Enseignement sur le racisme et la sexualité aux États-Unis: les Américains divisés

WASHINGTON - Les Américains sont profondément divisés sur l'ampleur de l'enseignement que les enfants des écoles maternelles, primaires et secondaires devraient recevoir sur le racisme et la sexualité. C'est ce que laisse croire un nouveau sondage dévoilé tandis que les républicains à travers le pays visent à faire de l’implication des parents dans l’éducation un thème central des élections de mi-mandat.

Dans l’ensemble, les Américains penchent légèrement vers l’expansion — et non la réduction — des discussions sur le racisme et la sexualité, mais environ 4 sur 10 disent que l’approche actuelle est à peu près correcte, et les pourcentages sont similaires entre les partis. Pourtant, le sondage de la Harris School of Public Policy de l’Université de Chicago et de l’Associated Press-NORC Center for Public Affairs Research montre de fortes différences entre les républicains et les démocrates qui souhaitent voir les écoles faire des ajustements.

Environ 4 républicains sur 10 disent que les enseignants des écoles publiques locales discutent trop des questions liées à la sexualité, tandis qu’environ 1 sur 10 disent qu'ils les abordent trop peu. Chez les démocrates, ces chiffres sont inversés.

Les résultats reflètent un débat national fortement politisé qui a épuisé les conseils scolaires locaux et, de plus en plus, les capitales des États. Les républicains voient la lutte sur le programme scolaire comme une question de guerre culturelle qui motivera leurs électeurs lors des élections de mi-mandat.

Entre-temps, une multitude de nouvelles lois d’État ont été introduites, destinées à restreindre l’enseignement sur le racisme et la sexualité et à établir une «déclaration des droits des parents» qui défendrait la transparence des programmes et permettrait aux parents de porter plainte contre les enseignants.

Des parents en colère contre les mesures liées à la COVID-19

La pression en faveur d’une législation est née d’une attention accrue sur les écoles de la maternelle à la 12e année pendant la pandémie de COVID-19, lorsque des parents en colère ont envahi les réunions de conseils scolaires pour exprimer leur opposition aux fermetures d’écoles, aux obligations de port du masque et à d’autres mesures restrictives destinées à empêcher la propagation de la maladie.

«Tout ce qui se passe ces jours-ci va en quelque sorte à l’encontre de l’histoire plus longue des conseils scolaires en tant qu’institutions gouvernementales relativement peu importantes et, dans de nombreux cas, ce sont des bureaux non partisans», a déclaré Adam Zelizer, professeur à la Harris School de l’Université de Chicago, qui fait des recherches sur la législation relative aux conseils scolaires.

Ce qui distingue ce moment, selon M. Zelizer, est la «colère populaire» en réponse aux politiques scolaires et à l’effort national coordonné pour recruter des candidats partisans pour les conseils scolaires et les bureaux locaux.

L’inquiétude des parents concernant l’apprentissage virtuel et le port du masque s’est transformée en quelque chose de plus grand, selon le sondeur républicain Robert Blizzard, disant croire que des parents se demandent désormais : «OK, maintenant que les écoles sont ouvertes, qu’apprennent ces enfants à l’école? »

Le sondage montre que 50 % des Américains disent que les parents ont trop peu d’influence sur le programme, tandis que 20 % disent qu’ils en ont trop et 27 % disent que c’est juste. Environ la moitié disent aussi que les enseignants ont trop peu d’influence.

Du côté de la base républicaine

Kendra Schultz a déclaré qu’elle et son mari avaient décidé que leur fille d’un an serait scolarisée à la maison, du moins au début, à cause de ce que des amis leur avaient rapporté de leurs expériences avec les écoles de Columbia, au Missouri.

Plus récemment, a-t-elle dit, la classe prématernelle d’un enfant de 4 ans a parlé des pronoms de genre. Pour Mme Schultz, c’est un exemple de la façon dont le système scolaire public «ne correspond pas à ce que nous croyons ou à la façon dont nous aimerions voir nos enfants éduqués».

«Je pense seulement que, quand tu es un petit enfant, tu devrais apprendre ton ABC, tes chiffres et des choses comme ça, a témoigné Mme Schultz, une conservatrice de 30 ans. Ce n’est tout simplement pas quelque chose que mon mari et moi serions intéressés à ce que les enseignants partagent avec nos enfants. »

En Floride, le gouverneur républicain Ron DeSantis a promulgué en mars un projet de loi interdisant l’instruction sur l’orientation sexuelle et l’identité de genre de la maternelle à la troisième année. Les opposants, y compris la Maison-Blanche, l’ont surnommée la loi «Don’t Say Gay».

