Une dernière hausse des taux signée Greenspan

Alan Greenspan a passé 18 ans à la tête de la Réserve fédérale.
Photo: Agence Reuters Alan Greenspan a passé 18 ans à la tête de la Réserve fédérale.

Alan Greenspan a passé le flambeau à Ben Bernanke sur fond de hausse du taux directeur de la Réserve fédérale. Le président sortant de la banque centrale américaine a libellé son communiqué de presse de manière à laisser toute la marge de manoeuvre requise par son successeur, qui devrait commander une 15e, et la dernière cette année, hausse du taux cible lors de la prochaine réunion du comité monétaire, le 28 mars prochain.

Alan Greenspan a présidé hier son dernier Comité de politique monétaire, après 18 ans passés à la tête de la Réserve fédérale américaine (Fed). Lors de cette réunion, les membres du comité ont voté à l'unanimité en faveur d'une hausse de 25 points de base, une 14e depuis 2004, pour faire passer le taux sur les prêts au jour le jour à 4,5 %, soit à son plus haut depuis avril 2001. Mais au-delà de cette augmentation largement attendue, qui élèverait le taux cible au niveau d'une politique monétaire dite neutre, les analystes ont essentiellement retenu le changement de qualificatif dans le communiqué de presse de la Fed, qui laisse tout le champ libre au successeur, Ben Bernanke, confirmé hier dans ses fonctions par le Sénat américain.

«En décembre, le comité jugeait qu'"un certain resserrement monétaire mesuré doit vraisemblablement se poursuivre". Maintenant, les membres du FOMC indiquent plutôt que le resserrement pourrait "peut-être se poursuivre". Le ton nous semble un tantinet moins affirmatif et la notion de resserrement monétaire mesuré est disparue. La Fed semble ainsi se donner une marge de manoeuvre supplémentaire, ce qui sera sans doute utile au nouveau président», ont souligné les économistes du Mouvement Desjardins. Ces derniers conservent leur scénario, «qui table sur un statu quo pour le reste de l'année», mais ils n'écartent pas la possibilité que M. Bernanke augmente une nouvelle fois le taux directeur lors de la prochaine réunion du comité monétaire, le 28 mars prochain, question «d'asseoir sa crédibilité».

Signaux inégaux

Dans son communiqué, la Fed a reconnu que les dernières statistiques émettaient des signaux inégaux. Ici, on peut penser, notamment, à la première estimation du ministère du Commerce selon laquelle la croissance du PIB américain n'a été que de 1,1 % (en rythme annuel) au dernier trimestre de 2005, soit sa progression la plus faible depuis 2002, qui s'inscrit en nette décélération par rapport à celle de 4,1 % au troisième trimestre. N'empêche, «l'expansion de l'activité économique paraît solide», a précisé la banque centrale.

Elle rappelle également que «l'inflation de base est demeurée relativement basse ces derniers mois» et que «les perspectives d'inflation à long terme restent contenues». Mais aussi que de «possibles augmentations de l'utilisation des ressources ainsi que les prix énergétiques élevés avaient le potentiel d'ajouter aux pressions inflationnistes».

En somme, pour la Financière Banque Nationale (FBN), le communiqué de presse d'hier «ne nous apprend pas grand-chose. Nous croyons que M. Greenspan ne voulait pas modifier les attentes des marchés (qui évaluent maintenant à 70 % la probabilité d'une dernière hausse en mars) afin de laisser les coudées franches au nouveau gouverneur de la Fed.» M. Bernanke aura son baptême public le 15 février prochain, date du prochain témoignage semestriel devant le Congrès américain. «Nous attendons cette comparution avant de décider si nous devons modifier notre prévision actuelle selon laquelle il n'y aura pas d'autres hausses de taux», a ajouté Paul-André Pinsonneault, économiste principal à la FBN.