Arcelor a le champ libre pour acheter Dofasco

Toronto — Le géant industriel allemand ThyssenKrupp a fait savoir hier qu'il ne ripostera pas à son rival Arcelor et ne bonifiera donc pas son offre d'achat du sidérurgiste canadien Dofasco, établie à 68 $ par action, pour un total de près de 5,3 milliards.

«Le conseil de direction de ThyssenKrupp a décidé de ne pas soumettre une offre d'achat plus élevée du fabricant d'acier Dofasco, puisqu'une offre de plus de 68 $ par action irait au-delà de la valeur économique», peut-on lire dans un communiqué de ThyssenKrupp diffusé sur son site Internet.

La société allemande s'incline ainsi devant la contre-offre hostile de 5,5 milliards de sa concurrente européenne Arcelor. Mais elle espère aussi recueillir les indemnités prévues de 215 millions en cas de non-respect de l'entente conclue plus tôt avec Dofasco.

Dans un bref communiqué, le géant canadien de l'acier a déclaré avoir été averti par ThyssenKrupp de son intention de ne pas renchérir sur l'offre d'Arcelor, qui scelle donc irrévocablement une entente en vue d'acquérir toutes les actions de Dofasco.

Le géant allemand avait jusqu'à hier minuit pour renchérir sur la proposition de 71 $ par action d'Arcelor, qui avait lancé son attaque non sollicitée contre Dofasco à la fin de l'année dernière.

À titre de chevalier blanc, ThyssenKrupp était alors venu à la rescousse du sidérurgiste canadien établi à Hamilton. Le groupe allemand avait cinq jours pour riposter, mais il a affirmé sur son site Internet qu'il renonçait à son droit de réplique.

Le luxembourgeois Arcelor avait relevé le 16 janvier son offre d'achat pour Dofasco pour la deuxième fois afin de l'emporter sur ThyssenKrupp, qui avait lui-même amélioré sa proposition le 14. La proposition d'Arcelor, sur la table jusqu'au 8 février, représente une amélioration de 12,7 % par rapport à celle que le groupe luxembourgeois avait avancée le 30 décembre, et de 4,4 % par rapport à celle de ThyssenKrupp.

Près de 77,6 millions d'actions de Dofasco sont présentement en circulation.

Début 2005

Arcelor reluque depuis le début de 2005 le sidérurgiste canadien de Hamilton, parmi les plus performants d'Amérique du Nord. Après avoir été maintes fois éconduite par les dirigeants de Dofasco, Arcelor avait déposé une offre d'achat non sollicitée de 56 $ par action en novembre.

Mais à la suite d'un accord avec le conseil d'administration de Dofasco, à la fin du mois de novembre, ThyssenKrupp avait joué le rôle de chevalier blanc en proposant 61,50 $ par action.

Arcelor avait ensuite porté son offre à 63 $ par action le 23 décembre, ce qui avait été égalé par le rival allemand, plus tôt en janvier. Puis Arcelor avait soumis 71 $ par action le 16, après les 68 $ par action de ThyssenKrupp le 14.

Le conseil de direction de Dofasco recommandait à l'unanimité aux actionnaires de favoriser ThyssenKrupp, depuis sa toute première proposition.

ThyssenKrupp est spécialisé dans la production d'acier, mais engagé aussi dans bon nombre d'activités de transformation, par exemple la fabrication d'ascenseurs. Il constitue un des groupes industriels les plus importants du monde. Son chiffre d'affaires a atteint 59 milliards en 2005. Uniquement dans le domaine de l'acier, elle emploie 31 500 travailleurs.

Au Canada, la société allemande compte plus de 4200 employés et ses ventes ont avoisiné les 1,4 milliard l'an dernier, principalement des composantes de carrosserie pour les manufacturiers automobiles, de l'acier inoxydable et du carbone, ainsi que des ascenseurs.

Les deux protagonistes européens voulaient se servir de Dofasco comme tremplin dans le marché de la sidérurgie nord-américaine. Environ 11 000 personnes presque entièrement non syndiquées sont à l'emploi de Dofasco au Canada, aux États-Unis et au Mexique. Dofasco possède un producteur de minerai de fer sur la Côte-Nord, Québec Cartier. Or, la demande de minerai de fer est très forte puisque c'est un élément essentiel dans la fabrication de l'acier.

Ce mouvement vers la consolidation pourrait entraîner d'autres producteurs canadiens comme Stelco et Algoma vers la mise aux enchères. La première pourrait devenir la cible d'investisseurs américains ou européens bien qu'elle sort de deux années sous la protection de la faillite alors que la seconde a été mise sur le marché l'an passé, mais sans succès.

L'action de Dofasco a perdu 80 ¢ sur le parquet de Toronto hier pour s'arrêter à 71,90 $.