Transports - Le pétrole nuit aux compagnies aériennes

Genève — La flambée du pétrole plombe les comptes des compagnies aériennes qui devraient essuyer cette année une perte de plus de quatre milliards $US malgré la croissance continue du trafic aérien mondial, a averti hier l'Association internationale du transport aérien (IATA).

L'an dernier, les 265 compagnies aériennes membres de l'IATA (94 % du trafic international) ont enregistré une perte de six milliards $US, a indiqué l'association dans un communiqué. «Le secteur ne devrait pas revenir dans le vert avant 2007 au plus tôt», a averti le directeur général de l'IATA, Giovanni Bisignani. L'année 2006 s'annonce ainsi comme la sixième année consécutive de perte pour le transport aérien. Le déficit cumulé sur cinq ans atteint 42 milliards.

Les compagnies aériennes, grosses consommatrices de carburant, ont dû payer l'an dernier une facture pétrolière de 92 milliards, en hausse de près de 50 % sur celle de 2004, a indiqué l'économiste en chef de l'IATA, Brian Pearce. Le secteur a pourtant «considérablement gagné en efficacité ces dernières années en réponse au défi de la facture pétrolière» et il suffirait d'une poignée de dollars pour que les compagnies cessent de perdre de l'argent, a-t-il fait valoir.

Selon lui, un baril de pétrole à 50 $US en moyenne permettrait aux compagnies aériennes de renouer avec les bénéfices. Or, le pétrole leur a coûté en moyenne 54,50 $US le baril l'an dernier et l'Iata table sur 53 $US pour 2006, alors que le pétrole cote actuellement aux alentours de 68 $US à New York.

En plus du prix du baril, les compagnies aériennes doivent payer un supplément de 16 à 17 $US par baril pour obtenir du kérosène, alors que ce surcoût facturé par les raffineries ne dépassait pas 6 $US il y a quelques années, selon M. Pearce. Le supplément kérosène atteint 14 milliards $US pour l'ensemble du secteur.

La perte de 2005 est largement à mettre au compte des compagnies américaines, qui ont accumulé à elles seules un solde négatif de 10 milliards, alors que leurs consoeurs européennes dégagaient un bénéfice de 1,3 milliard, et les asiatiques, de 1,5 milliard. Les compagnies américaines n'ont pas pu se garantir contre les variations du prix du brut comme l'ont fait leurs concurrentes car leur endettement est trop élevé, a expliqué M. Pearce. Elles ont cependant amélioré leur résultat d'exploitation et devraient ramener cette année leur perte à 6,5 milliards.

Hausse du trafic

Pour 2006, l'IATA compte sur une hausse de 5 % à 6 % du trafic international de passagers après une hausse de 7,6 % en 2005, a indiqué l'économiste, qui met cette baisse attendue sur le compte du ralentissement économique mondial.

«Le secteur revient à un modèle de croissance plus normal après les chocs qui ont commencé en 2001», a noté M. Bisignani, en référence aux attentats du 11 septembre qui ont provoqué cette année-là une baisse du trafic aérien. La véritable reprise n'est intervenue qu'en 2004 avec une progression de 15,3 % du trafic international de passagers.

Le trafic a augmenté l'an dernier de 13,1 % au Moyen-Orient, 11,4 % en Amérique latine et 9,9 % en Afrique, mais de seulement 8,9 % en Amérique du Nord, 6,4 % en Europe et 6,3 % en Asie.

Le trafic de fret devrait quant à lui augmenter de 6 % en 2006 après 3,2 % en 2005 après un redémarrage constaté à la fin de l'an dernier, selon M. Pearce.