12e Soirée des Masques - La Cloche de verre triomphe

Le jeu époustouflant de Céline Bonnier dans La Cloche de verre lui a valu le Masque de l’interprétation féminine.
Photo: Annik MH de Carufel Le jeu époustouflant de Céline Bonnier dans La Cloche de verre lui a valu le Masque de l’interprétation féminine.

C’est la pièce La Cloche de verre qui est sortie grande victorieuse de la douzième Soirée des Masques, qui se tenait hier à Montréal. La production conjointe du Théâtre de Quat’Sous et de Sibyllines a remporté pas moins de cinq prix, sur un total de sept nominations. Le jeu époustouflant de Céline Bonnier lui a valu le Masque de l’interprétation féminine, alors que la pièce, adaptée du texte La Cloche de détresse de la poète américaine Sylvia Path, a aussi gagné les prix de la mise en scène, de la production «Montréal», de la conception des costumes et de la conception sonore.

Une agréable surprise attendait aussi King Dave, de la jeune compagnie montréalaise L.I.F.:T, qui est repartie avec les Masques du meilleur texte original et de l’interprétation masculine. Tous deux ont été remis à Alexandre Goyette, à la fois l’auteur et l’acteur qui y tient un jeu en solo au rythme effréné. «Merci aux 637 spectateurs qui sont venus voir King Dave», a-t-il lancé, à la fois étonné et ému. Présentée au Théâtre Prospero, la pièce s’attarde au rapport de la jeune génération avec une violence urbaine de plus en plus présente et gratuite, sur un ton à la fois grinçant et touchant.

Le Projet Andersen, mis en scène par Robert Lepage, a remporté la faveur populaire avec le Masque du public, décerné à la suite du dépouillement de 45 000 bulletins de vote. Ce Projet faisait notamment la lutte à La Cloche de verre et à Jouliks. Mise en scène par Robert Lepage, la pièce a aussi obtenu le Masque de la production «Québec». Le Théâtre des Confettis, également de Québec, remporte le Masque «des enfants terribles», avec Wigwam. Ce prix décerné à partir du vote de 23 571 jeunes spectateurs. La «révélation» va aussi à cette production, puisque Érica Schmitz a été primée pour les décors, accessoires et costumes.

La comédienne Catherine Bégin est allée chercher le seul Masque décerné à Jouliks, celui de l’interprétation féminine dans un rôle de soutien. La pièce, produite par le Théâtre d’aujourd’hui, était pourtant en lice à six reprises. Déception aussi pour Les bonbons qui sauvent la vie, de la compagnie Jean Duceppe, et pour Le Discours de la méthode, une coproduction du Théâtre du sous-marin jaune et du Théâtre de la bordée, tous deux rentrés bredouilles malgré cinq nominations. En dépit de quatre nominations, Le Procès de Kafka, du Théâtre du Nouveau monde, est lui aussi resté sur sa faim. Le seul Masque remporté par le TNM, celui de la contribution spéciale, est allé à l’imposante Tempête, pour le concept multimédia de Michel Lemieux et Victor Pilon.

L’Académie québécoise du théâtre a par ailleurs remis son prix hommage au Centre des auteurs dramatiques (CEAD), qui célébrait en 2005 sa 40e année d’existence. Ce centre créé par des artistes pour des artistes se dévoue pour faire rayonner la dramaturgie québécoise ici et à l’étranger. Le CEAD compte aussi un centre de documentation qui met à la disposition du public les textes de plus de 3300 pièces québécoises et franco-canadiennes, en plus d’une foule d’archives liées à la dramaturgie.

Une récolte qui profite à plusieurs
Pas moins de 16 productions sont reparties hier avec au moins un prix, au cours d’une soirée qui a ménagé une place importante aux artisans de l’envers du décor, notamment au processus de création d’une pièce de théâtre.

Le Masque de l’interprétation masculine dans un rôle de soutien est revenu à Jean-François Casabonne, pour son rôle dans Gertrude (Le Cri), présentée à l’Espace Go. Dans cette catégorie, il était en compétition avec Michel Dumont (Les bonbons qui sauvent la vie) et avec Normand Chouinard (Le Procès). La pièce avait déjà été primée en octobre par l’Association québécoise des critiques de théâtre. Le prix de la conception des décors est revenu à Jean Hazel, pour Le Langue-à-langue des chiens de roche.

Glouglou est sortie gagnante dans la catégorie «jeunes publics», le Masque de la «traduction/adaptation» est allé à Tête Première, celui de la production «régions» à Une ardente patience et l’«étrangère» à La Chambre d’Isabella. Tout Shakespeare pour les nuls a remporté les honneurs du «théâtre privé», Cette fille-là comme production franco-canadienne, The Facts behind the Helsinki Roccomatios en «langue anglaise» et le Masque des meilleurs éclairages est revenu à L’Impératrice du dégoût.

C’est René Richard Cyr qui a assumé le rôle de maître d’oeuvre de la soirée, à titre de directeur artistique et de metteur en scène. Afin d’égayer la remise des 24 trophées, il a changé la formule traditionnelle tournant autour d’un seul animateur pour confier la soirée à quatre comédiens: Serge Postigo, Guylaine Tremblay, Anne Dorval et David Savard.

Leur animation, appuyée par les interventions de quelques artistes et artisans des planches québécoises, a donné toute la place à la dramaturgie. Les diverses interventions qui ont ponctué la soirée étaient d’ailleurs jouées à la manière d’extraits de pièces de théâtre. Bref, une grande fête de la scène qui a aussi été l’occasion de faire la promotion des oeuvres à venir dans les prochains mois, afin de stimuler l’engouement du public.