Théâtre - Tragicomédie jouissive au Rideau Vert

Au terme d'un passage périlleux sur le plan financier, le Théâtre du Rideau Vert engageait l'année dernière Denise Filiatrault pour tenter de retrouver une vigueur qui lui permettrait de se tirer honorablement d'affaire à l'avenir. Dès l'ouverture d'une saison dont la programmation s'annonce prometteuse, la directrice artistique du Théâtre du Rideau Vert joue un as en mettant en scène La Visite de la vieille dame, du dramaturge suisse Friedrich Dürrenmatt (1921-1991), une oeuvre marquante dans le répertoire dramatique international.

Il y a longtemps que Denise Filiatrault avait envie de monter cette pièce dont la double nature comique et tragique la fascine: «Je suis également attirée par le personnage de cette vieille dame qui est aussi attachante que troublante. J'ai aimé la pièce la première fois que je l'ai vue.» Denise Filiatrault considère cette pièce comme idéale pour la rentrée: «C'est de l'excellent théâtre, susceptible de plaire à des publics très différents, et c'est le genre de théâtre que je veux faire connaître comme directrice artistique du Rideau Vert.»

Une histoire de vengeance

La Visite de la vieille dame est une magistrale histoire de vengeance. «L'histoire est poussée à l'extrême, et en même temps elle semble possible! Au fond, c'est une tragédie, malgré le fait que plusieurs personnages nous fassent rire. Les dialogues brillants et les scènes comiques empêchent la lourdeur de s'installer, précise Denise Filiatrault. Grâce à ces moments drôles, la pièce ne sombre jamais dans le mélodrame.»

Clara Zachanassian, la vieille dame, est née dans une petite ville imaginaire appelée Güllen, «quelque part en Europe», écrit l'auteur. «À la suite d'une histoire d'amour, elle a été chassée de son village alors qu'elle était jeune. Entretemps, elle s'est mariée huit fois et elle est devenue milliardaire», raconte la metteure en scène. Quarante-cinq ans plus tard, elle revient dans son patelin, qui est sérieusement appauvri par une crise économique. «Les habitants de la ville sont dans la misère. Quand on est affamé, on est prêt à tout, et si on nous donne à manger, tout peut changer. Les êtres humains sont faibles devant la faim. Tous les habitants se réunissent donc pour l'accueillir; ils comptent sur elle et espèrent qu'elle va les sauver de la faillite.»

La vieille dame acceptera, mais elle leur posera une condition, terrible: «Elle a des comptes à régler; c'est pour accomplir sa vengeance qu'elle est revenue. Et quelle vengeance!» «Je m'achète la justice», annonce-t-elle en guise d'explication. «Pour que le besoin de se venger soit demeuré si grand chez Clara Zachanassian, il faut que son amour ait été sublime...», remarque Denise Filiatrault. «Maintenant qu'elle s'est enrichie alors que les gens de son village sont restés dans l'indigence, elle a les moyens de prendre sa revanche en regard de la cruauté dont elle a été victime jadis. Ce qui me touche en elle, c'est la passion qui l'anime, la fermeté avec laquelle elle poursuit son plan jusqu'au bout, son côté monstrueux, presque amoral, et son ironie. C'est un personnage riche en contradictions», ajoute la metteure en scène.

Distribution étoilée

L'abondante distribution de la pièce compte normalement vingt comédiens et comédiennes; Denise Filiatrault se tire d'affaire avec seize interprètes: «Jacques Godin joue l'amant de ses 17 ans; Jacques Girard, le maire de la ville; François Tassé incarne le pasteur; Jean-Louis Roux, le juge; Suzanne Garceau, la femme de l'ancien amant de la vieille dame; on retrouve aussi Ghyslain Tremblay et Yvan Benoît qu'on ne voit pas assez souvent... Certains comédiens assurent deux ou trois rôles, Paul Cagelet, par exemple.»

Une distribution triée sur le volet dont la metteure en scène se montre particulièrement fière: «Et je ne vous ai pas encore parlé d'Andrée Lachapelle, qui joue la vieille dame! C'est la première fois que j'ai l'occasion de travailler avec elle; Andrée est un ange du théâtre, un peu comme Pierrette Robitaille, explique la metteure en scène. À 73 ans, Andrée savait son texte sur le bout de ses doigts dès le début des répétitions. Elle est toujours à l'heure, toujours de bonne humeur, attentive aux autres. Pour ne rien dire du fait qu'elle est belle et que c'est une comédienne exceptionnelle, riche de l'expérience de toute une vie. Elle a la cote d'amour partout et je comprends maintenant pourquoi!»

Inutile de préciser que Denise Filiatrault éprouve un grand plaisir à mettre en scène des pièces comme La Visite de la vieille dame, avec une distribution qu'elle compose sur mesure. «On est déjà presque prêts; on rode la pièce depuis plus de 15 jours. On a donc le temps de peaufiner. Seize personnages sur scène, c'est du monde! Je me promène de jardin à cour et de cour à jardin pour être sûre que tous les spectateurs voient bien de partout ce qui se passe sur scène; quand on paye son billet et qu'on se donne la peine de venir au théâtre, on mérite de bien voir, et j'y veille!»

En mai, un autre grand moment de bonheur attend Denise Filiatrault au Rideau Vert, puisqu'elle y montera My Fair Lady, une version scénique de la comédie musicale qui offrit à Audrey Hepburn l'un de ses plus grands rôles et que la metteure en scène rêve également de diriger depuis plusieurs années.

Collaboratrice du Devoir

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La Visite de la vieille dame, de Friedrich Dürrenmatt, mise en scène de Denise Filiatrault, avec Andrée Lachapelle, Jacques Godin, Jean-Louis Roux et 13 autres interprètes. Au Théâtre du Rideau Vert, du 27 septembre au 22 octobre, à 20 h. Information et réservations : (514) 844-1793.