Le Devoir

Le dangereux déclin de la biodiversité

Cette année, les gouvernements du monde entier se réuniront pour discuter des mesures nécessaires afin d’inverser la perte de biodiversité. Celle-ci est essentielle à notre quotidien : il n’y aurait pas d’oxygène sans plantes, tout comme il n’y aurait pas de fruits ni de noix sans abeilles.

Au Canada, les populations d’espèces en péril ont connu un déclin de 59 % en moyenne de 1970 à 2016. Malgré la richesse de ses milieux naturels, le Québec n’échappe pas au phénomène: près de 200 espèces ou populations fauniques présentes dans la province sont en situation précaire.

Cette année, les gouvernements du monde entier se réuniront pour discuter des mesures nécessaires afin d’inverser la perte de biodiversité. Celle-ci est essentielle à notre quotidien : il n’y aurait pas d’oxygène sans plantes, tout comme il n’y aurait pas de fruits ni de noix sans abeilles.

Au Canada, les populations d’espèces en péril ont connu un déclin de 59 % en moyenne de 1970 à 2016. Malgré la richesse de ses milieux naturels, le Québec n’échappe pas au phénomène: près de 200 espèces ou populations fauniques présentes dans la province sont en situation précaire.

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C'est le nombre d'espèces disparues du Québec.

Il y a plusieurs siècles, on pouvait observer des colonies de grands pingouins sur les côtes rocheuses de Terre-Neuve, aux Îles-de-la-Madeleine, au Nouveau-Brunswick et en Nouvelle-Écosse. Cette espèce, qui était pourtant abondante, a maintenant disparu en raison de la chasse excessive. La tourte voyageuse, autrefois l’oiseau le plus abondant en Amérique du Nord, a aussi disparu de la planète aujourd’hui.

On recense 11 espèces fauniques autrefois présentes au Québec mais ayant disparu du territoire. Or, ce nombre pourrait être plus élevé, en réalité, affirme Dominique Gravel, titulaire de la Chaire de recherche du Canada en écologie intégrative à l’Université de Sherbrooke.

« Peu d’extinctions ont été documentées. Ça donne l’impression qu’il n’y a pas beaucoup de changements de biodiversité au Québec alors qu’il y en a et qu’ils sont majeurs », affirme le biologiste.

Si l’extinction est un phénomène qui frappe l’imaginaire, les changements les plus importants arrivent toutefois bien avant. « Des espèces qui étaient autrefois abondantes sont sur le bord de l’extinction aujourd’hui, et ça, ça a beaucoup plus d’impacts qu’une espèce qui disparaît à la toute fin », prévient-il.

On dénombre 194 espèces précaires au Québec en croisant la liste provinciale des espèces menacées ou vulnérables du ministère des Forêts, de la Faune et des Parcs (MFFP) avec celle du Registre public des espèces en péril d’Environnement et Changement climatique Canada (ECCC).

Ces espèces fauniques sont réparties selon différents statuts de vulnérabilité. Avant leur extinction ou leur disparition du territoire, le gouvernement provincial les classe comme menacées, soit « une espèce, une sous-espèce ou une population dont la disparition est appréhendée ».

On compte 41 populations d’espèces de cette classification au Québec. Le chevalier cuivré, le béluga de l’estuaire du Saint-Laurent et le caribou de la Gaspésie en font notamment partie.

Pas moins de 37 espèces de la province sont considérées comme vulnérables, telles que la rainette faux-grillon de l’Ouest, la tortue des bois et l’ours blanc. Même si leur survie est jugée précaire, leur disparition n’est pas prévue à court ou à moyen terme.

Si nombre d’espèces n’ont pas encore obtenu de statut, leur situation reste inquiétante au point de les désigner comme « susceptibles d’être désignées comme menacées ou vulnérables ». Elles sont répertoriées de la sorte lorsqu’elles sont jugées à risque et qu’elles requièrent une attention particulière.

On en compte 116 dans la province. Parmi elles, la baleine noire, quelques espèces de chauves-souris et le hibou des marais sont parmi les espèces faisant l’objet d’un suivi au Québec.

Perte de services écosystémiques

La dégradation de populations fauniques peut entraîner de nombreux problèmes, puisque chaque espèce occupe une fonction unique dans son écosystème. Par exemple, la population de l’ours grizzli, qui a existé dans la péninsule d’Ungava du nord du Québec et du Labrador jusqu’au XXe siècle, a été désignée disparue en mai 2012.

La perte de cette population dans deux provinces a créé un important trou dans la répartition du grizzli au Canada. Il est peu probable que ce vide soit comblé par la dispersion naturelle, selon le Comité sur la situation des espèces en péril au Canada.

La disparition potentielle de certaines espèces, comme le pic à tête rouge, pourrait avoir une incidence sur d’autres espèces d’un même écosystème. Les nombreux trous de nids créés par ce petit oiseau peuvent être réutilisés par d’autres espèces de mammifères, d’insectes et d’amphibiens.

La création de cavités participe également à la détérioration d’arbres morts, une étape importante du cycle de l’écosystème forestier. Le pic à tête rouge est menacé depuis 2009, selon son statut provincial.

Comme l’apport de chaque espèce est unique, Le Devoir vous propose d’en connaître plus sur cinq sous-espèces précaires au Québec : le caribou montagnard de la Gaspésie, l’aigle royal, la salamandre pourpre, le bourdon américain et l’éperlan arc-en-ciel.

Sélectionnez les espèces qui vous intéressent afin d’en connaître les fonctions écologiques et les tendances des populations.

Choisissez une nouvelle espèce :

Peu de données sur certaines espèces menacées existent, comme le montre l’exemple de la salamandre pourpre. Normal, puisqu’elles sont de moins en moins communes, rappelle Dominique Gravel, professeur au Département de biologie de l’Université de Sherbrooke.

«Les espèces au bord de l’extinction ont toutes cette même caractéristique: elles deviennent de plus en plus rares. Plus elles sont proches de s’éteindre, plus ça prend des efforts pour parvenir à les détecter», explique-t-il. La compréhension de l’ampleur de la décroissance et du taux de déclin des espèces est toutefois cruciale pour évaluer l’impact des menaces qui les touchent et définir les mesures de conservation nécessaires, selon WWF-Canada. Les espèces gravement menacées deviennent ainsi complexes à protéger — et encore plus si elles ne sont pas irrésistiblement mignonnes.

Lisez notre reportage pour en savoir plus.