La nouvelle Chambre des communes expliquée

La nouvelle Chambre des communes expliquée

23 octobre 2019

La 43e législature de la Chambre des communes est connue. Pouvoir libéral, opposition conservatrice, forte présence bloquiste, chute néodémocrate, telles sont les grandes lignes de ce scrutin. Au-delà des résultats, Le Devoir vous propose un tour d’horizon de la nouvelle composition des sièges du Parlement.

Les Maritimes

Les libéraux avaient raflé la mise dans les Maritimes en 2015 en remportant la totalité des 32 circonscriptions. Les chances de reproduire un tel exploit étaient bien minces.

Néanmoins, les troupes libérales ont limité les dégâts. Les conservateurs ont ravi quatre sièges à leur principal adversaire, tandis que les néodémocrates et les verts ont chacun remporté une circonscription.

À Fredericton, la circonscription du chef du Parti vert provincial, David Coon, était perçue comme un terreau fertile pour les verts. Jenica Atwin a finalement remporté une lutte à trois pour devenir la première députée verte des Maritimes.

Le Québec

La résurgence du Bloc québécois au cours de la campagne a changé la donne au Québec. Mené par Yves-François Blanchet, le parti a arraché 11 circonscriptions au NPD, 9 au Parti libéral et 2 au Parti conservateur, portant sa députation à 32.

De 14 sièges à 1, les néodémocrates se souviendront de 2019 comme de l’année du grand balayage au Québec. Seul Alexandre Boulerice, chef adjoint du parti, retournera au Parlement.

L’Ontario

On l’appelle le faiseur de rois. Avec ses 121 sièges, l’Ontario est au cœur de la lutte électorale. Les chefs y ont donné beaucoup de temps, d’énergie et de moyens. S’il voulait avoir une chance de former un gouvernement, le Parti conservateur d’Andrew Scheer se devait de réaliser d’importants gains dans la province.

Or, ce ne fut pas le cas. Les conservateurs sont passés de 33 à 37 sièges et les libéraux ont enregistré deux gains. De minimes percées conservatrices dans une région d’une importance capitale pour un Andrew Scheer cherchant à détrôner Justin Trudeau.

Les Prairies, le Nunavut et les Territoires du Nord-Ouest

Historiquement, les provinces des Prairies sont majoritairement l’affaire des conservateurs, avec l’Alberta comme bastion.

Forts de bons résultats en 2015, libéraux et néodémocrates détenaient respectivement onze et cinq sièges à la dissolution de la Chambre.

Aujourd’hui, il n’en est plus rien. Les libéraux ont perdu tous leurs sièges en Alberta et en Saskatchewan, marquant encore plus la division du pays.

Quarante ans après avoir, à sa création, représenté pendant trois ans la circonscription de Nunatsiaq, devenue Nunavut en 1996, le NPD reconquiert celle-ci. Libéraux et conservateurs se sont partagé la circonscription du Nord canadien en alternance au cours des 37 dernières années.

La Colombie-Britannique et le Yukon

La division des sièges en Colombie-Britannique s’apparente davantage à une courtepointe multicolore qu’au tapis bleu de ses voisins. N’empêche que le Parti conservateur y est maintenant la première force.

Six circonscriptions libérales sont passées aux mains des conservateurs, qui comptent aujourd’hui 17 sièges, contre 8 à la dissolution de la Chambre. Les représentants libéraux ne sont plus que 11, alors que les néodémocrates s’en sortent presque indemnes avec une seule perte, passant de 12 à 11 sièges.

Les six principaux partis ont tenté de faire élire le plus de candidats dans les 338 circonscriptions au pays.

Les partis

Les électeurs ont élu des candidats provenant de cinq partis, ainsi qu’une candidate indépendante. Au final, 157 sièges ont été attribués aux libéraux, 121 aux conservateurs, 32 au Bloc québécois, 24 au NPD et 3 au Parti vert.

Parti libéral du Canada

Les libéraux ont été reportés au pouvoir, mais ont encaissé une perte de 20 sièges, passant de 177 à 157.

