Par ici les éclopés

Les théâtres aussi ont une âme. Enfin, une personnalité, un style, une mécanique expressive, quoi. Lundi, l'Espace Go et le Théâtre de Quat'Sous réaffirmaient leurs manières propres, le premier en dévoilant une prochaine saison encore du genre bon chic; le second avec une logique autoréférentielle de textes traitant de l'écriture et des écrivains.

Et La Licorne? C'était hier son tour de lancer sa programmation 2005-06, celle du 30e anniversaire du Théâtre de la Manufacture, à la barre de la salle de la rue Papineau. À vue rapide, avec les extraits et les documents proposés, la petite maison semble rester fidèle à ses goûts pour les marginaux du système et les histoires d'un noir très foncé, le tout exprimé le plus souvent dans un joual poétisé. Même les pièces empruntées à l'étranger, proche ou lointain, en Irlande ou dans le rest of Canada, passent par ce filtre du théâtre des éclopés.

Mais bon, la saison ouvre dans deux semaines avec tout autre chose, soit les six représentations de Toutou rien, une reprise pour cette pièce originale à souhait, inspirée de La Légende des siècles de Victor Hugo, mettant en vedette un ours en peluche mélancolique et philosophe. Une autre reprise enchaîne en septembre, celle de Howie le Rookie, une pièce acclamée de l'Irlandais Mark O'Rowe, traduite par Olivier Choinière.

Début octobre, pour trois soirs, La Licorne accueille Le Christ est apparu au Gun Club, une pièce de son excellence le lieutenant-gouverneur du Nouveau-Brunswick (et poète) Herménégilde Chiasson, racontant la volonté de dépassement de soi de Conrad, un préposé à l'entretien de machines à Coke. La pièce a été créée l'an dernier à Moncton par le Théâtre l'Escaouette.

Une création intrigante

C'est ensuite le tour d'une création franchement intrigante puisqu'elle provient des comédiennes Sylvie Drapeau et Isabelle Vincent, qui ont écrit ensemble Avaler la mer et les poissons. La production dirigée par Martine Beaulne raconte une tranche de vie d'Ariel et Kiki, deux quarantenaires meilleures amies du monde.

Après la onzième mouture des récurrents et obstinés Contes urbains autour de Noël, le Théâtre Urbi et Orbi propose Beaver, de la Canadienne Claudia Dey, un texte sur la maturation d'une jeune fille dans un univers sclérosé et miséreux de Timmins en Ontario. En février, La Licorne propose de nouveau Cette fille-là, de Joan Macleod , avec Sophie Cadieux, vraiment à son meilleur dans le rôle de la narratrice de cette histoire cruelle inspirée du vrai de vrai meurtre collectif d'une adolescente à Victoria, en 1997. La production du Théâtre du Grand Jour a reçu six nominations à la Soirée des Masques l'an dernier.

La salle enchaîne avec encore une belle reprise, celle de Gagarin Way de Gregory Burke, sur le destin tragique de quatre ouvriers confrontés à la misère économique, la bêtise politique et leurs effets dévastateurs sur les identités individuelles et collectives. David Boutin a remporté le Masque de l'interprète masculin en 2004 pour son rôle dans Gagarin Way.

La saison se conclut en avril et en mai avec la création d'Août, un souper à la campagne, de Jean-Marc Dalpé. L'action réunit une famille déstructurée dans une ferme. La documentation parle d'inspiration tchékhovienne. La production dirigée par Fernand Rainville fera appel à de gros canons de la scène, dont Annick Bergeron, Pierre Curzi, Janine Sutto et Marie Tiffo.