BCE entend abolir jusqu'à 4000 postes

La société-mère de Bell Canada, BCE, a dévoilé hier une longue liste d'initiatives stratégiques et financières, auxquelles s'est greffée l'annonce inattendue de l'abolition de 3000 à 4000 emplois au sein de sa principale division, cette année. Le geste a fait bondir les responsables syndicaux, qui disaient avoir appris la nouvelle en même temps que tout le monde.

BCE, qui compte environ 60 000 employés dont plus de 45 000 chez Bell, en a mis plein la vue aux investisseurs: l'ancien monopole entend ériger ses lignes régionales en fiducie de revenu, procéder à un appel public à l'épargne pour sa filiale Telesat, racheter 5 % de ses propres actions et rembourser une partie de sa dette.

Certaines de ces annonces faisaient déjà l'objet de discussions chez les analystes. Or l'ancien monopole, qui a dévoilé hier un profit net de deux milliards de dollars pour l'année 2005, y compris plus de 400 millions au quatrième trimestre, a décidé d'élargir son projet de réduction de coûts, de sorte qu'il en résultera un nouveau dégraissage des effectifs chez Bell.

Bell Canada compte environ 2000 employés syndiqués au Québec et 5000 en Ontario. L'entreprise, guidée par son «Projet Galilée» visant à réduire les coûts de deux milliards d'ici la fin de 2007, n'a pas précisé la répartition géographique des coupes, mais elle a indiqué que la moitié d'entre elles auront lieu «par l'intermédiaire de départs naturels». Le service de communications de BCE n'a pas rappelé hier.

Michel Ouimet, vice-président de la section québécoise du Syndicat canadien des communications, de l'énergie et du papier (SCEP), a plutôt mal réagi. BCE a pris la peine d'aviser le syndicat de la fiducie de revenu, ce qui se soldera par le transfert de 600 syndiqués au Québec et en Ontario, a-t-il dit. Le problème, c'est qu'on a passé sous silence l'abolition des emplois, a ajouté M. Ouimet. La haute direction de Bell ne pouvait lui dire si ces suppressions auraient lieu parmi ses membres.

«BCE vient de semer un vent de panique parmi les employés», a déploré M. Ouimet, convaincu que la vague de départs à la retraite en 2005, conséquence d'une offre alléchante, complétait l'essentiel des abolitions de postes que Bell dit nécessaires pour s'adapter aux conditions du marché. «J'ai appelé assez haut chez Bell, et ils m'ont dit: "On va voir, on ne sait pas encore c'est où. Mais vous savez, il y en a quand même 2000 qui quitteront par attrition". Oui, mais les 2000 autres, c'est où?», a-t-il demandé.

Un analyste torontois a indiqué hier qu'il n'était pas surprenant de voir un ancien monopole abolir des emplois, et ce, en raison de la concurrence venant des nouveaux acteurs. Bay Street attendait depuis longtemps la journée d'hier afin de connaître la feuille de route de BCE, qui s'est recentrée sur les communications en se défendant contre l'arrivée des câblodistributeurs en téléphonie résidentielle.

Annonces

BCE entend restructurer le capital de Telesat, qui offre des services de communications par satellite, et en offrir une partie dans le cadre d'un premier appel public à l'épargne. Le produit devrait se chiffrer à un milliard.

L'entreprise va aussi constituer une nouvelle fiducie de revenu qui détiendra les 1,6 million de lignes régionales au Québec et en Ontario. BCE distribuera environ 50 % de sa participation dans la fiducie aux actionnaires ordinaires, en échange de 75 millions d'actions, ou 8 % des actions en circulation. Elle espère récolter trois milliards.

Ces annonces ont été bien perçues par bon nombre d'analystes hier, mais aussi par les investisseurs. L'action de BCE, en baisse de 15 % depuis le mois d'octobre, a grimpé de 49 ¢ pour terminer la séance à 28,00 $. Plus de huit millions d'actions ont changé de mains, soit trois fois plus que d'habitude.

Mais BCE avait aussi de l'argent dans les coffres. Le conglomérat s'est délesté d'une partie de Globemedia, qui abrite le Globe and Mail et le réseau CTV, et a vendu sa participation dans la firme de services informatiques CGI. Confirmant l'hypothèse de certains, la société s'en servira pour racheter 5 % de ses actions au coût de 1,3 milliard. D'ici la fin de l'année, elle aura en fait repris 13 % de ses actions en circulation, en raison des 8 % de la fiducie de revenu. Un rachat d'actions contribue généralement à faire hausser la valeur du titre en Bourse, car la diminution du nombre d'actions en circulation crée un effet de rareté.

BCE va aussi affecter un milliard au remboursement de sa dette, dont la portion à long terme se chiffre à environ 12,1 milliards, comparativement à 1,4 milliard pour la dette à court terme. Cela n'a pas impressionné la firme d'évaluation de crédit Standard & Poor's, qui a abaissé la cote de BCE d'un cran à «A-». Ce remboursement est «insuffisant» pour que BCE se conforme aux critères d'une cote «A», a dit S&P, selon laquelle les perspectives de l'entreprise sont négatives en raison de la concurrence accrue.

Cette concurrence s'est reflétée sur une partie des résultats hier. BCE a vu ses revenus totaux grimper à cinq milliards au quatrième trimestre, soit 4,6 % de plus qu'en 2004. Aux prises avec Vidéotron et Rogers, le secteur résidentiel n'a offert qu'une amélioration de 0,7 % au chapitre des revenus, affichant même une baisse de 4,3 % de son bénéfice d'exploitation. Pour l'année 2005, BCE a généré des revenus de 19 milliards.

Michael Sabia, président et chef de la direction de BCE, s'est réjoui des résultats, mais il a dit qu'un des prochains défis concernera les services de «croissance». Ceux-ci, qui comprennent notamment le sans-fil, la vidéo et l'accès Internet à haute vitesse, devront compter pour 65 % des revenus d'ici 2008-09, comparativement à 47 % en 2005.