Lu Shumin au Devoir - La Chine et le Canada sont faits pour se compléter

Le Canada et la Chine ont grandement resserré leurs relations économiques au cours des dernières années, mais ils pourraient faire beaucoup mieux, estime l'ambassadeur chinois au Canada, Lu Shumin.

«À l'heure actuelle, les échanges entre la Chine et le Canada ne représentent respectivement que 1,3 % et 2,6 % de leur commerce avec l'étranger. Les Canadiens comptent pour moins de 1 % du total des investissements étrangers en Chine, alors que les Chinois commencent à peine à investir au Canada. Le Canada, avec son économie de haut niveau, ses nombreux secteurs industriels et la richesse de ses ressources naturelles, et la Chine, avec son énorme marché en rapide expansion, sont [pourtant] faits pour se compléter», a-t-il déclaré hier à Montréal lors d'un discours présenté devant un parterre d'environ 400 personnes réunies pour l'occasion par le Centre des relations internationales de Montréal (CORIM).

La Chine vient de se hisser au quatrième rang mondial, derrière les États-Unis, le Japon et l'Allemagne, avec un PIB dépassant les 2000 milliards. Certains pensent que cette fulgurante ascension économique au cours des 25 dernières années constitue une menace pour le monde, a-t-il observé. «Ces craintes ne sont pas fondées. La Chine n'a jamais nourri d'ambition hégémonique. [...] Un vieux proverbe chinois dit: la paix apporte la richesse. Nous voulons la paix», a-t-il ajouté.

Il ne faut pas croire non plus, dit-il, ceux qui nous mettent en garde contre la volonté de Pékin de se servir de ses nombreuses sociétés d'État pour accaparer des secteurs stratégiques comme les ressources énergétiques ou des matières premières. La tentative de l'une d'elles, CNOOC, de se porter acquéreur de la pétrolière californienne Unocal a semé tout un émoi au Congrès américain, cet été, avant que l'offre soit finalement retirée. Certains milieux d'affaires s'étaient aussi inquiétés, l'année dernière, au Canada, lorsqu'il avait été question qu'une autre firme chinoise prenne le contrôle de la minière Noranda. Washington ne cache pas, en tout cas, qu'il préférerait que le Canada garde pour les Nord-Américains l'essentiel de son pétrole et de son gaz naturel.

«Nous ne sommes pas favorables à une politisation des pratiques des entreprises, a répondu aux journalistes Lu Shumin en marge de l'événement d'hier. Les entreprises chinoises agissent en fonction des règles internationales et des lois du marché. Et je présume que les entreprises canadiennes ne concluraient aucune affaire qui risquerait de compromettre les intérêts vitaux des Canadiens.»

Un consulat à Montréal?

L'ambassadeur ne s'attend pas à ce que les relations entre son pays et le Canada changent beaucoup à cause du remplacement des libéraux par les conservateurs à Ottawa. «Nos rapports avec le Canada ont toujours été non partisans.»

Il s'est d'autre part dit personnellement favorable à l'idée soumise hier par le représentant de la Ville de Montréal Alan DeSousa, soit que la Chine ouvre un consulat dans la métropole montréalaise. «J'en référerai aux autorités compétentes», a-t-il promis.

Quelques minutes avant le début de son discours, une manifestante a brièvement brandi un drapeau du Tibet et scandé des slogans dénonçant la construction, par le gouvernement chinois avec l'aide du principal commanditaire de l'événement d'hier, la firme canadienne Bombardier, d'un chemin de fer menaçant la souveraineté politique et culturelle du peuple tibétain.

«Il se dit beaucoup de choses sur le Tibet et je ne suis pas sûr que tout le monde connaît bien la situation réelle, a-t-il déclaré aux journalistes plus tard. L'autonomie et la culture du Tibet ne sont aucunement menacées en Chine, au contraire. Quant à son développement économique et social, je dirais qu'il n'y a jamais eu période plus faste que la nôtre dans son histoire.»