MEG en tient compte

Plus de 150 types de ménages, 48 catégories de dépenses personnelles de consommations et 56 secteurs productifs sont analysés par le MEG.
Photo: Jacques Nadeau Plus de 150 types de ménages, 48 catégories de dépenses personnelles de consommations et 56 secteurs productifs sont analysés par le MEG.

Connaissez-vous MEG? C'est la nouvelle recrue au ministère des Finances du Québec. Vous vous interrogez sur l'effet que pourrait avoir la baisse d'une taxe sur la croissance économique durant les 20 prochaines années? Vous voulez savoir quel impact pourrait avoir un raccourcissement de la durée des brevets dans le secteur pharmaceutique sur le budget du gouvernement et l'ensemble de l'économie? Vous n'avez qu'à lui demander de calculer pour vous. Mais ne cherchez pas MEG derrière un ordinateur, parce qu'elle est dedans.

Le modèle d'équilibre général (MEG pour les intimes) du ministère des Finances à tout pour faire fuir quiconque n'a pas son doctorat d'économétrie. Gigantesque matrice mathématique mise au point par des économistes de l'Université Laval, il est capable de résoudre 65 000 équations mathématiques simultanément. On aurait toutefois tort de se sauver devant lui. D'abord, parce qu'il peut tenir dans un modeste ordinateur portable. Ensuite, parce que c'est tout le Québec, avec ses caractéristiques et ses spécificités, que l'on retrouve là, en modèle réduit.

«Jusqu'à présent, on devait se contenter d'étudier l'économie québécoise par morceaux. Que ce soit le monde agricole, les industries manufacturières ou le secteur de la santé, ces mondes se côtoyaient. Notre travail a consisté à élaborer une représentation schématique de l'interdépendance de l'ensemble de ces réalités», explique l'un des pères du MEG, Bernard Decaluwé, professeur d'économie à l'Université Laval et membre du Centre interuniversitaire sur le risque, les politiques économiques et l'emploi (CIRPEE).

«C'est un outil à la fois très sophistiqué et très utile, enchaîne Brian Girard, directeur général des politiques aux particuliers au ministère des Finances. Cela nous permet, entre autres, de tester des hypothèses et de découvrir, parfois, des interrelations entre différents facteurs que l'on ne soupçonnait pas.»

Raffiné

Lancé en 2000 avec la collaboration des chercheurs de l'Institut de recherche scientifique (INRS) Urbanisation, culture et société, de l'Institut de la statistique du Québec, le projet d'un MEG québécois donnait déjà ses premiers résultats un an plus tard. Par la suite, il n'a cessé d'être raffiné afin de répondre aux besoins et aux problèmes qui lui étaient soumis.

Plus de 150 types de ménages, 48 catégories de dépenses personnelles de consommations et 56 secteurs productifs y sont analysés. Si un tel type d'outil est aussi utilisé ailleurs, notamment au ministère des Finances du Canada depuis des années, le MEG québécois a ceci de particulier qu'il tient compte de la réalité birégionale de l'économie québécoise. Le reste du pays y est aussi, en effet, explicitement modélisé afin de mesurer les effets de rétroactions entre la réalité québécoise et les politiques fédérales ou encore l'évolution économique des autres provinces. Tout cela est finalement mis en relation avec ce que l'on a convenu de qualifier de «reste du monde».

Il en résulte une immense matrice mathématique dont on peut modifier l'une ou l'autre des multiples variables afin d'en voir l'impact dans 5, 10 ou 20 ans.

Économie fiction

Le MEG a été utilisé au lendemain des attaques du 11 septembre pour évaluer la conduite à suivre pour maintenir l'activité économique. Le ministère a commencé récemment à publier ses premières études dans lesquelles il a été utilisé. Le gouvernement y a fait référence dans le dernier budget pour justifier le choix de certaines priorités en matière de fiscalité.

Le MEG a ainsi permis d'évaluer l'impact à court et long termes de différents scénarios de réduction d'impôt. Il a montré que, si une réduction de 15 à 10 ans de la durée du brevet d'un médicament au Québec permettrait au ministère de la Santé de réduire ses dépenses, elle inciterait aussi le départ de tellement de compagnies pharmaceutiques que l'ensemble de l'économie ainsi que les revenus du gouvernement en sortiraient perdants.

«Plusieurs problèmes qui lui sont soumis sont d'ordre confidentiel parce que ce sont des hypothèses testées en vue de l'élaboration du budget», révèle Brian Girard. Tout n'est quand même pas secret.

«On est parfois surpris par ce que l'on trouve, dit Bernard Decaluwé. C'est justement le but d'un tel modèle.» On peut découvrir, par exemple, que l'augmentation des investissements dans un secteur industriel profite, en fin de compte, surtout à un autre secteur.

Le MEG n'est toutefois pas à mettre entre toutes les mains, avertit l'économiste. «C'est un peu comme une Formule 1. Si vous y mettez quelqu'un qui n'a pas son permis de conduire, il ne fera pas 100 mètres avant de sortir de la route.»

Il est nécessaire de bien comprendre la nature et le fonctionnement du MEG si l'on veut qu'il donne de bons résultats. Il faut également être conscient de ses limites et savoir détecter le moment où il se trompe purement et simplement. «On parle d'un outil dont l'efficacité repose principalement sur le travail de l'analyste», dit Brian Girard.

Une fois cela fait, il reste encore une tâche non moins importante à accomplir, ajoute-t-il. Celle de traduire ces résultats afin qu'ils soient compréhensibles et utiles aux décideurs politiques.