Théâtre - Des féministes revues et corrigées

La formule de la revue reviendrait-elle à la mode? On pourrait le croire cet automne, avec la résurrection des Fridolinades au Théâtre Denise-Pelletier et la création d'une revue de l'année au Rideau Vert. Présenté au Bain Mathieu, Parlons chasse et pêche n'en est pas si loin, création collective où six jeunes comédiennes jouent, chantent, dansent, marient commentaires sociopolitiques et numéros comiques. Sympathique et inégale, la première production du Théâtre Sans Borne se situe quelque part entre le spectacle de sketchs humoristiques, le théâtre engagé et le show d'étudiants...

Sous la direction de l'auteure et metteure en scène Marie-Ève Gagnon, elles y discutent de condition féminine, d'immigration, de racisme, de langue, de sexualité, d'exclusion, de leurs mères. D'un peu de tout, quoi, sauf, bien sûr, de chasse et de pêche... Créé à partir de trois laboratoires (chant, jeu et écriture), ce show forcément hétérogène est d'abord une vitrine pour mettre en valeur les talents des polyvalentes demoiselles, qui viennent chacune son tour interpréter une chanson de leur cru et se permettent même un numéro collectif de claquettes. On pourra trouver qu'elles s'éparpillent trop, que toutes les chansons ne se valent pas (celle d'Amélie Chérubin-Soulières est particulièrement puissante). À près de trois heures, entracte inclus, Parlons chasse et pêche gagnerait à être resserré. Certains numéros perdent leur efficacité à être trop étirés (L'Emploi, par exemple).

D'autres scènes emportent d'emblée l'adhésion. Le personnage récurrent de gamine, habilement campé par Caroline Gendron, est délicieux. Et impossible de résister à Getting Ready for the Night, avec sa drôlerie proche du cinéma muet burlesque. Un numéro qui, sans parole (et sans fausse pudeur), illustre le barbare rituel de beauté féminin. Et, partant, le rapport tordu des femmes avec leur corps.

Si l'autodérision est souvent au rendez-vous de ce spectacle festif («Je suis plus capable de travailler avec des filles!» est le leitmotiv de la soirée), les messages semblent parfois gros. Voir cette scène qui tourne au didactisme, avec son avalanche de statistiques alarmantes sur l'avortement des bébés filles dans certains pays d'Asie (soulignons toutefois la prestation crédible de Geneviève Maynard en Indienne).

Il faut dire que les créatrices professent l'ambition de tracer un portrait «de la femme québécoise de la nouvelle génération». Leurs personnages se débattent donc entre les revendications sociales et les fantasmes traditionnels, entre la méfiance du féminisme (un mot plus ou moins honni) et la conscience de la situation des femmes du Tiers-Monde. En tout cas, à entendre la longue liste de leurs modèles — qui s'étend de Madonna à Françoise David — ces complexes Girls des années 2000 ne sauraient être réduites à une étiquette unidimensionnelle, et c'est tant mieux.

Collaboratrice du Devoir