Le sondage montre que les Américains sont légèrement plus susceptibles de dire que l’accent mis sur le sexe et la sexualité dans les écoles locales est trop peu plutôt que trop important, soit 31 % contre 23 %, mais 40 % disent que le niveau est à peu près juste. Le sondage n’a pas posé de questions sur les niveaux scolaires spécifiques.

M. Blizzard, qui a travaillé avec un groupe appelé N2 America pour aider les candidats du parti républicain dans les banlieues, a déclaré que le problème des écoles résonne avec la base républicaine et peut motiver les électeurs.

Lors de la campagne du gouverneur de Virginie l’année dernière, le républicain Glenn Youngkin a gagné après avoir fait campagne pour renforcer la participation des parents dans les écoles et interdire la théorie critique de la race, un cadre académique sur le racisme systémique qui est devenu une expression fourre-tout sur l'enseignement du racisme dans l’histoire des États-Unis. Son adversaire démocrate, Terry McAuliffe, avait déclaré lors d’un débat que les parents ne devraient pas dire aux écoles quoi enseigner.

Le sondage montre également que les Américains ont des opinions mitigées sur l’accent mis par les écoles sur le racisme aux États-Unis.

«Enseigner toute la vérité»

Charkia Lang-James, une mère de trois enfants qui vit près de Mobile, en Alabama, a déclaré qu’elle pensait que les écoles devraient enseigner la version la plus vraie et la plus complète de l’histoire, en particulier sur les questions liées à la race et au racisme.

«La vérité doit être enseignée, qu’elle soit bonne ou mauvaise, a-t-elle dit. Toute la vérité.»

Mme Lang-James, qui est noire et s’identifie comme indépendante politiquement, a déclaré qu’à l’âge adulte, elle avait appris que beaucoup de choses qu’on lui avait enseignées à l’école manquaient de profondeur et de précision.

«Nous avons appris sur Christophe Colomb et comment il a découvert l’Amérique, a-t-elle déclaré. Mais comment peut-il découvrir quelque chose qui était déjà là ? … J’ai l’impression que ce n’est tout simplement pas toute l’histoire.»

Randi Weingarten, présidente de la Fédération américaine des enseignants, a indiqué que les parents et les enseignants sont frustrés après les perturbations de la pandémie et devraient s’associer pour aider les enfants à se rétablir. Les efforts visant à prédéterminer le programme et à restreindre l’enseignement font obstacle, a-t-elle ajouté.

«Les gens qui les proposent, ils ont été assez clairs… ils veulent juste semer le doute et la méfiance parce qu’ils veulent mettre fin à l’éducation publique telle que nous la connaissons», a déclaré Mme Weingarten.

Les parents d’enfants d’âge scolaire ne sont pas plus susceptibles que les autres adultes de dire que les parents ont trop peu d’influence dans les écoles. Mais il existe un large fossé partisan, avec 65 % des républicains en accord, contre 38 % des démocrates.

Un travail de professionnels

Michael Henry, père de trois enfants à Dacula, en Géorgie, a indiqué qu’il a débattu pour déterminer le bon niveau d’implication. Cela ne lui convenait pas, par exemple, que son enfant de 6 ans ait appris l’histoire de Christophe Colomb sous un jour entièrement positif. Il a précisé qu’il a réfléchi à «certains des mensonges» et aux «glorifications de l’histoire» dans sa propre éducation scolaire publique et pense qu’il faut parler davantage de la race.

Mais en fin de compte, le programme scolaire est «en dehors de mon domaine d’expertise», a ajouté M. Henry, 31 ans, actuaire, qui est également président par intérim des jeunes démocrates du comté de Gwinnett.

«Je dois faire beaucoup d’études et de travail pour pouvoir prendre des décisions éclairées, et je n’ai pas l’impression que les parents ont généralement ce genre de compétences, a-t-il déclaré. Je pense que surtout les professionnels devraient déterminer ce que devrait être le programme.»

M. Henry craint que les nouvelles restrictions «ajoutent des tracas supplémentaires aux enseignants, qui ont déjà beaucoup à faire, pour résoudre un problème qui n’existe pas».

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Le sondage AP-NORC auprès de 1082 adultes a été mené du 17 au 21 mars à l’aide d’un échantillon tiré du panel AmeriSpeak basé sur les probabilités de NORC, qui est conçu pour être représentatif de la population américaine. La marge d’erreur d’échantillonnage pour tous les répondants est de plus ou moins 4 %.

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