Le Devoir

Les femmes aux Jeux olympiques : le long chemin de la parité

Stade olympique de Montréal
Photo : Presse canadienneStade olympique de Montréal, 1976

Les femmes aux Jeux olympiques : le long chemin de la parité

20 juillet 2021

Il y a à peine 120 ans, leur participation était proscrite. Aujourd’hui, elles battent des records. Des tout premiers Jeux olympiques jusqu’à aujourd’hui, les femmes ont mené plusieurs combats pour gagner leur place dans la compétition. 

Cette année, 48,8 % des athlètes qui vont à Tokyo sont des femmes, soit le ratio qui se rapproche le plus de la parité absolue dans l’histoire des Jeux. Retour sur le chemin parcouru depuis le début de cette tradition issue de la Grèce antique. 

Les jeux antiques

Ancêtres des Jeux olympiques modernes, les premiers Jeux de l’Antiquité remonteraient à l’an 776 av. J.-C. Seuls les hommes grecs et libres peuvent participer à l’événement du site sacré d’Olympie. 

Complètement exclues comme athlètes, les femmes ne peuvent y assister en tant que spectatrices que si elles ne sont pas encore mariées. Corèbe d’Élis devient le champion de la première et unique épreuve du stadion, une course à pied d’environ 192 mètres.

Hommes qui courent

Seize femmes d’Hélide auraient néanmoins fondé leur propre équivalent sportif au VIe siècle av. J.-C. : les jeux Héréens. L’événement, strictement féminin, se déroulait tous les quatre ans à Olympie, quelques semaines après la fin des Jeux olympiques des hommes.

Après avoir perduré pendant près de 1200 ans, les Jeux olympiques antiques prennent fin en 393 de notre ère, l’année où l’empereur chrétien Théodose abolit la compétition. Il faut attendre 1503 ans avant que les Jeux olympiques des temps modernes renaissent à l’initiative du Français Pierre de Coubertin. 

Pierre de Coubertin

S’inspirant des Jeux olympiques de l’Antiquité, Coubertin juge que la gent féminine n’a pas sa place dans ces compétitions. Les organisateurs refusent donc la participation des femmes aux compétitions sportives de la première édition, en 1896. 

Au fil des ans, les athlètes féminines font tranquillement leur entrée dans des sports jugés « compatibles avec leur féminité et leur fragilité ». Se faisant, elles ouvrent le long chemin vers la parité dans le monde du sport olympique. 

Les jeux modernes

Les premiers Jeux de l’ère moderne ont lieu à Athènes et, comme le voulait Pierre de Coubertin, sans femmes. La compétition rassemble 241 athlètes s’affrontant dans 43 épreuves. Il s’agit des seuls Jeux de l’ère moderne à avoir refusé les candidatures féminines. 

Il faut attendre la deuxième édition des Jeux olympiques pour que les femmes fassent leur apparition. Organisé dans le cadre de l’Exposition universelle à Paris, l’événement accepte les premières athlètes dans des épreuves de golf, d’équitation, de tennis, de voile et de croquet. Elles ne sont que 22 à participer aux Jeux, sur un total de près de 1000 athlètes, représentant 2,2 % des athlètes olympiques présents. 

Aux Jeux d’été de Stockholm, douze ans plus tard, les athlètes féminines restent minoritaires, représentant toujours 2 % du lot. La natation féminine et le plongeon féminin connaissent leurs débuts. On compte alors cinq épreuves féminines, représentant moins de 5 % de la programmation.

Trente ans après leur entrée aux Jeux de l’ère moderne, les femmes représentent toujours moins de 10 % des athlètes des Jeux présentés à Amsterdam. Cette année-là, Pierre de Coubertin affirme qu’il « demeure hostile » à la participation des femmes aux Jeux, ajoutant que c’est « contre [son] gré qu’elles [sont] admises à un nombre grandissant d’épreuves ». 

Malgré les réticences du père des Jeux modernes, la participation des femmes s’accroît graduellement au cours des compétitions suivantes. Depuis les Jeux d’Athènes de 2004, plus de 40 % des athlètes présents aux Jeux sont des femmes.

Il faudra attendre les Jeux de Londres en 2012 pour voir les femmes concourir dans tous les sports inscrits au programme grâce à l’introduction de la boxe féminine. Elles représentent alors plus de 44 % des participants. 

Le ratio d’athlètes féminines atteint son point culminant aux Jeux d’été de Rio de Janeiro, en 2016. Plus de 4670 femmes ont tenté d’obtenir une place sur le podium, soit 45 % des athlètes. 

Marqués par la pandémie de COVID-19, les Jeux de cette année se rapprochent encore plus d’une parité absolue. Selon le CIO, près de la moitié des athlètes seront des femmes, soit plus que lors de tous les Jeux de l’histoire, représentant 48,8 % du total des athlètes olympiques. 

Délégations paritaires 

Si la participation féminine n’a fait que croître aux dernières éditions, tous les pays n’ont pas consacré les mêmes efforts à leur envoi d’athlètes féminines. Si certains, comme le Canada, ont été de véritables figures de proue, d’autres nations ont longtemps exclu les femmes de leurs équipes olympiques. Les Jeux d’été de Londres de 2012 ont été les premiers à voir des femmes provenant de tous les pays participants, l’Arabie saoudite ayant été le dernier pays à suivre le mouvement.

Force est de constater que les délégations d’aujourd’hui misent sur la participation des athlètes féminines. La majorité des nations qui ont gagné le plus de médailles aux derniers Jeux de Rio se trouvaient en zone paritaire. Certaines ont même décidé d’envoyer plus de femmes que d’hommes. Analyse. 

