Garderies: Christine Labrie dénonce le «mépris» affiché par François Legault

QUÉBEC - Le premier ministre François Legault méprise les femmes en attente d'une place en garderie, selon la députée solidaire Christine Labrie, plus que jamais préoccupée par ce qu'elle estime être un manque flagrant de sensibilité du gouvernement dans ce dossier.

Mme Labrie estime que le gouvernement Legault est sourd aux besoins de ces milliers de femmes qui attendent désespérément une place pour leur enfant, devant renoncer à leur vie professionnelle et à leur autonomie financière pour s'occuper de lui, forcées contre leur gré de demeurer à la maison faute d'appui gouvernemental.

Elle a fait ces commentaires vendredi, à la veille de la manifestation organisée devant le parlement par le regroupement Ma place au travail, dirigé par Myriam Lapointe-Gagnon. La manifestation de samedi, à laquelle prendront part plusieurs élus, vise à souligner le premier anniversaire de création du mouvement.

«Le dossier des garderies n'a jamais été important pour eux», a tranché la députée de Sherbrooke, en entrevue à La Presse Canadienne, dans son bureau du parlement, en ajoutant en appui à sa déclaration que le gouvernement Legault, lors de la dernière campagne électorale et durant les années suivantes, «n'a jamais eu l'intention de développer le réseau de services de garde».

«Ce n'était pas dans leur plan de match. Ce n'était pas dans leur projet politique», jusqu'à tout récemment, déplore la députée, qui est la leader parlementaire de sa formation, en rappelant que M. Legault préférait miser sur la création des maternelles 4 ans.

Pendant ce temps, les femmes se sont appauvries et vont continuer de s'appauvrir tant qu'elles ne trouveront pas de place, dit Mme Labrie, convaincue que le premier ministre devrait s'excuser auprès de toutes ces mères placées dans une situation précaire, peut-être pour des années.

Mère Teresa

Jeudi, en Chambre, Mme Labrie avait profité de la période de questions pour interpeller le premier ministre à ce sujet, alors que plusieurs parents étaient présents dans les gradins du Salon bleu.

«Savez-vous quoi? Moi, ça ne me surprend pas qu'ils abandonnent ces femmes-là. Ce qui me surprend, c'est qu'ils continuent de dire qu'ils sont féministes», a commenté alors la leader du deuxième groupe d'opposition.

M. Legault l'a traitée de «Mère Teresa».

Quelques heures plus tard, en point de presse, la députée demandait des excuses, pas pour elle, mais pour toutes les mères en attente d'une place. «Je n'ai pas aimé le mépris avec lequel il le disait et le mépris avec lequel il reçoit nos demandes, puis j'aimerais qu'il traite les demandes de ces femmes-là avec considération, honnêtement», disait-elle, promettant de se porter à la défense de ces femmes «aussi longtemps qu'il le faudra».

Le premier ministre Legault peut bien continuer à l'appeler Mère Teresa si cela lui chante, en autant, dit-elle, qu'il «réponde à leurs demandes», et plus tôt que tard.

En attendant que de nouvelles places soient disponibles, Québec solidaire réclame le versement d'une aide financière temporaire, une prestation d'urgence fixée à 870 $ par mois. Le ministre de la Famille, Mathieu Lacombe, a aussitôt rejeté cette idée.

En octobre 2021, donc trois ans après avoir pris le pouvoir, le gouvernement Legault a promis de créer 37 000 places d'ici 2025, soit au cours d'un éventuel deuxième mandat.

Mais la récente conversion du premier ministre pour la création de dizaines de milliers de places, Mme Labrie n'y croit pas. «Ce n'est pas sincère», selon elle, parce que cela ne fait pas partie «de l'ADN de son parti».

La liste d'attente pour obtenir une place dépasse les 51 000 noms. C'est sans compter la pénurie chronique d'éducatrices, nombreuses à quitter leur profession au cours des dernières années. Il manquerait quelque 17 800 éducatrices dans le réseau, selon le ministère de la Famille.

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