Une première tempête réellement hâtive?

Une première tempête réellement hâtive?

15 novembre 2019

En début de semaine, une tempête de neige a brusquement plongé le Québec dans la saison froide. Une vingtaine de centimètres sont tombés, et même davantage par endroits. La Ville de Montréal a déclenché l’opération de chargement de la neige la plus hâtive depuis au moins 36 ans. Mais à quel point cette tempête sortait-elle de l’ordinaire? Réponse en données.

La première neige sur la métropole

Attardons-nous d'abord à Montréal. Examinons les données d’Environnement Canada prélevées à la station météorologique de l’aéroport.

Pour chaque année depuis 1955, nous avons indiqué la première journée où au moins 2 cm de neige s'étaient accumulés au sol. À cette chute de neige, nous avons additionné les précipitations de la veille et celles du lendemain afin de prendre en compte les épisodes s’étirant sur plus de 24 heures. Nous considérons ces points comme les premières chutes de neige de chaque saison.

La date moyenne de la première chute de neige s’établit au 21 novembre. La première neige tombe généralement entre le 8 novembre et le 4 décembre.

La tempête de cette semaine se situe donc dans le bas de la fourchette. C’est la chute de neige inaugurale la plus hâtive dans la saison depuis 2003.

«C'est hâtif, mais ça fait partie de la variabilité normale de notre climat», indique toutefois Alexandre Parent, météorologue à Environnement Canada.

L'hiver qui se fait attendre

Il est difficile de déceler une tendance en ce qui concerne la date de la première neige (ici, une moyenne glissante¹ sur 10 ans est tracée). Depuis les années 1950, cette date varie en dents de scie.

Toutefois, depuis une trentaine d’années, la première neige semble tomber de plus en plus tard dans la saison. Cette tendance correspond évidemment à ce qu’on attend avec le réchauffement climatique.

La date du premier gel (pas illustrée) évolue pour sa part plus clairement, explique Chris McCray, un doctorant en météorologie à l‘Université McGill qui s’est penché sur les hivers québécois.

«Le premier gel arrive presque deux semaines plus tard qu’il y a vingt ans», note M. McCray. Le premier jour de l’automne où la température minimale descend sous 0 °C est maintenant autour du 25 octobre, comparativement au 8 octobre en 1995.

¹ Une moyenne glissante est une moyenne statistique calculée de manière à limiter certaines fluctuations afin de dégager des tendances.

Tempête inaugurale

Revenons à la tempête de cette semaine. Grâce à un gradient de couleur, le graphique montre maintenant la quantité de neige reçue lors des premières précipitations de chaque saison.

Pour voir une tempête inaugurale aussi importante que celle de cette semaine, il faut remonter aux années 1980. Depuis 1955, seules deux autres premières chutes de neige tombées avant le 20 novembre s’élevaient à plus de 20 cm.

On peut aussi remarquer qu’en 2015, la première neige était tombée très tardivement, soit le 28 décembre. Cette année-là, un fort épisode El Niño avait cours. Ce phénomène, qui tire son origine dans l’océan Pacifique, influence la météo à l’échelle planétaire. Au Canada, l’hiver 2015-2016 (décembre, janvier, février) a été, en fonction des provinces, de 1 à 5 °C plus chaud que la normale.

Nettoyer la ville

Qui dit neige dit aussi déneigement.

Les points oranges désignent les premières opérations de chargement de la neige, pour chaque saison, réalisées par la Ville de Montréal depuis 1983.

En calculant la date moyenne des premières opérations de chargement de neige des années pour lesquelles nous avons les données, il apparaît que cette première opération a plus d'un mois d'avance sur la moyenne.

Comme on peut le constater, l’opération lancée mercredi matin est donc vraiment exceptionnelle. C’est la plus hâtive selon les données fournies par la Ville, qui s’échelonnent de 1983 à 2019. Seulement cinq autres opérations de déneigement ont eu lieu en novembre, mais jamais avant le 19.

Québec sous les flocons

Penchons-nous maintenant sur la Ville de Québec.

À première vue, la tempête de cette semaine ressort moins du lot.

Dans la capitale, la première chute de neige survient généralement le 14 novembre, soit une semaine plus tôt qu’à Montréal.

La tempête des 11 et 12 novembre derniers, qui constituait la première chute de neige importante de la saison, se situe donc très près de la date moyenne.

À Québec, il est également difficile de constater une tendance en ce qui concerne la date de la première chute de neige.

Il n’en demeure pas moins que les hivers québécois s’adoucissent rapidement, affirme M. McCray, qui a prononcé cette année une conférence intitulée «Effets observés des changements climatiques sur l’hiver montréalais» devant le comité exécutif de la Ville de Montréal.

«C’est très, très clair dans les données: si on regarde celles-ci pour les 100 dernières années au Québec, on remarque que les hivers sont généralement moins froids, qu’il tombe moins de neige et plus de pluie», dit-il.

À Québec, une vingtaine de centimètres sont tombés lundi et mardi. Toutefois, en comparaison avec les données historiques, cette chute de neige est beaucoup moins remarquable qu’à Montréal.

Quoi qu'il en soit, «l'hiver social» a bel et bien commencé, note le météorologue Alexandre Parent.

«L'hiver social commence quand on sort notre manteau d'hiver et il s'achève quand on le range, explique-t-il. Il a été long l'an dernier et il commence tôt cette année.»