Portrait - ADS met le cap sur les textiles techniques

Guy Drouin est président depuis 2002 d’ADS, qu’il dirige avec ses frères.
Photo: Jacques Grenier Guy Drouin est président depuis 2002 d’ADS, qu’il dirige avec ses frères.

Parmi l'impressionnante brochette d'entrepreneurs beaucerons, il y a les trois frères Drouin, dont on devrait entendre de plus en plus parler dans les mois et années à venir. C'est la prévision de Guy Drouin, président et chef de la direction d'ADS, une entreprise qui a vécu depuis une trentaine d'années de profondes transformations, la plus récente en 2004, en décidant de mettre le cap sur les textiles techniques afin d'avoir une meilleure emprise sur sa destinée et réaliser ses ambitions de croissance.

Il y a deux ans, ADS était spécialisée dans les matériaux composites, un domaine dans lequel elle était entrée par l'acquisition d'une entreprise de Sainte-Clotilde desservant deux gros clients: Bombardier, dont elle était le fournisseur de coques pour ses motomarines, et Prévost Car. ADS avait au fil des années acquis ou ouvert plusieurs autres entreprises au Canada, aux États-Unis et au Mexique, après avoir amorcé cette poussée vers la croissance en 1989 avec l'acquisition de Texel, une société appartenant à la famille beauceronne Chassé, qui avait une solide expertise dans la filature et le tissage. L'origine de toute cette démarche entrepreneuriale remonte à 1977, alors que Paul Drouin, aujourd'hui président du conseil d'ADS, ouvrait un bureau d'ingénierie-conseil à Québec. Son frère René, ingénieur également, le rejoignait un peu plus tard.

En 1986, alors qu'ADS avait des bureaux un peu partout au Québec, comptait 30 associés et générait des revenus de 20 millions, est survenu le premier gros virage. Les deux frères ingénieurs décidèrent d'ajouter le volet construction à celui de l'ingénierie-conseil. ADS devint société ouverte dans le cadre d'une émission du Régime d'épargne-retraite (REA). En 1989 arrive le troisième frère, Guy, qui lui est un comptable agréé qui vient de passer huit ans chez Price Waterhouse à remplir des mandats d'acquisition et de redressement d'entreprise.

Activités manufacturières

Cela coïncide avec un autre tournant, soit la décision de délaisser les activités d'ingénierie pour concentrer toute l'énergie sur des activités manufacturières qui, selon les Drouin, rendraient l'entreprise beaucoup plus attrayante pour les investisseurs. En 1999-2000, ADS avait atteint un chiffre d'affaires de plus de 110 millions et comptait 1100 employés.

Guy Drouin, qui avait commencé chez ADS comme vice-président aux finances, fut promu président de la filiale des matériaux composites en 1994 et président de toute l'entreprise en 2002. Deux ans plus tard, dans un exercice annuel de planification stratégique, ADS décidait de se départir de toutes ses usines dans les matériaux composites, même si les affaires allaient bien et que la compagnie n'avait pratiquement aucune dette. Pourquoi? «Parce qu'on dépendait trop de nos gros clients, dont nous ne pouvions pas faire l'acquisition comme nous aurions aimé le faire pour nous rapprocher de nos marchés», explique M. Drouin.

C'est parce qu'il y avait davantage de possibilités d'atteindre cet objectif qu'ADS a misé sur les textiles techniques. Par comparaison avec les textiles traditionnels, qui sont des fibres propres à être tissées qu'on utilise ensuite pour des produits tels que les vêtements, les tapis et les draperies, les textiles techniques sont obtenus à partir de fibres qu'on enchevêtre ou aiguillette. Cela peut donner une très grande variété de produits synthétiques à usage industriel, agricole, médical, domestique, etc.

Par exemple, ADS tire 20 % de son chiffre d'affaires des produits géotextiles, c'est-à-dire des membranes synthétiques qu'on étend comme un tapis sur le sol lors de la construction de routes, ce qui permet d'aider au drainage et de rendre la route plus stable. On utilise aussi ce produit sur des sites d'enfouissement ou pour maintenir des sols en pente. Les textiles techniques servent à confectionner des filtres à air, à liquide de toute nature, que ce soit pour le sirop d'érable ou pour les piscines, par exemple, et même des filtres à l'huile pour Honda. On en fait des masques pour couvrir le nez et la bouche, mais aussi des serviettes jetables, des chiffons, des lavettes pour le nettoyage domestique. La Croix-Rouge, les hôpitaux et même les armées utilisent ce matériau imbibé de certains produits pour un traitement d'urgence. ADS en a vendu pour 500 000 $ à l'armée américaine pour ses besoins en Irak. On peut en faire un produit absorbant pour les lits d'hôpitaux, ou alors une sorte de manteau protecteur pour les arbres dans les pépinières en hiver, pour l'irrigation des serres, permettant ainsi des économies d'eau et d'engrais, ce qu'on apprécie beaucoup en Europe et dans les régions sèches d'Amérique, comme en Arizona. ADS est de plus un important fabricant de feutres, qu'elle réussit à vendre jusqu'en Asie pour mettre dans les bottes d'hiver. Les matelas faits de textiles techniques pour le confort des vaches dans les étables constituent un excellent débouché pour ADS.

Il y a donc de nombreuses entreprises qui utilisent les textiles techniques pour les transformer dans l'un ou l'autre de tous ces produits, ce qui pour ADS représente autant de possibilités d'acquisition lui permettant de se rapprocher des clients. Les géotextiles sont destinés à un marché de masse, alors que les autres visent des marchés de niche. ADS travaille notamment avec Procter & Gamble pour mettre au point certains produits imbibés de savon. Il y a aussi des travaux en cours avec de grandes maisons comme Yves Saint-Laurent et Lancôme pour des serviettes imprégnées de leurs produits cosmétiques respectifs.

De 20 à 30 millions

En 2006, ADS a donc fini de vendre tous ses actifs dans les matériaux composites et se retrouve avec 20 à 30 millions en capitaux propres qui pourraient être réinvestis tout de suite. L'effet de levier possible lui permet d'envisager des acquisitions relativement importantes. ADS a aussi l'option de procéder à une émission publique, puisqu'elle est toujours inscrite à la Bourse de Toronto. L'exercice financier qui s'est terminé en janvier montrera des revenus d'environ 60 millions, en croissance de 17 % sur l'exercice précédent. ADS se retrouve aujourd'hui avec 260 employés, une seule filiale, Texel, qui a deux usines dans la Beauce et détient une participation de 50 % dans Solmax-Texel à Québec, société qui fait la distribution et l'installation de produits géotextiles pour une clientèle minière, municipale et environnementale.

M. Drouin considère que la rentabilité actuelle d'ADS n'est pas suffisante et qu'il faut porter le chiffre d'affaires à 100 millions d'ici deux à trois ans. Il mise sur la croissance interne, mais aussi sur des acquisitions au Canada et aux États-Unis. Présentement, ADS obtient 45 % de ses revenus au Canada, 40 % aux États-Unis, environ 12 % en Europe et le reste en Asie.

Les frères Drouin détiennent une participation de 39 % dans leur entreprise, la Caisse de dépôt et placement du Québec en a 14 % et le reste est détenu par le public dans une seule catégorie d'actions. La classe B n'a jamais été utilisée. «L'étape de la croissance va nous ramener dans l'actualité», affirme le président.