Les producteurs laitiers protestent contre une décision de la cour

Québec — La Cour fédérale a statué mardi que la décision du Tribunal canadien du commerce extérieur sur le classement tarifaire d'un concentré de protéines du lait provenant d'Europe était «raisonnable».

Cette décision a semé l'inquiétude chez les producteurs québécois et canadiens de lait. Ils craignent que cette décision ne se traduise par un phénomène de substitution du lait frais dans la fabrication des produits laitiers canadiens au profit d'ingrédients subventionnés importés.

«C'est un jugement incompréhensible qui pourrait coûter des centaines de millions de dollars annuellement aux producteurs de lait québécois et canadiens. Nous ne recevons aucune subvention. On ne peut pas nous demander de concurrencer le Trésor européen», a déclaré Marcel Groleau, président de la Fédération des producteurs de lait du Québec, qui a réagi au jugement.

M. Groleau a rappelé que depuis plusieurs années, il y a eu une croissance importante des importations d'ingrédients laitiers conçus pour contourner les contrôles douaniers. Les principaux produits en cause sont des protéines laitières concentrées et des huiles de beurre.

Par exemple, les producteurs québécois ont perdu 50 % du marché de la crème glacée en dix ans à cause des importations d'huiles de beurre utilisées pour remplacer la vraie crème.

La Fédération estime que le dernier-né de ces ingrédients, celui visé par la décision de la Cour fédérale, pourrait remplacer à court terme près de 15 % de la protéine laitière canadienne.

«La balle revient maintenant dans le camp du gouvernement fédéral. Il doit assumer ses responsabilités et stopper l'hémorragie conformément à ses engagements vis-à-vis des producteurs», a affirmé M. Groleau.

Les consommateurs peuvent retracer ces ingrédients importés en lisant les étiquettes des produits laitiers qu'ils achètent. S'ils désirent des produits entièrement faits de lait québécois, ils doivent éviter ceux dont la liste des ingrédients contient la mention «substances laitières modifiées».

«C'est souvent derrière ce terme fourre-tout que se cachent les ingrédients importés», juge le président de la Fédération.