Théâtre - Parole de fleuve

Auteur dramatique, poète, comédien et metteur en scène, Larry Tremblay s'inscrit parmi les créateurs québécois les plus originaux. Ses oeuvres, issues du plus pur imaginaire, ne craignent pas de s'aventurer en terre inconnue pour secouer les conventions théâtrales autant que les idées reçues et les préjugés. Et comme leur auteur est un maître de la gestuelle (on se souvient qu'il a étudié la danse katakhali en Inde pendant plusieurs années), mots et gestes jouent des rôles d'égale importance dans son théâtre.

Parmi la vingtaine d'oeuvres de Larry Tremblay qui ont été montées au Québec, on se souviendra, entre autres, du Déclic du destin (1988), de Leçon d'anatomie (1992) et de Dragonfly of Chicoutimi (1993), qui a connu un succès remarquable et gagné plusieurs prix. Comme plusieurs de ses pièces, celle-ci a été montée à travers le monde. Ce solo était interprété de façon bouleversante par le regretté Jean-Louis Millette. Au Québec, on a pu voir également Le Génie de la rue Drolet (1994), Ogre (1995), Les Mains bleues (1997) et Le Ventriloque (2001), dont la production montréalaise mise en scène par Claude Poissant a récolté six nominations au Gala des Masques (dont celle du meilleur texte original) et remporté le Masque de la meilleure production de l'année à Montréal en 2003.

À partir de mercredi prochain, le Théâtre d'Aujourd'hui met à l'affiche Trois secondes où la Seine n'a pas coulé, de Larry Tremblay, un monologue poétique et empreint d'un humour subtil, où le dialogue affleure constamment. En personnage principal: un fleuve, la Seine, qui s'arrête de couler et qui prend la parole:

«Une nuit

Je me suis endormie

Je ne coulais plus

Trois secondes à peine

Personne ne l'a remarqué

Mais j'ai fait un rêve

Mon premier

Le voici.»

Et que peut-on bien attendre d'un fleuve qui se met à parler, sinon d'étonnantes révélations! Car la Seine ne se contente pas de rêver, elle a parfois des idées folles. Mais voilà la Vérité qui s'amène, elle qui a l'habitude de se cacher au fond d'un puits. Celle-ci a tout vu, dit-elle, de la tendresse de deux amants «en feu»; elle a entendu leur dialogue et suivi leurs amours:

«M'aimes-tu?

Ah la jolie question [...]

Comme dans les films

Quand le train quitte la gare [...]

Je t'aime beaucoup [...]

Beaucoup est une valise perdue

Je t'aime énormément

Énormément est un petit poisson triste

Je t'aime jusqu'à la fin des temps

La fin des temps a perdu son chemin.»

La Vérité entreprend de confier ses pensées à la Seine; puis elle interroge son reflet et retourne se cacher. La Seine, de son côté,

réfléchit et finit par tout oublier avant de se remettre à couler.

Geneviève Martin interprétera ce solo aussi émouvant que séduisant.

Larry Tremblay a été deux fois finaliste au Prix du Gouverneur général du Canada. Il a, notamment, remporté le Grand Prix de la Société Radio-Canada, ainsi que le premier prix du Concours du Centre d'information théâtrale de Verviers, en Belgique.

En septembre 2000, le Salon du livre du Saguenay-Lac-Saint-Jean lui rendait hommage pour l'ensemble de son oeuvre.

Trois secondes où la Seine n'a pas coulé, une production de Microclimat Théâtre

mise en scène par Marie France Goulet, prend l'affiche à la salle Jean-Claude Germain du Théâtre d'Aujourd'hui

du 11 au 28 janvier 2006 à 20h. Information et réservations: (514) 282-3900.