Les États-Unis, champions des médailles, ont envoyé 294 femmes dans leur délégation aux derniers Jeux, marquant ainsi le plus grand nombre de femmes ayant concouru pour une nation. Ils ont battu le précédent record de 289 établi par la Chine en 2008. Pour la deuxième fois seulement dans l’histoire, l’équipe américaine comptait plus d’athlètes féminines que d’athlètes masculins.

Deuxième au classement, la Chine envoie presque 100 athlètes féminines de plus que d’hommes aux Jeux de Rio, pour un total de 256 femmes représentant la nation. Avec plus de 60 % de sa délégation féminine, la Chine est le pays du palmarès qui a le ratio de femmes le plus élevé.

Avec près de 43 % de femmes, la France se situe en dessous de la moyenne internationale. Suivi par la Grande-Bretagne, ce pays d’Europe est celui qui a la plus faible proportion d’athlètes féminines du palmarès. 

Même au dernier rang des médailles, le Canada se démarque par sa délégation féminine, avec près de 60 % de femmes présentes à la compétition (186 femmes sur 314 athlètes). D’ailleurs, parmi les 22 médailles remportées par le pays, 16 furent gagnées par des femmes.  

Ascension des épreuves féminines

Avec la participation grandissante des athlètes féminines, les épreuves olympiques dites masculines s’ouvrent aux femmes au fil du temps. Certains sports n’accueillent les femmes que depuis peu, comme la lutte, la boxe ou le rugby, tous introduits au cours des dix dernières années. 

Charlotte Cooper
Photo : WikipediaCharlotte Cooper

Lors de la première participation des femmes en 1900, seuls le tennis et le golf comptent une catégorie exclusivement féminine. Autrement, elles compétitionnent aux côtés des hommes dans les épreuves de voile, d’équitation et de croquet mixtes. Charlotte Cooper remporte l’épreuve simple de tennis et devient la première femme sacrée championne olympique dans une épreuve individuelle.

Le Zimbabwe remporte la médaille d'or à Moscou
Photo : La Presse canadienne Archives du CanadaEthel Smith et Bobbie Rosenfeld

Malgré l’hostilité du baron Pierre de Coubertin, les femmes font leur entrée en athlétisme. Ethel Smith (à gauche) et Bobbie Rosenfeld (deuxième à partir de la gauche) gagnent respectivement la médaille de bronze et d’argent à la course au 100 mètres.

Charlotte Cooper
Photo : Ria NovostiL'équipe du Zimbabwe en 1980

L’épreuve de hockey sur gazon, d’abord introduite comme compétition masculine en 1908, présente une division féminine 72 ans plus tard. Le Zimbabwe remporte la médaille d’or à Moscou. 

Marlen Esparza et Karlha Magliocco
Photo : Jack Guez Agence France PresseMarlen Esparza et Karlha Magliocco

Avec l’ajout de la boxe féminine, les Jeux olympiques de 2012 à Londres ont été les premiers où les femmes ont concouru dans tous les sports du programme olympique. Marlen Esparza (en bleu), de l’équipe américaine, se défend contre Karlha Magliocco, du Venezuela, lors des quarts de finale de boxe poids mouche à Londres. 

Surf
Photo : Jonathan Hayward La Presse canadienneMathea Olin

Et cette année, les femmes participeront à plusieurs nouvelles disciplines, telles que le karaté, l’escalade sportive, le surf et la planche à roulettes. 

Doubler les sports mixtes

Si les Jeux de cette année sont les plus paritaires de l’histoire, ils permettront aussi aux femmes de concourir aux côtés des hommes dans un nombre record d’épreuves. Bien que des épreuves mixtes aient été au programme dès les Jeux de Paris de 1900, leur nombre demeure modeste. 

À l’instar des éditions de 2000 et de 2004, les Jeux de Pékin de 2008 présentent 10 épreuves mixtes. L’équitation, le badminton et la voile sont les seuls sports dans lesquels hommes et femmes peuvent concourir ensemble. 

Les épreuves de voile mixtes sont retirées. Le double mixte de tennis fait un retour, l’épreuve n’étant plus officielle depuis 1924.

Quatre ans plus tard, c’est l’épreuve de voile mixte qui est réintroduite. On ne compte toujours que quatre sports mixtes au programme.

Après une stagnation de plusieurs années, le nombre d’épreuves mixtes double depuis les Jeux de Rio, pour un total de 18 épreuves disputées à Tokyo. De nouvelles épreuves mixtes en athlétisme, en natation, en judo, en tir à l’arc, en relais de triathlon, en tennis de table ainsi que trois compétitions de tir seront introduites cet été, affichant ainsi presque quatre fois plus de sports mixtes qu’en 2008. 

La parité totale

Pour la première fois de l’histoire, les Jeux olympiques de Paris de 2024 afficheront une parité absolue entre les femmes et les hommes. Sur les 10 500 athlètes prévus, 5250 seront des femmes. Rappelons que les Jeux disputés dans la même ville n’avaient accueilli que 22 femmes en 1900.

Différents ajouts permettront aux femmes de participer à de nouvelles épreuves, comme une nouvelle catégorie de poids en boxe. De nouvelles épreuves mixtes verront également le jour en athlétisme, en voile et en tir, une augmentation de 18 à 22 par rapport aux Jeux de Tokyo. 

L’athlétisme, la boxe et le cyclisme enregistreront, pour la toute première fois également, une parfaite égalité entre les sexes. Ainsi, 28 des 32 sports inscrits au programme de Paris 2024 seront totalement paritaires. Un long chemin parcouru depuis les Jeux de Pierre de Coubertin.