Au Québec, les libéraux ont perdu neuf sièges aux mains des bloquistes et en ont remporté cinq nouveaux. Malgré des pertes au Québec, le Parti libéral ne perd aucun ministre, les huit ayant été réélus.

À l’échelle nationale, le parti essuie quelques pertes, dont celle du ministre de la Sécurité publique, Ralph Goodale, dans Regina-Wascana.

Parti conservateur du Canada

Le Parti conservateur a remporté le vote populaire avec 34,4 % des voix, contre 33,1 % pour le Parti libéral. Malgré cela, les troupes d’Andrew Scheer ne formeront pas le gouvernement, mais plutôt l’opposition officielle, comme c’était déjà le cas à la dissolution de la Chambre.

Plus de votes, mais moins de sièges, comment est-ce possible ? Le vote conservateur étant plus concentré, notamment dans l’Ouest, le parti remporte des circonscriptions avec une forte majorité.

Bloc québécois

Le Bloc a effectué une réelle remontée en triplant sa représentation à Ottawa. Trente-deux bloquistes siégeront dorénavant au Parlement, soit 22 de plus que lors de la 42e législature. Avec ce gain, le Bloc est à nouveau reconnu comme un parti officiel à la Chambre.

Nouveau Parti démocratique

Pour le NPD, les élections de 2019 sont aux antipodes de celles de 2011. D’une vague de 103 sièges en 2011, le parti en a récolté 44 en 2015. Il ne reste aujourd’hui plus que 24 néodémocrates. Le NPD est relégué à la 4e position à l’échelle nationale pour le nombre de sièges, derrière le Bloc québécois.

Parti vert du Canada

2019 devait être l’année du Parti vert. On les voyait se battre pour le titre de 2e force progressiste au pays contre le NPD. Il n’en fut rien. Elizabeth May a eu beau répéter l’urgence d’agir, sa campagne n’a pas levé.

Certes, il y aura une verte de plus au Parlement, mais il s’agit d’une mince consolation. Les verts n’ont pas su répéter les succès de leurs confrères sur la scène provinciale (Colombie-Britannique, Nouveau-Brunswick, Île-du-Prince-Édouard).

Indépendante

L’ancienne ministre de la Justice Jody Wilson-Raybould a remporté son siège en tant que candidate indépendante dans Vancouver-Granville, en Colombie-Britannique. Toute une prouesse quand on sait que seuls deux candidats indépendants ont réussi à se faire élire ainsi au cours des 20 dernières années.

En 2015, elle avait été élue sous la bannière libérale. Elle a quitté le parti dans la foulée de l’affaire SNC-Lavalin.

Parti populaire du Canada

Il n’y aura pas de représentant du Parti populaire à Ottawa. Pas même son chef, Maxime Bernier. Fondateur et unique député du parti à la dissolution de la Chambre, il a été battu dans sa circonscription de Beauce.

Ses candidats vedettes Steven Fletcher et Renata Ford n’auront même pas connu un réel suspense lundi soir, ils ont terminé respectivement 5e et 4e dans leur circonscription.

Parité recherchée

Peu de femmes ont été élues à travers le pays. Seules 97 femmes siégeront à la Chambre des communes, contre 241 hommes. Ces derniers représentent donc 71,3 % des députés au Canada. La parité est loin d’être atteinte, autant au sein même des partis qu’à travers les provinces.

Au Québec, les femmes élues sont peu nombreuses. Seules 26 femmes ont réussi à se tailler une place. Cela ne représentant que 33,3 % de la totalité des sièges. Le Parti conservateur et le NPD (un seul élu masculin) n’ont fait élire aucune femme, et le Bloc et le Parti libéral se situent en dessous de la zone paritaire, avec respectivement 37,5 % et 38,9 % d’élues.

Au pays, aucune province n’atteint la zone paritaire. Après le Québec, ce sont la Colombie-Britannique (31 %) et l’Ontario (31,4 %) qui regroupent le plus de femmes dans leurs rangs.

Nouveaux visages

Ils seront 239 à retrouver les bancs du parlement à l’issue de la campagne.

Il y aura aussi 99 nouveaux visages. Des recrues, mais aussi des retours, le scrutin du 21 octobre ayant pris l’allure d’un match revanche pour plusieurs élus déchus en 2015.

