Arcelor: l'offensive de Mittal se poursuit

Le richissime homme d’affaires indien Lakshmi Mittal conduit depuis une semaine une campagne de charme dans toute l’Europe pour convaincre actionnaires et responsables politiques du bien-fondé de son attaque sur Arcelor.
Photo: Agence Reuters Le richissime homme d’affaires indien Lakshmi Mittal conduit depuis une semaine une campagne de charme dans toute l’Europe pour convaincre actionnaires et responsables politiques du bien-fondé de son attaque sur Arcelor.

Paris — Malgré la levée de boucliers en France et au Luxembourg et l'intense lobbying du géant de l'acier Arcelor en quête de ripostes, la spectaculaire OPA de Mittal Steel sur son concurrent européen se poursuit.

Depuis le lancement le 27 janvier à Londres de l'offensive du numéro un mondial de l'acier sur le numéro deux, les deux groupes ont engagé une bataille rangée pour ce qui pourrait être la plus grosse fusion dans l'histoire de la sidérurgie.

Le richissime homme d'affaires indien Lakshmi Mittal conduit depuis une semaine une campagne de charme dans toute l'Europe pour convaincre actionnaires et responsables politiques du bien-fondé de son attaque sur Arcelor. Il répète inlassablement vouloir bâtir un «champion global européen» capable de produire plus de 100 millions de tonnes d'acier par an et distancer ainsi ses concurrents, asiatiques notamment, dans un marché mondial de la sidérurgie très éclaté et en plein boom.

En face, Arcelor a sorti l'artillerie lourde pour décourager son rival et prouver à ses actionnaires (85 % de son capital est en Bourse) que la proposition de Mittal serait une catastrophe pour eux.

La direction du franco-hispano-luxembourgeois d'Arcelor, menée par le Français Guy Dollé, est soutenue par les syndicats européens, inquiets pour l'emploi. Mais sur le front politique, les gouvernements français et luxembourgeois ont paru isolés dans leur opposition à Mittal. La Grande-Bretagne et l'Inde, respectivement terre d'adoption et pays natal de M. Mittal, ont crié au protectionnisme, l'Espagne et la Belgique optant pour une attitude neutre.

La Commission européenne est restée sur sa ligne habituelle, assurant qu'elle examinerait ce projet de fusion uniquement sous l'angle du respect des règles de la concurrence.

Toute la semaine, la stratégie de découragement orchestrée par Arcelor s'est doublée d'une campagne de dénigrement contre son rival avec des propos souvent désobligeants: selon M. Dollé, l'offre de «l'indien» Mittal, en partie en échanges d'actions, est «ridicule» et consiste à payer les actionnaires d'Arcelor en «monnaie de singe».

Sur le terrain financier et industriel, les scénarios de contre-attaque d'Arcelor sont tenus secrets. M. Dollé a avancé l'idée d'alliances stratégiques avec d'autres géants de l'acier, démentant cependant qu'un «chevalier blanc», comme le japonais Nippon Steel, vienne voler à son secours. Arcelor a également suggéré qu'en continuant à grossir, comme il le fait actuellement avec le canadien Dofasco, il pourrait dissuader son prédateur de l'avaler.

En attendant, l'OPA de Mittal Steel valorisant Arcelor à 18,6 milliards d'euros suit son cours. L'offre a été déposée au Luxembourg et devrait l'être dans les prochains jours en Espagne et en Belgique. Et même s'ils ont été surpris par l'attaque de Mittal, marchés financiers et analystes ont applaudi la logique industrielle du rapprochement entre les deux premiers sidérurgistes, complémentaires en termes de produits et de zones géographiques. Depuis le 27 janvier, le titre Arcelor a flambé en Bourse, prenant environ 30 %.

Une certitude, le combat devrait se prolonger pendant des mois, «quatre à six, au moins», selon M. Dollé, persuadé de «gagner la bataille». Face à lui, M. Mittal a promis d'aller jusqu'au bout.

Usine au Luxembourg d'ici 2010

Question d'ajouter de l'huile sur le feu Mittal Steel a annoncé hier qu'il pourrait fermer son unique usine au Luxembourg, au risque d'accroître les craintes sur les pertes d'emplois au cas où il arriverait à racheter son rival européen Arcelor. La fermeture de l'usine de Schifflange, qui emploie 200 personnes, pourrait intervenir en 2009 ou 2010, a indiqué un porte-parole de Mittal au Luxembourg, Günter de Backer.

Après avoir dans un premier temps présenté cette fermeture comme certaine, ce porte-parole a ensuite souligné que la fermeture du site n'était «qu'une des options» envisagées, rejoignant ainsi des déclarations d'une porte-parole de Mittal en France. «La direction d'Arcelor a été informée le 23 décembre de la fermeture de l'usine dans les trois à six prochains mois», a indiqué de son côté un porte-parole d'Arcelor.