Acier - OPA sur Arcelor: les syndicats se mobilisent

Paris — La France et le Luxembourg ont affiché hier à Paris leur opposition à l'OPA hostile du numéro un de l'acier Mittal Steel sur Arcelor, alors que des syndicats européens s'unissaient pour rejeter «vigoureusement» cette offre, craignant de nombreuses suppressions d'emplois.

Le premier ministre luxembourgeois, Jean-Claude Juncker, en chef de file de la riposte européenne, a réitéré son opposition à l'offre de Mittal Steel de racheter pour 18,6 milliards d'euros l'européen Arcelor, numéro deux mondial. M. Juncker était venu à Paris rencontrer le président français, Jacques Chirac, et le premier ministre, Dominique de Villepin, avant de se rendre à Bruxelles pour un entretien avec son homologue belge, Guy Verhofstadt.

L'OPA hostile de Mittal appelle «une réaction non moins hostile», a déclaré le chef du gouvernement luxembourgeois à sa sortie de l'Élysée, la présidence française. «Nous sommes en train d'aligner tous les moyens de défense [...], tous légaux, contre cette offensive», a expliqué M. Juncker qui avait solennellement rejeté cette offre hostile la veille. «Nous voyons une incompatibilité entre deux cultures d'entreprises», a-t-il ajouté.

De son côté, le gouvernement français a rejoint la position du Luxembourg. «Nous sommes opposés au succès de l'OPA de Mittal contre Arcelor», a déclaré le ministre de l'Industrie, François Loos, devant l'Assemblée nationale. «Mittal a enfreint toutes les règles de conduite, la grammaire de la finance internationale dans ce domaine», a martelé M. Loos. «On n'aborde pas un groupe comme Arcelor, fleuron de l'économie européenne et de la sidérurgie française, sans prévenir, sans parler, sans vision, sans projet industriel commun.»

M. Juncker, un Européen respecté, fils de sidérurgiste, a estimé que la France et le Luxembourg avaient «accordé leurs violons» sur ce dossier. L'État luxembourgeois est concerné au premier plan par l'offre publique d'achat (OPA) de Mittal Steel puisqu'il détient 5,6 % du capital d'Arcelor, ce qui en fait le principal actionnaire.

Arcelor est né il y a quatre ans de la fusion du français Usinor, du luxembourgeois Arbed et de l'espagnol Aceralia, et le groupe qui emploie quelque 95 000 salariés, dont 78 000 dans l'Union européenne (UE) est basé au Luxembourg.

La France, à la différence du Luxembourg, n'est pas actionnaire d'Arcelor, a rappelé le ministre français de l'Économie, Thierry Breton. «Mais nous sommes partie prenante car un nombre très important d'activités et d'emplois sont sur notre territoire», a-t-il ajouté, citant le chiffre de 30 000 emplois. «Nous avons notre mot à dire» et celui-ci «éclairera les actionnaires».

L'Espagne qui s'inquiète des répercussions pour les 15 000 salariés du groupe sur son sol, avait indiqué mardi qu'elle travaillerait «en coordination» avec ses partenaires européens.

Au moment où se met en place ce front européen sous la houlette de M. Juncker, même si les responsables politiques disposent de moyens de défense limités pour contrer l'OPA de Mittal, les syndicats européens ont eux aussi coordonné leur réponse lors d'une réunion à Bruxelles.

Dans un communiqué, les syndicats de la sidérurgie belges, français, allemands, espagnols, luxembourgeois et italiens «ont déclaré unanimement qu'ils s'opposaient vigoureusement» à l'offre de Mittal. «Le terme "synergies" employé par Mittal est très clair», résument une vingtaine d'organisations syndicales, qui craignent de nombreuses suppressions d'emplois.

L'Inde proteste

Le gouvernement indien est sorti de son silence mhier dans ce bras de fer Mittal-Arcelor, exprimant son «inquiétude» face aux réactions d'hostilité en France à l'OPA lancée par le numéro un mondial de l'acier, que contrôle un richissime Indien, contre son rival européen. À trois semaines d'une visite en Inde du président français Jacques Chirac, qui s'y rendra les 19 et 20 février, le ministre indien du Commerce et de l'Industrie, Kamal Nath, a protesté contre des commentaires entendus en France sur l'affaire Mittal-Arcelor, lors d'une conférence de presse commune à Londres avec le commissaire européen au Commerce, Peter Mandelson.

«L'Inde suit de près l'issue de l'offre d'achat d'Arcelor faite par Mittal Steel, les commentaires qu'elle inspire et les réactions du gouvernement français sur cette affaire», a déclaré le ministre, montrant des coupures de presse. «Nous avons de très bonnes relations avec la France. Quoi que puissent faire nos deux gouvernements, cela doit être favorable au climat des affaires dans nos deux pays», a-t-il jugé.

«C'est une affaire entre deux entreprises, et lorsque [le groupe français de construction] Lafarge a repris une bonne partie de notre industrie du ciment, le gouvernement indien lui a fait bon accueil», a-t-il ajouté.

La critique de «l'Indien» paraît tomber d'autant plus mal que Lakshmi Mittal a quitté son pays il y a 30 ans, qu'il vit à Londres et que son groupe est basé aux Pays-Bas. Sa multinationale compte plusieurs sites de production en Europe, en particulier dans les pays de l'Est, où il a investi avec le soutien financier de la Banque européenne pour la reconstruction et le développement (BERD).

Des voix se sont en outre élevées pour dénoncer deux poids, deux mesures dans l'attitude du gouvernement français. «Lorsqu'Arcelor rachète des entreprises sidérurgiques au Canada, personne ne semble s'en offusquer», avait ainsi déclaré un élu CGT de l'aciérie électrique de Mittal Steel à Gandrange en Lorraine, allusion à la récente OPA du groupe européen sur Dofasco.