États-Unis - Transport aérien: des pertes de 10 milliards $US en 2005

Enregistrement des passagers à un comptoir United Airlines. Le transporteur affiche une perte colossale de 21,2 milliards, dont la quasi-totalité provient d’un jeu d’écriture comptable, compte tenu de l’argent provisionné pour les frais de sort
Photo: Agence Reuters Enregistrement des passagers à un comptoir United Airlines. Le transporteur affiche une perte colossale de 21,2 milliards, dont la quasi-totalité provient d’un jeu d’écriture comptable, compte tenu de l’argent provisionné pour les frais de sort

La deuxième compagnie aérienne américaine, United Airlines, est sortie mercredi dernier du régime des faillites (chapitre 11) sous lequel elle opérait depuis trois ans. Cela ne signifie pas pour autant que le transport aérien aux États-Unis ait tourné la page de la crise mondiale, déclenchée par les attentats terroristes du 11 septembre 2001.

Mardi dernier, Giovanni Bisignani, le directeur général de l'Association internationale du transport aérien (IATA), l'a confirmé: en 2005, les 265 compagnies aériennes qui y sont affiliées (94 % du trafic international) ont enregistré une perte de six milliards $US. À elles seules, les compagnies américaines ont perdu près de 10 milliards. Et «le secteur ne devrait pas revenir dans le vert avant 2007 au plus tôt», a prévenu M. Bisignani.

Le spectre des résultats 2005 des transporteurs américains est large. Avec un bénéfice net de 548 millions et 33 exercices consécutifs bénéficiaires, Southwest Airlines, première compagnie à bas coûts américaine, fait toujours exception. À l'autre extrémité, United Airlines affiche une perte colossale de 21,2 milliards, dont la quasi-totalité provient d'un jeu d'écriture comptable, compte tenu de l'argent provisionné pour les frais de sortie de faillite.

Continental Airlines a, pour part, perdu 68 millions, tandis qu'American Airlines, premier transporteur américain et mondial, a annoncé une perte de 681 millions en 2005.

Les grandes compagnies américaines souffrent toutes des mêmes maux: guerre des prix sur le marché domestique, concurrence acharnée des transporteurs à bas coûts, et surtout renchérissement de la facture pétrolière, qui est estimée, pour l'année 2005, à quelque 34 milliards. Ces dépenses ne sont pas appelées à baisser. Lors d'une réunion avec la presse, mercredi 25 janvier au siège d'American Airlines, James Beer, le directeur financier du groupe, a pronostiqué que la facture pétrolière d'American progresserait d'au moins 11 % en 2006. Pour l'année écoulée, ses dépenses liées à l'achat de kérosène ont progressé de 1,7 milliard.

Selon M. Beer, le gallon de pétrole pourrait coûter 1,95 $US, contre 1,75 $US en 2005, ce qui mettrait le baril à 65 $US. Durant la plus grande partie de l'année 2003, avant que les cours du pétrole ne flambent, le gallon s'échangeait en dessous de 1 $US. Beaucoup de compagnies adoptent un système de couverture pour se prémunir contre les variations des cours du pétrole. Ainsi, Southwest Airlines a couvert la plus grande partie de ces besoins jusqu'en 2009: au quatrième trimestre 2005, elle a payé 1,22 $US le gallon, quand American en déboursait 2,02 $US. Mais ces instruments ont un coût que le leader mondial n'a pas pu assumer au cours de ces dernières années.

Incertitudes pour 2006

Mettant en avant l'incertitude créée par le montant de la facture pétrolière, et la concurrence entre les différents acteurs du secteur, James Beer s'est refusé à émettre un pronostic sur un éventuel retour en 2006 à un exercice bénéficiaire pour American Airlines. Toutefois, il reste confiant. L'entreprise veut poursuivre la réduction de ses dépenses et augmenter ses revenus, l'un des moyens de faire face à la concurrence, non seulement des compagnies à bas coûts, mais aussi des plus grandes ou plus traditionnelles, qui, à l'image d'United Airlines, ont profité de la loi du chapitre 11 sur les faillites pour se restructurer et devenir plus compétitives.

American a ainsi réduit ses coûts de 700 millions en 2005 et a identifié «700 millions d'économies supplémentaires pour 2006, ainsi que 300 millions de revenus supplémentaires potentiels», selon M. Beer. Cette année, le transporteur diminuera ses capacités de 1,3 %, en les réduisant de 4 % aux États-Unis, où sévit une sévère concurrence, tandis qu'elles augmenteront de 4 % sur ses liaisons internationales, plus rentables. L'accent devrait être mis sur les relations entre les États-Unis et l'Europe, ou Continental Airlines et Delta Airlines poussent aussi les feux.