Bombardier et Sukhoï dans une même équipe?

Le projet d’avion régional de Sukhoï présenté au salon de l’aviation de Moscou.
Photo: Agence France-Presse (photo) Le projet d’avion régional de Sukhoï présenté au salon de l’aviation de Moscou.

En 1972, les Soviétiques (la plupart étaient des Russes) se sont amenés au Canada prétendument pour apprendre à jouer au hockey! Tout le monde connaît la suite. Se pourrait-il que l'histoire se répète prochainement dans l'industrie de l'aéronautique? Verra-t-on bientôt dans une même équipe Bombardier et Sukhoï?

En annonçant cette semaine qu'il remettait son projet de série C en question, Pierre Beaudoin, président et chef de l'exploitation de Bombardier Aéronautique, mentionnait que des discussions avaient lieu avec divers partenaires dans le monde, mais insistait particulièrement sur trois pays, la Chine, l'Inde et la Russie. À la suite des informations contenues dans un article paru la veille dans une revue spécialisée américaine, il confirmait que des discussions avaient lieu avec la société russe Sukhoï. Qu'est Sukhoï?

Au début des années 1920, A. N. Tupolev a reçu le mandat du nouveau gouvernement bolchevique d'établir un département de l'aviation. En 1930, P. O. Sukhoï était nommé chef de l'équipe qui allait jeter les fondations de ce qui allait devenir l'industrie aéronautique en URSS, jusqu'à l'effondrement du régime communiste. Aujourd'hui, Sukhoï est le holding aéronautique majeur en Russie, avec 31 000 employés. Il est le premier constructeur d'avions dans le pays et le troisième au monde pour l'exportation d'avions de combat. Bien entendu, étant donné l'histoire de la Russie et sa dépendance envers l'État, le créneau milliaire est son point fort.

Toutefois, en 2000, une filiale civile fut créée, dans laquelle le holding détenu encore à 100 % par l'État maintient une participation de 86,4 %. Le projet principal de cette filiale est de développer des avions régionaux russes de 60, 75 et 95 places. C'est tout à fait le terrain de Bombardier dans les avions régionaux. Selon les communiqués de cette firme, «le programme d'avions régionaux russes est le plus ambitieux et le plus dynamique de l'industrie aéronautique nationale». Mais on dit aussi que cet appareil ne sera pas entièrement de fabrication domestique et qu'il fera appel à des partenaires internationaux. On mentionne que le premier prototype devrait voler cette année, ce qui paraît fort douteux étant donné ce qui semble se tramer maintenant. Pour la première fois, les Russes se mettent à la pratique occidentale de la prévente. Le gouvernement russe va accorder des garanties de prêts d'une valeur de 94 millions $US. Les Russes misent sur cette famille d'avions régionaux pour être leur premier avion civil à connaître le succès sur les marchés internationaux. Pour donner le coup d'envoi, la compagnie aérienne Aeroflot a déjà signé un contrat pour l'achat de 30 avions régionaux pour un montant de 820 millions.

Selon la revue Flight International, Bombardier, en devenant un partenaire de Sukhoï, ajouterait de la crédibilité au projet des avions régionaux russes mais soulèverait de nombreuses questions sur la configuration de l'appareil, qui est déjà très avancée, sur les moteurs à choisir et possiblement sur la stratégie à long terme des liens avec Boeing, qui a contribué au design initial.

En revanche, Bombardier, en mettant en sourdine son projet de série C, songe de plus en plus à une version allongée de CRJ de 90 places et pourrait compter sur le partenariat de Sukhoï pour y arriver. Toujours selon cette revue, Bombardier serait en train de négocier une entente avec Alenia Aeronautica, une division d'une très importante société de haute technologie italienne, pour prendre une participation de 250 millions dans le projet russe des avions régionaux. Chez Bombardier, on s'est refusé à tout commentaire à cet égard.

Les rumeurs ont mis en cause d'autres sociétés en Chine et en Inde, les deux autres pays dont M. Beaudoin a mentionné le nom. En ce qui concerne la Chine, où Bombardier est présent depuis longtemps pour ses activités dans les transports en commun, on disait en 2004 qu'il n'y avait pas de possibilité d'y installer une usine d'assemblage parce que les Chinois préféraient favoriser le développement de leur propre industrie.

Cela ne veut pas dire que Bombardier a mis une croix sur la Chine. En novembre dernier, dans le cadre du Salon des avions d'affaires d'Orlando, Trung Ngo, vice-président de Bombardier pour les avions d'affaires, mentionnait que 37 CRJ avaient été vendus en Chine et qu'il y avait un bel avenir pour le Challenger 200 dans le créneau des vols nolisés.

Enfin, que va-t-il sortir de toutes ces consultations et tractations qui semblent se poursuivre dans toutes les directions? Il peut se passer encore bien des choses. Il suffit de penser à ce qui est arrivé dans le domaine du hockey depuis 1972.