Survol historique des cabinets ministériels depuis 1867

Survol historique des cabinets ministériels depuis 1867

21 novembre 2019

Réélu depuis un mois, Justin Trudeau a présenté aux Canadiens son tout nouveau Cabinet. Où se situe-t-il dans l’histoire sur le plan du nombre de ministres, de femmes et d’Autochtones? Le Devoir vous propose un retour historique en quelques statistiques sur la composition des 29 conseils des ministres canadiens depuis la Confédération.

29 Cabinets

Depuis 1867, il y a eu 29 conseils des ministres pour 43 législatures. Le Cabinet actuel, le 29e, a été formé en 2015, lors de la première élection des libéraux dirigés par Justin Trudeau.

Lorsqu’un gouvernement est réélu sous l’égide du même premier ministre, comme ça été le cas lors des dernières élections, on ne parle pas la formation d’un nouveau Cabinet, même si les ministres changent. Dans la littérature gouvernementale, un nouveau Conseil des ministres est formé à la suite d’un changement de garde à Ottawa, soit lorsqu’un premier ministre est défait ou démissionne. De plus, le gouvernement peut procéder à des remaniements en cours de mandat et à la formation d’un nouveau Conseil des ministres s’il est réélu.

Les statistiques colligées sont en date du jour de l’assermentation d’un nouveau Cabinet. Les remaniements ne sont pas pris en compte.

La taille du Cabinet

En 1926, le Conseil des ministres d’Arthur Meighen ne comptait que sept ministres, tandis qu’en 1984, Brian Mulroney en nommera quarante. La taille du Conseil des ministres a constamment évolué et fluctué depuis 1867. Explications.

D’abord, s’il n’y a pas que quatorze ministres en 2019 comme c’était le cas en 1867, c’est que de nouvelles réalités, telles que l’avènement d’Internet, ont amené de nouvelles responsabilités pour les gouvernements. Pour répondre à de nouveaux besoins, ceux-ci ont créé de nouveaux ministères.

Ensuite, il revient au premier ministre de déterminer le nombre de ministres qui forment son Cabinet. Ainsi, il peut regrouper les compétences de deux ministères pour en créer un nouveau. Le contraire étant aussi possible.

C’est d’ailleurs ce qu’avait fait Brian Mulroney en 1984 en nommant 40 ministres. «Ça fait 20 ans, pratiquement, que nous n’avons pas exercé le pouvoir politique. Il faut que nos ministres soient en mesure d’assurer que ce sont eux qui mènent l’appareil gouvernemental et non pas la fonction publique. Donc, cela prend une présence physique plus étendue», avait affirmé M. Mulroney.

À l’opposé, les sept ministres d’Arthur Meighen furent nommés hâtivement à la suite de la démission du gouvernement libéral de William Lyon Mackenzie King. Ce Conseil des ministres était voué à être temporaire. Et il le fut. Les libéraux reprirent le pouvoir trois mois plus tard.

Chaque parti et chaque gouvernement donc, fait et défait des ministères au fil de ses volontés politiques, comme on peut l’observer dans ce graphique.

La parité ministérielle

«Parce qu’on est en 2015», c’est ce qu’avait répondu Justin Trudeau à une question sur les motifs entourant la formation d’un Cabinet paritaire. Pour le premier ministre nouvellement élu, un Conseil des ministres composé à parts égales de femmes et d’hommes était une formalité à notre époque.

Du temps, il en a fallu beaucoup avant de voir des femmes être nommées à la tête de ministères.

Rappelons qu’au Canada, les femmes n’ont obtenu le droit de vote qu’en 1918. Lors de l’élection suivante, en 1921, une première femme est élue.

Néanmoins, aucune femme qui siégea aux Communes au cours des trois décennies suivantes ne fut nommée ministre. Il faut attendre à 1957 avant de voir une femme accéder à ces fonctions.

Cette année-là, Ellen Fairclough fut nommée secrétaire d’État du Canada, un ministère de second ordre, dans le gouvernement conservateur-progressiste de John Diefenbaker. L’année suivante, elle hérite d’un ministère plus important, celui de la Citoyenneté et de l’Immigration.

En 1972, une première Québécoise est nommée ministre. Jeanne Sauvé intègre le Conseil des ministres de Pierre Elliott Trudeau comme ministre d’État aux Sciences et à la Technologie.

Les Premières nations au Cabinet

Peu de personnes d’origine autochtone ont fait partie du Conseil des ministres. Selon les données recensées par Le Devoir, trois ont été nommées lors de la formation d’un nouveau cabinet et au moins quatre l’ont été lors de remaniements.

En 1963, Roger Teillet fut la première personne métisse à accéder au rang de ministre.

Quelques années plus tard, Leonard Marchand devint la première personne possédant le statut d’Indien à faire partie d’un cabinet fédéral. C’était lors d’un remaniement du Cabinet de Pierre Elliott Trudeau.

Dans le Cabinet de Paul Martin, Ethel Blondin-Andrew devint, elle, la première femme d’origine autochtone à occuper un poste de ministre.

Sous le règne de Stephen Harper, Leona Aglukkaq et Peter Penashue intégrèrent le Conseil des ministres lors d’un remaniement.

En 2015, Jody Wilson-Raybould devient la première personne d’origine autochtone à occuper le poste de ministre de la Justice. Celle-ci a depuis quitté le Parti libéral dans la foulée de l’affaire SNC-Lavalin. Elle a été réélue comme indépendante.

Plus de ministres québécois

Avec le fort succès du Bloc québécois lors du dernier scrutin, Justin Trudeau a voulu redonner une plus grande place aux Québécois à l’intérieur de son Conseil des ministres. Dix Québécois en font partie, contre six il y a quatre ans.

Le Québec retrouve donc un nombre similaire de ministres à ce qu’il avait été habitué dans les années 1970 et 1980.

Or, une forte représentation québécoise n’a pas toujours été gage d’un important poids politique. Par exemple, sur dix ministres québécois du Cabinet Mulroney, seulement deux détenaient des ministères de première importance.

Le remaniement de 2019

Pour son deuxième mandat comme premier ministre, Justin Trudeau a présenté un nouveau Cabinet paritaire.

Des 36 ministres, un seul est d’origine autochtone : il s’agit de Dan Vandal, un travailleur social métis de Winnipeg qui a été nommé ministre des Affaires du nord après avoir été secrétaire parlementaire du ministre des Services aux Autochtones au cours des quatre dernières années.

Dix Québécois sont maintenant au conseil des ministres, dont Mélanie Joly, François-Philippe Champage, Steven Guilbeault et Marc Garneau. Il s’agit de la plus forte représentation québécoise depuis 1984.

Justin Trudeau a dû prendre en compte l’Ouest canadien dans la formation de son conseil des ministres, même si son parti n’a fait élire aucun député en Alberta et Saskatchewan. La député torontoise native de l’Alberta Chrystia Freeland gérera le dossier des Relations intergouvernementales tandis que l’Environnement a été attribué au britanno-colombien Jonathan Wilkinson.

Comme le gouvernement actuel est minoritaire, il est difficile de savoir combien de temps ceux-ci occuperont leurs fonctions. De toute façon, il faudrait attendre l’élection d’un gouvernement dirigé par un autre premier ministre que Justin Trudeau pour entrer officiellement dans le 30e Cabinet.