Rapport: Québec doit plafonner le parc automobile et s'attaquer à l'auto solo

MONTRÉAL - Le Québec n’atteindra pas son objectif de réduction de gaz à effet de serre (GES) d’ici 2030 et le gouvernement devra déployer des mesures plus agressives pour s’y rapprocher, par exemple en plafonnant le parc automobile, en taxant les véhicules polluants et en réduisant l’utilisation de l’auto solo.

C’est ce que conclut l’Institut de l’énergie Trottier (IET) de Polytechnique Montréal, qui présente mardi un «plan» afin d’aider le gouvernement québécois à atteindre ses cibles.

Le temps manque pour que le Québec puisse atteindre son objectif de réduire les émissions de GES de 37,5 % sous le niveau de 1990, d’ici 2030, et par conséquent cette cible sera ratée, selon les auteurs du rapport.

Dans le meilleur des cas, avec «des mesures d’une vigueur fortement rehaussée», la province pourrait arriver à réduire «ses émissions globales de 25 à 30 % au cours des huit prochaines années».

«C’est devenu banal de ne pas respecter nos cibles. Il s’agit pourtant d’une obligation légale. Or, quelles sont les conséquences suite à nos ratés? Ce que l’IET propose, c’est de réinjecter de la rigueur dans la démarche afin que la société québécoise participe réellement à freiner le réchauffement planétaire», a indiqué Normand Mousseau, directeur scientifique de l’IET de Polytechnique Montréal et coauteur du rapport intitulé «Plan pour la carboneutralité au Québec: trajectoires 2050 et propositions d’actions à court terme».

Les mesures actuellement en place ne permettront pas non plus d’atteindre la carboneutralité d’ici 2050, mais il est possible de renverser cette tendance, selon les auteurs du rapport.

Les chercheurs notent que depuis 2015, parmi les principaux secteurs économiques, qui sont le transport, l’industrie, le bâtiment, l’agriculture, les déchets et l’électricité, aucun ne présente «une tendance structurelle à la baisse» en matière d’émission de GES.

Depuis 1990, plusieurs secteurs économiques ont diminué leurs émissions de GES, mais «ces réductions se sont produites généralement sur de courtes périodes, et ont été suivies de plateaux ou d’augmentations, note le rapport, en précisant que c’est le cas, en particulier, des secteurs des transports», soulignent le chercheur Simon Langlois-Bertrand et le directeur scientifique du rapport, Normand Mousseau.

Le transport

Le gouvernement doit déployer des mesures plus agressives pour diminuer l’auto solo et contrer l’augmentation du parc automobile, selon le plan de l’IET.

En ce sens, les auteurs envoient un message aux politiciens: «les pays qui avancent vers l’atteinte de leurs objectifs climatiques, tels que le Royaume-Uni, la Suède et d’autres, ne s’appuient pas d’abord sur un mouvement citoyen puissant, mais sur une classe dirigeante qui a pris ses responsabilités».

Le transport représente la plus importante source d’émission de GES au Québec, avec 44 %. Toutefois, sa contribution potentielle à l’objectif de réduction pour 2030 est très limitée, selon les auteurs du plan, notamment parce que la quantité de véhicules sur les routes du Québec augmente deux fois plus vite que la population et que les nouveaux véhicules immatriculés fonctionnent encore très majoritairement à l’essence.

«Si on rajoute 100 000 véhicules par année sur les routes du Québec - c'est ce qu'on fait à peu près -, ça implique 800 000 véhicules de plus d'ici 2030. Donc si on garde cette augmentation, une bonne partie des voitures électriques serviront juste à ralentir la croissance des émissions de GES, ça ne nous mène pas à la diminution qu'on souhaite», a indiqué M. Mousseau à La Presse Canadienne.

Le directeur scientifique du rapport a ajouté qu'il faut non seulement plafonner le parc automobile, mais «également réduire la taille des véhicules», car même s'ils sont électriques, les plus gros véhicules sont plus énergivores et «il y aura des enjeux en période de pointe l'hiver».

Selon la «Banque de données des statistiques officielles sur le Québec», il y avait 6 834 681 véhicules en droit de circuler au Québec en 2020.

Afin d’accélère la transition, l’IET soutient qu’il faut introduire un bonus-malus visant à accélérer l’adoption des véhicules électriques et à décourager l’achat de véhicules fortement émetteurs.

Un tel programme, également appelé «redevance-remise», permettrait l'octroi d'un bonus à l'acheteur d'un véhicule neuf qui consomme moins que celui qu'il possédait avant. À l'inverse, un montant supplémentaire, une taxe, serait imposé à l'achat d'un gros véhicule énergivore.

Les auteurs du rapport soulignent également l’importance d’accélérer «l’élimination des barrières réglementaires au déploiement des véhicules électriques», en facilitant par exemple l’installation de bornes électriques pour les résidants d’immeubles à logements.

Il faut également, selon Normand Mousseau, mettre en place, dès maintenant, une feuille de route pour électrifier le transport lourd.

Appliquer la politique de mobilité durable

Le rapport met de l'avant l'importance de déployer la politique de mobilité durable 2030 du gouvernement du Québec, «largement ignorée depuis son adoption».

M. Mousseau a souligné que selon cette politique, «il faut offrir à plus de 80 % de la population quatre modes de transports différents, donc il faut qu'il y ait des systèmes de transports publics et l'accès à la mobilité active partout au Québec».

Fin aux subventions à l'utilisation de diesel en agriculture

Le plan de l'Institut de l’énergie Trottier indique qu'il faut également mettre fin aux subventions à l’utilisation des combustibles fossiles en soutenant plutôt la décarbonation du secteur.

Les subventions à l'utilisation de combustibles fossiles représentent «plusieurs centaines de millions de dollars par année», selon Norman Mousseau, qui a souligné que ces subventions sont offertes sous forme de «dégrèvements de taxe».

«Par exemple, si je suis agriculteur, je n'aurai pas à payer toutes les taxes sur le diesel que j'utilise», ce qui constitue «une barrière à la décarbonation et à l'utilisation de technologies» moins polluantes, a précisé le chercheur.

Autres mesures proposées:

Bâtiments

L’IETS recommande l’interdiction, à compter de 2023, des options énergétiques fossiles pour le chauffage des bâtiments neufs et pour les bâtiments existants changeant de source énergétique.

Industrie

Le gouvernement devrait mettre en place une feuille de route qui vise «expressément la décarbonation de tous les grands procédés industriels avec des horizons de réduction définis».

Biomasse et déchets

Un plan avec des cibles de valorisation des déchets devrait être conçu et dévoilé d’ici 2023, selon le rapport.

Électricité

Il faudrait notamment élaborer «un plan d’expansion des approvisionnements à long terme, pour devancer l’augmentation anticipée de la demande et assurer l’atteinte des cibles de décarbonation des autres secteurs pour 2035 et 2040».

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