Festival mondial des arts pour la jeunesse - Devenir un train...

À l'heure où la grande majorité des spectacles ont déjà quitté l'affiche du festival et que la plupart des visiteurs francophones sont retournés chez eux, une dernière vague de productions s'apprête à déferler sur les congressistes de l'ASSITEJ.

On pense surtout aux Illuminations d'après Rimbaud, qui se sont installées hier soir dans la salle de répétition du TNM après tous les démêlés que l'on sait; à cette double curiosité de la compagnie mexicaine Compania teatral los endebles que sont La Historia de la Oca (L'Histoire de l'oie de Michel-Marc Bouchard) à la Maison de la culture du Plateau-Mont-Royal et El puente de piedras y la piel de imagenes (Le Pont de pierres et la peau d'images de Daniel Danis) chez Prospero. Il y a aussi cette production du Théâtre de l'Est parisien (Ah! là là! Quelle histoire!, à l'Usine C) et cette création israélienne au titre bizarroïde, Itamar walks on walls, chez Prospero... mais il faut garder le plus d'espace possible pour Léon le nul, que j'ai vu hier dans la petite salle Jean-Claude Germain du Théâtre d'Aujourd'hui.

Léon le nul, c'est d'abord un texte absolument remarquable de Francis Monty du Théâtre de la Pire Espèce, le plus riche, le plus achevé qu'il nous ait livré jusqu'ici. Léon, c'est un petit garçon qui veut devenir un train. Pour échapper à ses camarades de classe qui lui courent après parce qu'il est trop petit, qu'il est mal habillé ou qu'il sent mauvais, qu'il est nul quoi, il s'est mis, Léon, à courir le plus vite possible même s'il n'a pas de bulles d'air dans ses souliers, lui. Aussi vite qu'un train. Aussi solide qu'un train aussi. Puissant. Dur. Invincible qu'il veut devenir, Léon... Pour y arriver, il mange des clous. Même des boulons. Et il essaie de crier plus fort que les trains quand ils sortent de la gare. Pour pouvoir un jour, le plus vite possible, grandir et vivre en paix, différent des autres.

C'est le comédien Martin Dion qui habite avec une grande justesse et beaucoup de ressources le personnage de Léon; il donne ici une performance brillante, toujours juste, sans éclaboussures. De la mise en scène de Gil Champagne, il faut d'abord dire qu'elle sert fidèlement le texte de Francis Monty en suggérant un imaginaire qui colle au personnage de Léon. Sa proposition est plus qu'honnête, mais on devine que le spectacle pourrait littéralement éclater, s'envoler et séduire tous les publics du monde. Vous avez encore la chance de voir par vous-mêmes ce soir et demain, à 19h au TdA.

En vrac

- Le forum organisé par la Maison Théâtre dans le cadre du congrès de l'ASSITEJ sur le thème Quels théâtres pour quels publics? se terminait hier après deux jours de délibérations souvent intenses et toujours fort instructives. J'ai eu la chance d'y passer plusieurs heures et il faut souligner à quel point de telles rencontres sont nécessaires. À titre d'exemple, c'est la première fois, à ma connaissance, qu'on pouvait entendre des Belges, des Français, des Québécois et des Néerlandais expliquer le système en place chez eux. Nous avons tous à apprendre des expériences des autres dans le secteur et, heureusement, Alain Grégoire a décidé de publier les actes de ces rencontres dans une nouvelle publication de la Maison Théâtre, Empreintes, qui viendra rejoindre une première plaquette publiée à l'occasion du Rendez-vous Zéro-Six du printemps dernier. Avis aux intéressés.