Théâtre jeunes publics -Aller loin

Pour ceux qui ne le sauraient pas encore, Agnès Limbos est en ville! Yeah! Cette fois-ci, la grande comédienne belge a traversé les grandes eaux et s'est posée à la Maison Théâtre, rue Ontario, pour nous raconter une histoire très dure: celle du vilain petit canard.

Agnès Limbos, c'est une actrice exceptionnelle, toutes catégories confondues. Elle se présente sur une scène vide, éclairée par une rangée de projecteurs; au fond, un grand rideau rouge; à sa gauche, un petit tableau noir marqué d'un X. Rien d'autre. Elle s'avance avec ses airs de clown émancipé depuis peu, un peu pataude, gauche, tout ce qu'il faut pour qu'on sente qu'elle investit aussi sa fragilité dans l'aventure; et elle nous regarde. C'est comme cela que tout va se passer: dans ce contact direct, intense, vrai, toujours à la fois drôle et dérangeant.

Elle raconte alors une histoire presque sordide. Celle d'un tout petit être rejeté, mis de côté, agressé, délaissé, abandonné, le plus loin possible, à ses tout petits moyens à cause de sa seule différence. Elle le fait sans s'apitoyer, bien au contraire: les mots sont crus, tout autant que la difficile réalité que doit affronter «le petit». Elle aussi, elle va loin: dès la première phrase, elle nous dit qu'«il» va mourir. Et que ça va se passer devant nous, précisément (X). Alors que le petit a grandi, qu'il s'est fait un ami puis qu'il l'a perdu, qu'il est tombé amoureux et que c'est l'hiver déjà et qu'il est en train de mourir en plein milieu d'un lac gelé, à minuit moins le quart...

Tout cela, Agnès Limbos le raconte d'abord avec ces mots qu'elle nous lance à la figure en nous regardant dans les yeux et en nous montrant clairement qu'elle joue. Mais elle réussit à provoquer d'intenses émotions chez les spectateurs en utilisant aussi une hallucinante série d'objets hétéroclites. Le lac dans lequel le petit est train de mourir, par exemple, est un grand bol à salade rempli d'eau. Elle utilise aussi des castagnettes et des chiffons de toutes les couleurs, des gants de plastique, des pétards, des plumes, bien sûr, et des abat-jour. On est au théâtre, non?

Mais soyez prévenu que «le message» passe. J'ai vu à la première, l'autre soir, beaucoup d'yeux rougis et de «mottons dans la gorge». C'est ce qui arrive quand on ose aller loin.