La carte en statistiques

Le Devoir a compilé des statistiques sur chaque circonscription à partir du recensement de 2016 et de données démographiques de Statistique Canada.

Découvrez la nouvelle carte fédérale en fonction d’indices sur le salaire, l’âge et le milieu de vie.

Les dix circonscriptions où le revenu médian des ménages est le plus haut

Le Parti conservateur détient sept des dix circonscriptions les « plus riches », dont six sont situées… en Alberta.

Et ce n’est pas une surprise, la circonscription conservatrice de Fort McMurray-Cold Lake, reconnue pour ses lucratives activités pétrolières, trône en tête de ce palmarès. Le revenu médian des ménages de ses résidents s’élève à 155 906 dollars.

Les dix circonscriptions où le revenu médian des ménages est le plus faible

Fait notable : huit des dix circonscriptions canadiennes où le revenu médian des ménages est le plus faible sont au Québec. Ce revenu médian par ménage se situe entre 43 347 $ (Bourassa) et 47 900 $ (Beauport-Limoilou).

Observation : Parmi ces dix circonscriptions, trois appartenaient aux néodémocrates et leur ont été ravies par les libéraux. Ainsi, Laurier–Sainte-Marie, Hochelaga et Sherbrooke sont passées de l’orange au rouge à l’issue du scrutin.

Les dix circonscriptions où l’âge moyen est le plus bas

L’âge moyen de ces dix circonscriptions varie entre 28 et 35 ans. Des dix, cinq ont élu un député conservateur.

Au Nunavut, où l’âge moyen est de 28 ans, la population semble avoir voté à son image en élisant Mumilaaq Qaqqaq, une néodémocrate de 25 ans !

Les dix circonscriptions où l’âge moyen est le plus haut

Les conservateurs et les libéraux représentent chacun trois de ces circonscriptions. Les néodémocrates détiennent les deux plus « vieilles », situées en Colombie-Britannique.

Dans cette liste, le Bloc ne possède qu’un siège. Pour déterminer si la stratégie bloquiste de viser « l’électorat nationaliste de 55 ans et plus » avait fonctionné, Le Devoir a compilé la liste des 15 circonscriptions où vivent le plus de personnes de 55 ans et plus au Québec. C’est le Bloc qui en compte le plus (8), suivi du Parti libéral (4) et du Parti conservateur (3).

Les dix circonscriptions à la plus forte densité

Les libéraux ont du succès dans les milieux urbains, les conservateurs moins. Les libéraux détiennent huit des dix circonscriptions ayant la plus forte densité, et les conservateurs n’y sont pas représentés. D’ailleurs, aucune circonscription parmi les 50 les plus densément peuplées n’est conservatrice.

Les dix circonscriptions à la plus faible densité

Ce sont les circonscriptions des grands espaces. Moins de 0,3 habitant au kilomètre carré.

Le Québec sous la loupe

Après l’Ontario, le Québec est la province qui compte le plus grand nombre de sièges à la Chambre des communes du Canada, soit 78. Cette année, le Bloc québécois a rayonné à travers la province en récoltant 32,5 % des voix et 32 sièges.

Voici ce à quoi les nouvelles circonscriptions bloquistes ressemblaient au lendemain des élections fédérales de 2015. On comptait 11 circonscriptions néodémocrates, 9 libérales et 2 conservatrices.

Quatre ans plus tard, toutes ces circonscriptions sont maintenant sous la bannière du parti d’Yves-François Blanchet. Le Bloc a principalement volé des sièges dans des circonscriptions néodémocrates.

Proportions de vote

Le Parti libéral a obtenu le plus grand nombre de sièges, même si le Parti conservateur a remporté le vote populaire avec 34,4 % des voix au pays. Les conservateurs formeront tout de même l’opposition officielle face au nouveau gouvernement minoritaire de Justin Trudeau.

Le NPD a obtenu 15,9 % des voix, soit plus de huit points de pourcentage de plus que le Bloc québécois (7,7 %). Malgré tout, les néodémocrates ont fait élire 8 députés de moins que le parti souverainiste.