Le Devoir

La crise d’Octobre, jour par jour

La crise d’Octobre, jour par jour

26 septembre 2020

L’enlèvement d’un diplomate britannique par le Front de libération du Québec le 5 octobre 1970 est le point de départ d’une crise politique marquée par l’intervention de l’armée canadienne, l’arrestation sans mandat de plus de 400 citoyens et la mort du vice-premier ministre québécois Pierre Laporte. Le Devoir revient aux sources de la crise d’Octobre en dates et en images.

1968

24 juin

Les militants indépendantistes Jacques Lanctôt et Paul Rose sont arrêtés lors d’une manifestation visant le premier ministre canadien Pierre Elliott Trudeau, qui assiste au défilé de la Saint-Jean-Baptiste à la veille des élections fédérales. Les deux hommes font connaissance dans un fourgon cellulaire.

Le militant Paul Rose. Photo: Archives Le Devoir

1969

1er avril

Le felquiste Pierre-Paul Geoffroy est condamné à une sentence record de 124 peines d’emprisonnement à perpétuité pour une trentaine de bombes posées à Montréal au cours des six mois précédents. La demande de libération de Geoffroy et des autres membres du FLQ sera l’un des moteurs de la crise d’Octobre 1970.

À la barre d’accusation, Pierre-Paul Geoffroy, lors de la comparution devant le commissaire aux incendies. Photo: Archives Robert Comeau

7 octobre

Jacques Lanctôt et son collègue Marc Carbonneau, du Mouvement de libération du taxi, sont blessés lors d’une manifestation en appui aux grévistes de la compagnie d’autobus Murray Hill. Un nouveau réseau du FLQ prend forme dans le courant de l’automne autour du duo Rose-Lanctôt.

1970

Janvier

Le groupe de Paul Rose achète une ferme à Sainte-Anne-de-la-Rochelle, en Estrie, avec l’argent amassé lors de vols à main armée. Ses membres comptent y établir un camp d’entraînement révolutionnaire et une prison du peuple où seront enfermés des diplomates devant servir de monnaie d’échange pour la libération des « prisonniers politiques ».

Mars

Paul Rose loue le 5630 de la rue Armstrong à Saint-Hubert. Le modeste bungalow doit servir de base pour les opérations de financement du FLQ. Il est notamment fréquenté par Jacques Lanctôt, qui entre alors dans la clandestinité.

Le 5630 rue Armstrong à Saint-Hubert. Photo: Archives Le Devoir

28 mai

Le réseau Rose-Lanctôt s’empare de 60 000 $ lors d’un vol à main armée à la Caisse populaire de l’Université de Montréal. Le butin doit servir à financer les enlèvements.

21 juin

La police effectue une perquisition dans un chalet de Prévost, où elle arrête trois felquistes, dont François Lanctôt, frère de Jacques. Elle y découvre la moitié de la somme volée à l’Université de Montréal, des armes et la première version du Manifeste d’octobre 1970. Le trio comptait enlever le consul américain Harrison W. Burgess.

22 juin

Les policiers réalisent une nouvelle perquisition, cette fois à la ferme de Sainte-Anne-de-la-Rochelle, qui est localisée à l’aide d’un plan découvert au chalet de Prévost. Jacques Lanctôt échappe aux agents de la Sûreté du Québec en se cachant dans le grenier en compagnie des frères Paul et Jacques Rose. Le site est abandonné par la suite par le FLQ.

Septembre

Les membres du réseau Rose-Lanctôt se divisent en deux groupes qui deviendront les cellules Libération et Chénier. Les premiers, menés par Lanctôt, veulent passer à l’action, contrairement aux seconds, réunis autour de Paul Rose, qui souhaitent amasser des armes et du financement.

12 septembre

Le 10 945 de la rue des Récollets est loué par l’un des membres de la cellule Libération pour servir de lieu de détention du futur otage. Les felquistes hésitent entre l’attaché commercial britannique James Cross et le consul américain John Topping.

24 septembre

Les frères Rose franchissent la frontière américaine en compagnie de leur complice Francis Simard. Ils se rendent jusqu’à Dallas, où ils tentent d’acquérir des armes. Le trio se trouve à Saint-Louis, au Missouri, sur le chemin du retour, le 5 octobre.

Jacques Rose et Francis Simard, membres de la cellule Chénier. Photo: Archives Le Devoir

5 octobre

8 h — James Cross est enlevé à son domicile par quatre membres de la cellule Libération. Les ravisseurs exigent la libération de 23 « prisonniers politiques », le versement de 500 000 $, un sauf-conduit vers Cuba ou l’Algérie et la diffusion d’un manifeste résumant leurs revendications.

7 octobre

Le manifeste du FLQ est lu sur les ondes de la station de radio privée CKAC. Il est également diffusé le lendemain soir à la télévision de Radio-Canada. Le manifeste prône l’indépendance d’un Québec libéré des « big boss patroneux » de la haute finance anglophone.

Lecture du manifeste du FLQ à la télévision de Radio-Canada. Photo: Archives Radio-Canada

9 octobre

Les Rose-Simard s’établissent dans la rue Armstrong à leur retour des États-Unis. Ils y sont rejoints par Bernard Lortie, qui complète les rangs de la cellule Chénier. Après avoir envisagé l’enlèvement d’un diplomate américain, ils se rabattent sur le vice-premier ministre Pierre Laporte, qui prône la ligne dure envers le FLQ et qui réside à proximité.

