Le Devoir

La violence conjugale en chiffres

La violence conjugale en chiffres

25 février 2020

En moyenne au Québec, le quart des crimes contre la personne sont commis dans un contexte de violence conjugale. Le Devoir a épluché les données disponibles pour comprendre la prévalence de la violence conjugale. Et ce n’est que la pointe de l’iceberg, puisque beaucoup de victimes hésitent à porter plainte.

Des données effarantes

Les statistiques de ce texte proviennent des données du ministère de la Sécurité publique du Québec et de Statistique Canada. Ce sont les dernières données les plus détaillées au sujet des infractions commises dans un contexte de violence conjugale au Québec

Les crimes contre la personne, ou crimes violents, comportent l’usage de violence contre une personne ou la menace d’en faire usage. Ils comprennent notamment les homicides, les tentatives de meurtre, les voies de fait, les agressions sexuelles, les enlèvements, les séquestrations, les menaces et l'intimidation.

Au Québec, en 2015, 76 169 crimes contre la personne ont été commis.

Crimes contre la personne liés à la violence conjugale

Le quart des crimes violents perpétrés au Québec en 2015 ont été commis dans un contexte de violence conjugale.

Le reste des crimes ont été commis dans divers cas qui n’impliquent pas une relation intime avec la victime.

Les chiffres de la violence conjugale

« La violence conjugale comprend les agressions psychologiques, verbales, physiques et sexuelles ainsi que les actes de domination sur le plan économique. Elle peut être vécue dans une relation maritale, extra-conjugale ou amoureuse, à tous les âges de la vie », selon la définition du gouvernement du Québec dans son Plan d’action gouvernemental en matière de violence conjugale 2018-2023.

Au Québec en 2015, ce sont 19 142 infractions contre la personne qui ont été commises dans un contexte de violence conjugale.

Les femmes sont victimes de 78% des infractions contre la personne commises dans un contexte de violence conjugale.

Environ 30% des victimes de violence conjugale ont entre 30 et 39 ans.

Les infractions commises dans un contexte conjugal sont majoritairement des voies de fait, suivi du harcèlement criminel et des menaces.

Voies de fait

Les agressions physiques, ou voies de fait, sont divisées en trois niveaux de gravité :

Niveau 1 / Employer la force, directement ou indirectement, contre une autre personne, sans son consentement.

Niveau 2 / Porter, menacer d’utiliser ou utiliser une arme dans le cadre de voies de fait, ou infliger des lésions corporelles à une autre personne.

Niveau 3 / Blesser, mutiler, défigurer une autre personne ou mettre sa vie en danger.

Les voies de fait représentent 70% des infractions dans un contexte conjugal.

Harcèlement criminel

Le harcèlement criminel consiste à agir à l’égard de quelqu’un de manière à lui faire craindre pour sa sécurité ou celle de ses connaissances, en sachant que la personne se sent harcelée ou en ne portant pas attention au fait qu’elle puisse se sentir harcelée.

Le harcèlement criminel représentait 12% des infractions commises dans un contexte de violence conjugal et environ 46% des harcèlements criminels commis au Québec.

Menaces

Les menaces figurent en deuxième position des infractions contre la personne les plus fréquentes. Selon le Code criminel, quiconque profère, transmet ou fait recevoir par une personne, de quelque façon, une menace commet une infraction.

Pour 15 068 cas de menaces répertoriés en 2015, 2 096 l’ont été dans un contexte de violence conjugale. Elles représentaient 11% des infractions de violence conjugale et 13% de l’ensemble des cas de menaces criminelles.

Enlèvements et séquestrations

L’enlèvement consiste à emmener de force une personne dans l’intention soit de la séquestrer, soit de la faire déporter contre son gré, soit de la détenir en vue de rançon ou de service, contre son gré.

Plus de la moitié des enlèvements et des séquestrations se sont produits dans un contexte de violence conjugale, où les femmes étaient les victimes de 100% des enlèvements et de 97% des séquestrations.

Agressions sexuelles

Quiconque tente d’avoir ou a une relation sexuelle avec une personne sans son consentement ou qui tente d’obtenir ou obtient une gratification sexuelle de la victime commet une agression sexuelle.

Au Québec, en 2015, 3 870 cas d’agressions sexuelles ont été rapportés à la police. Parmi ceux-ci, 574 ont eu lieu dans un contexte de violence conjugale. Elles représentaient 3% des infractions commises dans un contexte de violence conjugale.

Les adolescentes de 12 à 17 ans sont particulièrement à risque. Elles représentaient 30% des victimes d’agression sexuelle dans une relation intime en 2015.

Tentatives de meurtres

Il y a eu 212 tentatives de meurtre à l’échelle provinciale en 2015. Plus de 15% d’entre elles ont été commises dans un contexte de violence conjugale.

Homicides

Les homicides en contexte de violence conjugale représentaient près de 14% des homicides totaux en 2015.

De manière générale, les hommes sont victimes de 76% des homicides au Québec. Toutefois, dans un contexte de violence conjugale, ils ne représentent que 27% des victimes. Les femmes forment donc près des trois quarts des victimes de meurtre dans un contexte de violence conjugale.

Voies de fait

En 2015, 13 462 voies de fait conjugales ont été rapportées à la police sur un total de 41 559 voies de fait perpétrées au Québec.

Donc, près d’une agression physique sur trois s’est produite dans un contexte de violence conjugale.

Plus de 80% d’entre elles étaient répertoriées comme des voies de fait de niveau 1.

Relation avec les auteurs présumés

Dans 80% des cas de violence conjugale, les infractions étaient commises par le conjoint ou l’ex-conjoint de la victime.

Dans le reste des cas, les auteurs présumés étaient un ami intime ou un ex-ami intime de la victime.

La violence par région

Toujours selon les données du ministère de la Sécurité publique, en 2015, la Côte-Nord avait le plus haut taux d’infractions contre la personne en contexte conjugal au Québec, avec 590 infractions par 100 000 habitants. À l’opposé, le Nord-du-Québec avait le taux le plus faible, avec 167 infractions par 100 000 habitants. Le taux moyen de la province était de 269.

Il est à noter que les données du Nord-du-Québec sont incomplètes en raison de l’absence de données pour certains corps de police autochtones. Toutefois, selon une enquête de Statistique Canada réalisée en 2014, 10% des femmes autochtones de partout au Québec disaient avoir subi de la violence conjugale au cours des cinq années précédentes.

La compilation des crimes contre la personne révélait que la Côte-Nord était la région où le plus de crimes contre la personne ont été rapportés, avec un taux de 2011 infractions par 100 000 habitants. À l’inverse, la région la moins touchée était Chaudière-Appalaches, avec un taux de 167 infractions par 100 000 habitants.

Si vous êtes victime de violence conjugale, vous pouvez appeler la ligne d'urgence de SOS violence conjugale au 1 800 363-9010.