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Les professions à risque sont-elles plus occupées par des femmes?

Les professions à risque sont-elles plus occupées par des femmes?

8 mai 2020

De l’hôpital à l’épicerie, les femmes occupent de nombreux postes dans les services essentiels. Elles seront également aux premières loges du déconfinement dans les écoles et les garderies, qui débutera le 11 mai dans certaines régions du Québec. Au-delà des impressions, les emplois occupés par les femmes impliquent-ils une plus grande exposition au virus? Réponse en graphique.

14 millions de travailleurs

Voici une représentation de l’ensemble des professions au pays, telles que définies par Statistique Canada. La taille de chaque cercle est proportionnelle au nombre de personnes qui exercent l’emploi associé, selon le recensement de 2016. Du fait de leur profession, ces 14 390 640 travailleurs ne sont pas tous aussi à risque de contracter le coronavirus. Le gouvernement américain dispose d’une liste qui trie les métiers en fonction de certains facteurs de risque. Tâchons d’y voir plus clair en réorganisant les cercles en fonction de deux de ces indicateurs.

Facteurs de risque

La position horizontale de chaque cercle représente à quel point la profession implique d’être à proximité d’autres personnes. Trônent au sommet de ce palmarès les chorégraphes, les kinésiologues et les coiffeuses, par exemple. En raison de la contamination possible par des porteurs de la COVID-19 sans symptôme, ces travailleurs sont relativement à risque. La position verticale de chaque cercle se rapporte pour sa part aux risques généraux d’être exposés à une maladie ou une infection. Le personnel médical est fortement représenté dans les hautes sphères de ce classement. D’autres professions, comme les guides de chasse — qui sont en contact régulier avec des dépouilles d’animaux — se voient également attribuer une valeur élevée. Voyons maintenant la répartition en fonction des sexes des travailleurs de chaque profession.

Les femmes et l'emploi

Les gros disques jaunes illustrent les professions exercées par des femmes en grande proportion et en grand nombre. De manière générale, on peut considérer que les emplois représentés par des cercles dans le coin supérieur droit impliquent plus de risques de contracter la COVID-19 — et ils sont en majorité occupés par des femmes. Celles-ci sont plus exposées aux maladies et infections, parfois à raison de plus d’une fois par semaine (ce qui correspond à une valeur de 75 et plus, sur l’échelle verticale). Elles travaillent aussi plus près des autres humains, dans certains cas à moins d’un bras de distance (75 et plus, sur l’échelle horizontale).

Les plus à risque

Intéressons-nous maintenant aux métiers pour lesquels les deux indicateurs affichent une valeur de 50 et plus, c’est-à-dire où les risques sont relativement élevés. C’est la zone en jaune pâle sur le graphique. Elle regroupe 1 777 365 travailleurs canadiens. Les femmes y sont largement surreprésentées: elles occupent 76% de ces postes, dont plusieurs sont actuellement considérés essentiels. Sans surprise, plusieurs métiers à risque impliquent une relation d’aide. Pour des raisons historiques, les femmes tiennent en grand nombre ces postes. Au Québec, les femmes occupaient 81% des emplois en santé et services sociaux en 2017. En éducation (en excluant le niveau universitaire), elles représentaient 69% de la main d’oeuvre.

Le travail de proximité

En dehors de cette « zone à risque », d’autres emplois sont pourvus par une forte proportion de femmes, comme les caissières et les enseignantes au primaire. Dans ces deux cas, les travailleuses doivent régulièrement être à proximité d’autres personnes dans le cadre de leur travail.

Peu d'exposition

En vert, on voit maintenant les emplois pour lesquels les femmes constituent entre 50 et 75% de la main d’oeuvre. Outre les préposées à l’entretien ménager, ces professions impliquent peu d’exposition aux maladies et aux infections. Elles peuvent toutefois imposer régulièrement une grande proximité avec autrui, comme c’est le cas des vendeuses et des serveuses.

Métiers mixtes

En turquoise, ce sont les emplois où les femmes pourvoient de 25 à 50% des postes. Parmi eux, les conducteurs d’autobus font partie des travailleurs à risque. Depuis la mi-mars, ceux de Montréal ont exigé que les passagers montent à bord par la porte de derrière. Bientôt, les bus de la Société de transport de Montréal (STM) seront dotés de panneaux de plexiglas protégeant les chauffeurs.

Les hommes

Finalement, en bleu, voici les emplois occupés en forte majorité (75% et plus) par des hommes. Concierges et policiers font partie des groupes potentiellement exposés au coronavirus. Les camionneurs sont pour leur part peu menacés, autant sur le plan de la proximité physique que de l’exposition aux maladies et infections. Une bonne nouvelle, étant donné que ce sont eux qui continuent de traverser les frontières régulièrement afin de transporter des marchandises essentielles.

Méthodologie

Chaque bulle représente un emploi différent. La taille de la bulle indique le nombre de personnes qui effectuent ce travail, alors que la couleur indique si l'emploi est majoritairement féminin (en jaune) ou masculin (en bleu).

L'axe horizontal représente à quel point la proximité physique avec d'autres personnes est requise pour travailler.

L'axe vertical représente la fréquence à laquelle le travailleur est exposé aux maladies et aux infections.

Les emplois situés en haut à droite du graphique sont les plus à risques d'exposition à la COVID-19 par leur nature et la proximité physique nécessaire entre les employés. Les emplois en bas à gauche sont à faible risque.

Pour construire le graphique, nous nous sommes basés sur les évaluations de proximité physique et d'exposition aux maladies produites par le ministère du Travail américain (U.S. Department of Labor).

Nous avons utilisé la liste de conversion de l'Institut Brookefield pour associer ces emplois à leur équivalent canadien.

À partir de l'équivalent canadien (Classification nationale des professions), nous avons mis en relief les emplois majoritairement féminins et masculins.

La classification américaine étant davantage précise pour certains emplois, nous avons effectué une moyenne simple de l'évaluation du risque d'exposition aux maladies et de la proximité physique.

Le graphique est inspiré du travail fait par le New York Times.