10 octobre

18 h 18 — Pierre Laporte est enlevé à son domicile de Saint-Lambert dans les instants qui suivent le refus de négocier du gouvernement du Québec. La cellule Chénier annonce l’exécution prochaine de leur otage si les autorités ne répondent pas favorablement aux demandes des ravisseurs de Cross.

Le ministre Pierre Laporte. Photo: Archives Le Devoir

13 octobre

10 h — Paul Rose est pris en filature alors qu’il livre un communiqué au centre-ville de Montréal. Il échappe à la police avant de trouver refuge chez une amie, où il établit un premier contact avec la cellule Libération de Lanctôt.

14 octobre

21 h — Le chef du Parti québécois René Lévesque se joint au directeur du Devoir, Claude Ryan, et à d’autres personnalités pour lancer un appel à la négociation devant permettre de sauver la vie des otages en échange de la libération des prisonniers politiques.

15 octobre

13 h 07 — Ottawa déploie l’armée canadienne en territoire québécois. Les militaires patrouillent dans les rues et montent la garde autour des édifices publics, des résidences des personnalités politiques et du monde des affaires.

21 h 15 — Le premier ministre québécois Robert Bourassa demande au gouvernement canadien de décréter les mesures de guerre. Sa requête a été rédigée sous l’œil de Marc Lalonde, directeur de cabinet de Trudeau, qui se rend ensuite à Montréal pour obtenir l’appui du maire Jean Drapeau.

22 h — Le manifeste de la cellule Libération est lu au centre Paul-Sauvé devant une foule de 3000 manifestants qui scandent le nom du FLQ.

L'armée fait son entrée à Montréal. Photo: Archives La Presse Canadienne

16 octobre

4 h — L’état d’insurrection appréhendé est décrété par le gouvernement Trudeau, qui suspend la Déclaration canadienne des droits en vertu de la Loi sur les mesures de guerre. Près de 500 citoyens québécois sont arrêtés sans mandat dans les jours qui suivent.

16 h 30 — Le ministre Laporte tente de s’échapper en se jetant dans une fenêtre du bungalow de la rue Armstrong. Blessé aux poignets par des éclats de verre, il est rattrapé par ses ravisseurs qui lui font des garrots. Bernard Lortie est dépêché à Montréal en début de soirée pour prévenir Paul Rose.

17 octobre

Pierre Laporte est étranglé en fin d’après-midi par l’un de ses ravisseurs qui cherche à le maîtriser au cours d’une échauffourée. Son cadavre est déposé dans le coffre d’une voiture qui est ensuite abandonnée sur les terrains de la Wondel Aviation de Saint-Hubert. Les quatre membres de la cellule Chénier se regroupent en début de soirée dans un appartement du chemin de la Reine-Marie, à Montréal.

6 novembre

La cellule Viger fait son apparition par l’entremise d’un communiqué accompagné d’une photo de Cross jouant aux cartes sur une « caisse de dynamite ». L’un des membres de la cellule, l’historien Robert Comeau, est pris en filature le lendemain à l’aide des informations recueillies par « Poupette », le nom de code de l’indicatrice de police Carole Devault.

Les policiers effectuent une perquisition au 3720 du chemin de la Reine-Marie, où ils procèdent à l’arrestation du felquiste Bernard Lortie. Les trois autres membres de la cellule Chénier se cachent dans le double fond d’un placard pendant 24 heures, avant de prendre la fuite.

James Richard Cross, lors de sa séquestration. Photo: Archives La Presse Canadienne

9 novembre

Les frères Rose et Francis Simard sont transportés par des sympathisants vers une grange abandonnée de Saint-Bonaventure. Ils y demeurent jusqu’au 24 novembre, lorsque le militant souverainiste Michel Viger profite d’une tempête de neige pour les amener dans le sous-sol de sa résidence de Saint-Luc.

2 décembre

Jacques Cossette-Trudel et son épouse Louise Lanctôt, de la cellule Libération, sont arrêtés par la police aux abords de la station de métro Henri-Bourassa.

Le couple Cossette-Trudel lors de leur arrestation. Photo: Archives Le Devoir

3 décembre

1 h — Le lieu de détention de Cross est encerclé par des centaines de policiers et de soldats. Les trois felquistes présents — Jacques Lanctôt, Yves Langlois et Marc Carbonneau — demandent un avocat accompagné d’un journaliste de Québec-Presse ou du Devoir. Le sauf-conduit vers Cuba leur est accordé par Ottawa.

13 h 52 — Les ravisseurs de Cross sont escortés avec leur otage jusqu’au pavillon du Canada sur l’île Notre-Dame. Ils sont ensuite héliportés vers Dorval, d’où ils s’envolent vers La Havane à bord d’un avion des Forces armées canadiennes. Cross est libéré aux premières heures du 4 décembre, après 59 jours de détention.

28 décembre

La police découvre le tunnel aménagé par les membres de la cellule Chénier sous la maison de Michel Viger à Saint-Luc. Le trio fait appel au docteur Jacques Ferron pour négocier leur reddition, qui met un terme à la crise d’Octobre. L’armée canadienne se retire du Québec au début de janvier 1971.