous un point tournant dans notre histoire, et ce, à un moment des plus propices, compte tenu des défis importants que le Québec doit relever», a dit le président par intérim du conseil du CPQ, Marcel Bundock. «Le patronat a besoin d'une voix forte, visible et dynamique, ce que M. Kelly-Gagnon incarne tout à fait.»

La CSN n'a pas voulu commenter hier la nomination de M. Kelly-Gagnon. «Ce n'est pas dans la tradition de la CSN», a dit la porte-parole, Michelle Filteau.