Théâtre - Pour la Thérèse de Lorraine Côté

Source Jean-François Landry
Une scène de la pièce En pièces détachées avec Denise Verville (de dos sur notre photo), qui incarne la mère, Albertine, et Lorraine Côté, qui joue le rôle de Thérèse.
Photo: Source Jean-François Landry Une scène de la pièce En pièces détachées avec Denise Verville (de dos sur notre photo), qui incarne la mère, Albertine, et Lorraine Côté, qui joue le rôle de Thérèse.

Québec — La rencontre entre le metteur en scène Frédéric Dubois et Michel Tremblay est à la hauteur de ce qu'elle promettait. Portée par l'interprétation foudroyante de Lorraine Côté, En pièces détachées est une expérience théâtrale fort belle et terriblement douloureuse.

Douloureuse parce que tout le monde souffre dans cette pièce, à l'exception du fou de la famille, Marcel (Frédérick Bouffard) qui, grâce à ses lunettes magiques, se sent assez fort pour affronter le monde. L'action tourne surtout autour du désespoir de sa soeur, Thérèse, qui n'arrive pas à concilier sa vie et sa nature. Âgée d'une quarantaine d'années, elle vit dans un petit logement de la rue Fabre avec son mari Gérard (Guy Daniel Tremblay), sa fille Joanne (Catherine Larochelle) et sa mère Albertine (Denise Verville). Thérèse est alcoolique, endettée et éprise de liberté. Elle ne sait pas par où commencer pour s'en sortir, alors elle fait n'importe quoi.

Dans la peau de ce personnage à la fois simple et complexe, Lorraine Côté trouve un rôle à la mesure de son grand talent. Son interprétation est littéralement bouleversante. Elle vous serre le coeur. La comédienne n'existe plus, on ne voit que cette femme apparemment si forte se transformer progressivement en une pauvre fillette pleurant aux pieds de sa mère.

De cette dernière scène, Frédéric Dubois a dit qu'elle était l'un des plus beaux moments du théâtre québécois, et cette production nous en convainc. Le jeune metteur en scène nous montre, une fois de plus, qu'il sait mettre les textes en valeur.

Alors que la musique prend un peu trop de place au début, les éléments visuels et sonores servent bien les mots. Chapeau à Michel Gauthier qui a imaginé une forêt d'escaliers grimpant vers le vide. Voilà un beau symbole de l'existence de cette colonie de désespérés dont l'avenir est bouché. Les escaliers permettent par ailleurs d'accueillir le choeur des voisines qui trompent l'ennui en espionnant les chicanes de ménage de Thérèse et sa famille, comme s'il s'agissait d'une émission de télé-réalité.

Créée en 1969, En pièces détachées est la deuxième pièce de Michel Tremblay. Comme son nom l'indique, il s'agit d'un collage de scènes, d'une pièce plusieurs fois modifiée dont on nous présentait ici la cinquième version. L'auteur y est beaucoup attaché parce qu'il s'agit de la «genèse de la famille d'Albertine», «le noeud de toute [son] oeuvre». Ainsi, ceux à qui son univers est familier y retrouveront des personnages vus ailleurs, et ceux qui le connaissent moins ont là une belle occasion de le découvrir.

Avis aux intéressés, le décor de Michel Gauthier sera de nouveau mis à profit, le 10 octobre prochain, lors du Lundi de la danse. La formule permet à un chorégraphe (Daniel Bélanger cette fois-ci) de concevoir une oeuvre à même le décor.

Collaboratrice du Devoir