Acier - Mittal lance une attaque-surprise sur Arcelor

Les bureaux d’Arcelor, au Luxembourg. Le géant européen de l’acier est dans la mire du numéro un du secteur, Mittal Steel, qui offre 18,6 milliards d’euros pour en prendre le contrôle.
Photo: Agence France-Presse (photo) Les bureaux d’Arcelor, au Luxembourg. Le géant européen de l’acier est dans la mire du numéro un du secteur, Mittal Steel, qui offre 18,6 milliards d’euros pour en prendre le contrôle.

Londres — Le numéro un mondial de l'acier, Mittal Steel, a lancé hier une offre d'achat hostile totalement inattendue de 18,6 milliards d'euros sur le numéro deux du secteur, l'européen Arcelor, suscitant aussitôt l'inquiétude des gouvernements français et luxembourgeois.

Mittal, société de droit néerlandais, s'allie dans l'affaire à l'allemand Thyssenkrupp à qui, pour éviter des problèmes de concurrence en Amérique du Nord, il a promis le canadien Dofasco que vient de racheter Arcelor, en cas de succès de son opération.

Mittal, un groupe détenu ultramajoritairement par la famille de son président directeur général, l'Indien Lakshmi Mittal, est devenu numéro un de l'acier l'an dernier en rachetant l'américain ISG.

Partisan d'une forte consolidation du secteur — comme Arcelor, a-t-il souligné hier — dans lequel il multiplie les acquisitions, Mittal tente son plus gros coup sur Arcelor, issu en 2002 d'une fusion entre le français Usinor, le luxembourgeois Arbed et l'espagnol Aceralia.

L'opération, dont les analystes soulignent la complémentarité, créerait un géant mondial, détenant 12 % du marché, produisant plus de 100 millions de tonnes d'acier par an, et employant 320 000 personnes.

Après plusieurs heures de silence, Arcelor a souligné hier «le caractère hostile de cette démarche en l'absence de discussion et de consultation entre les deux sociétés avant le lancement de cette offre» et annoncé une prochaine réunion du conseil d'administration.

Dans une conférence de presse à Londres où ils résident, Lakshmi Mittal et son fils Aditya, le directeur financier du groupe, ont multiplié en retour les manifestations de bons sentiments. «Nous voudrions avoir des discussions amicales avec la direction d'Arcelor, nous avons un grand respect pour ce qu'Arcelor a fait», a dit Lakshmi Mittal, appelant les dirigeants d'Arcelor à participer à la future direction.

M. Mittal a expliqué de son côté qu'il avait appelé Guy Dollé, son homologue d'Arcelor, il y a une quinzaine de jours, pour lui faire part de son projet, mais «qu'il n'avait pas reçu de réponse positive».

«Un autre rendez-vous a dû être annulé» à cause du rachat de Dofasco. Une troisième tentative de discussions s'est déroulée «sans succès» selon M. Mittal. «Et ce matin nous avons lancé l'offre», qui valorise Arcelor 27 % au-dessus du cours de jeudi soir, a-t-il dit.

Mittal s'est engagé à ne fermer aucune des usines d'Arcelor (94 600 emplois).

Le ministre français des Finances, Thierry Breton, a néanmoins aussitôt fait état «des préoccupations à ce stade du gouvernement français sur la manière dont cette offre publique d'acquisition semble être engagée», soulignant «son caractère hostile et l'absence de discussion préalable entre les deux groupes».

À Luxembourg, premier actionnaire d'Arcelor qui y est le principal employeur, «cette offre fait l'effet d'un électrochoc», a déclaré un député du parti gouvernemental, tandis que les syndicats ont indiqué qu'ils «mettraient tout en oeuvre pour préserver la situation de l'emploi actuelle et le modèle social luxembourgeois».

Le premier ministre belge, Guy Verhofstadt, s'est montré plus modéré, soulignant plutôt les engagements de M. Mittal, qui lui a téléphoné, de préserver l'emploi des 13 000 Belges travaillant chez Arcelor.

Les analystes estimaient hier que malgré sa logique, l'offre à la hussarde de Mittal serait regardée de très près à Bruxelles. De plus, le groupe pourrait avoir à relever son offre, Arcelor ayant pris plus d'un tiers de sa valeur d'un seul coup vendredi.

Lakshmi Mittal a indiqué que son groupe «ne pensait pas devoir augmenter cette offre, très attractive». Comme on lui demandait toutefois s'il excluait de monter plus haut, il a simplement répondu non, laissant entendre qu'il avait encore des moyens pour la bataille en vue.