Écoles hassidiques

Se sauver pour sauver ses enfants

« J’ai quitté la communauté parce que je ne voulais pas laisser mes enfants dans ces prisons que sont les écoles hassidiques. C’est une éducation qui mène à une vie misérable, qui ne donne même pas les outils de base pour fonctionner dans la société. Alors, j’ai décidé de sauver mes enfants de ça. »

Yochonon Lowen a été élevé dans la communauté ultraorthodoxe Tash, à Boisbriand. En 2010, il a décidé de la quitter avec sa femme et ses quatre enfants, aujourd’hui âgés de 10 à 17 ans.

« Un midi, mon fils aîné s’est enfui de sa yeshiva, raconte l’homme de 38 ans en entrevue au Devoir. Je ne voulais pas l’obliger à y retourner, alors j’ai tenté de l’inscrire dans d’autres écoles plus modernes dans la communauté. Mais on m’a mis des bâtons dans les roues. C’était considéré comme une honte. Ç’a été le coup de grâce. Sans ça, on n’aurait jamais eu le courage de délaisser la communauté. »

Évolution

Yocholon Lowen a été scolarisé dans deux yeshivas de sa communauté à Boisbriand. Il estime que l’éducation qu’il a reçue n’était pas adéquate pour lui permettre de fonctionner dans la société.

Les cours étaient donnés essentiellement en yiddish, il n’a jamais eu de cours de français, d’histoire, d’arts ou de sciences. « On arrivait à l’école à 6 h le matin et on faisait de la religion toute la journée », raconte-t-il.

À travers l’éducation de ses enfants, Yocholon Lowen a pu voir l’évolution de l’enseignement qui se donne dans les yeshivas traditionnelles. « Depuis 30 ans, ça s’est amélioré sur certains points, notamment sur le nombre d’heures consacrées à l’enseignement talmudique. Aujourd’hui, il y a plus d’enseignement séculier, mais c’est encore très variable d’un endroit à l’autre. »

« Et d’un autre côté, c’est encore pire qu’avant parce que l’écart se creuse davantage aujourd’hui en raison des nouvelles technologies, Internet et tous ces autres outils pour comprendre le monde qui sont accessibles aux enfants et interdits aux enfants hassidiques. »

L’école à la maison ? Yochonon Lowen veut bien y croire. Mais il a de sérieux doutes. « Comment voulez-vous qu’une mère qui a dix enfants trouve le temps et l’énergie de faire l’école à la maison, quand les enfants sont déjà fatigués de leur journée à la yeshiva ? »

Combat

Les enfants de Yochonon sont désormais inscrits à l’école publique à Montréal. Mais son combat n’est pas terminé. Il a déposé une poursuite contre le gouvernement du Québec pour avoir failli à sa tâche de faire appliquer la Loi sur l’instruction publique en acceptant que ces écoles hassidiques puissent poursuivre leurs activités.

La cause devrait être entendue à la Cour supérieure cet automne. « J’ai sauvé mes enfants. J’aurais pu être égoïste et laisser ça aller. Mais j’ai des milliers de frères et de soeurs qui continuent de souffrir. Alors, j’ai décidé de me battre pour eux, pour que cesse cette souffrance. »