Arcelor: les politiciens montent au front

Un ouvrier pose devant les installations d’Arcelor dans l’est de la France. La sidérurgie a dû faire face récemment en Europe à une restructuration très coûteuse et douloureuse socialement.
Photo: Agence France-Presse (photo) Un ouvrier pose devant les installations d’Arcelor dans l’est de la France. La sidérurgie a dû faire face récemment en Europe à une restructuration très coûteuse et douloureuse socialement.

Paris — Les dirigeants politiques européens concernés montent au créneau face à l'OPA hostile de Mittal contre Arcelor, un dossier d'autant plus sensible pour eux que la sidérurgie a dû faire face sur le continent à une restructuration très coûteuse et douloureuse socialement.

Les plus actifs sont les Français, les Luxembourgeois et les Espagnols, pays d'origine d'Arcelor, né en 2002 de la fusion du français Usinor, du luxembourgeois Arbed et de l'espagnol Aceralia. Le groupe emploie 78 000 personnes environ dans l'Union européenne.

«J'ai été en contact avec les quatre ministres des Finances concernés par cette affaire. Nous partageons le même sentiment», a dit hier le ministre français de l'Économie et des Finances, Thierry Breton, devant l'Assemblée nationale. «Cette affaire va durer longtemps, mais nous ferons entendre haut et clair la position des gouvernements et chacun prendra ses responsabilités», a-t-il prévenu.

M. Mittal «n'a pas apporté [...] de concept industriel clair», a pour sa part affirmé le premier ministre luxembourgeois, Jean-Claude Juncker, après avoir, à l'instar de M. Breton, reçu le p.-d.g. de Mittal Steel à Luxembourg. Le gouvernement du Grand-Duché, principal actionnaire d'Arcelor, «est opposé à l'OPA de Mittal», a martelé M. Juncker.

Signe de l'importance accordée par les responsables politiques à cette OPA hostile contre un fleuron de l'industrie européenne, M. Juncker s'entretiendra aujourd'hui à Paris à l'Élysée avec le président Jacques Chirac et le premier ministre Dominique de Villepin. Le même jour, il rencontrera le premier ministre belge, Guy Verhofstadt.

Les sites luxembourgeois d'Arcelor sont la seule activité industrielle d'importance qui reste dans le pays. Et la sidérurgie reste un secteur clef de l'économie du Grand-Duché puisqu'elle emploie directement quelque 6000 personnes. Lui-même fils d'un employé de la sidérurgie, Jean-Claude Juncker a beaucoup pesé dans les négociations de fusion en 2001 pour faire du Luxembourg le siège social d'Arcelor, tandis que les pouvoirs publics ont été mis à forte contribution pour financer la restructuration du secteur.

Autre pays impliqué, l'Espagne a dit hier vouloir travailler «en coordination» avec ses homologues français et luxembourgeois. «Ce qui préoccupe le plus les autorités, ce sont les éventuelles répercussions de cette opération sur l'emploi» en Espagne, où le groupe Arcelor emploie quelque 15 000 personnes, selon un porte-parole. Dès lundi, le ministre de l'Économie, Pedro Solbes, avait déclaré que cette opération suscitait «logiquement des inquiétudes».

Sacrifices

La sensibilité européenne s'explique en partie par les sacrifices financiers et humains déjà consentis dans l'acier depuis les années 1970. L'ancien ministre français Jean-Pierre Chevènement a qualifié l'offensive de Mittal, contrôlé par un homme d'affaires indien, de «naufrage» de la sidérurgie européenne.

«Voilà engloutis les [30 milliards d'euros] consacrés dans les années 70 et 80 à la restructuration de la sidérurgie française!», s'est-il exclamé. La restructuration du secteur en France a été douloureuse en France. À titre d'exemple, Sacilor, fusionné dans Usinor, a réduit ses effectifs de 80 000 personnes entre 1985 et 1995.

Malgré les inquiétudes des gouvernements sur l'emploi, la Commission européenne a fait savoir hier qu'elle ne pourrait prendre en compte les conséquences sociales et qu'elle examinerait le dossier seulement sur «les questions de concurrence».

«Je ne dois pas faire ici preuve d'émotion, mais je dois suivre les règles communautaires», a indiqué la commissaire à la concurrence, Neelie Kroes.