La Promesse de l'aube sur scène

Avec son adaptation scénique du roman La Promesse de l'aube, de Romain Gary, le cinéaste André Melançon fera une des plus étonnantes propositions dans la programmation de la prochaine saison de l'Espace Go, dévoilée hier matin, à Montréal. Le réalisateur travaille depuis trois ans à cette transposition dans laquelle sa compagne, la comédienne Andrée Lachapelle, incarnera la mère de l'auteur, joué par Maxim Gaudette (pour le jeune Romain) et Patrick Goyette (pour Gary, adulte).

Îuvre autobiographique d'une touchante puissance poétique, La Promesse de l'aube raconte les relations complexes de l'auteur avec sa mère, une émigrée de l'Europe de l'Est qui sacrifia tout pour la réussite de son fils dont elle réussit à faire un homme libre et talentueux, mais aussi, certainement sans le vouloir, une âme noire, marquée à jamais par cet amour inconditionnel et trop exigeant. L'hymne à la mère sera à l'affiche en janvier prochain et mettra aussi en scène Paul Savoie et Sharon Ibgui.

Les adaptations des classiques d'hier et d'aujourd'hui deviennent de plus en plus populaires sur les scènes québécoises. Le TNM a connu un de ses plus grands succès avec L'Odyssée mise en scène par Dominic Champagne. Le TDP a cassé la baraque avec la transposition scénique des Trois mousquetaires.

Romain Gary a souvent été adapté au cinéma, avec peu de grands bonheurs toutefois (sauf peut-être pour Chien blanc). Une transposition de Gros Câlin a remporté un Molière en France il y a quelques années. Sauf erreur, La Promesse de l'aube a été tournée pour la télévision, mais n'a jamais encore abouti sur une scène.

«Go, c'est un espace de liberté et d'innovation pour les artistes qui invitent les publics à prendre plaisir au contact d'écritures étonnantes et d'expériences inédites», a déclaré Ginette Noiseux, directrice du théâtre du boulevard Saint-Laurent, en annonçant sa programmation. «Go s'inscrit dans la modernité, sur le chemin des idées, comme sur le territoire artistique.» Le long slogan de la saison 2005-2006 annonce d'ailleurs: «Le monde change et il est changé par les artistes qui inventent de nouvelles formes!»

Six créations

Au total, la saison 2005-2006 concoctée par Mme Noiseux propose six créations théâtrales et un opéra comique. La liste des metteurs en scène comprend aussi Ludovic Lagarde, Alice Ronfard, Claude Poissant, Julie Vincent, Luce Pelletier et Keith Turnbull. La programmation rassemble 55 comédiens.

La saison s'ouvre dans quelques semaines, en octobre, avec Fairy Queen, du Français Olivier Cadiot, dirigé par Ludovic Lagarde. Go poursuit ainsi sa longue fréquentation du théâtre hexagonal d'avant-garde. Créé à Avignon en 2004, Fairy Queen raconte le passage d'une «fée poète» d'aujourd'hui invitée chez Gertrude Stein, à qui elle explique vouloir balayer l'héritage du siècle tout juste passé.

La saison de l'Espace se termine avec Désordre public d'Évelyne de la Chenelière, l'aboutissement d'une expérience théâtrale menée au Nouveau Théâtre Expérimental de Montréal en 2004 sous le nom d'Aphrodite en 2004. La faune de Désordre public gravite autour de Max, un jeune acteur égocentrique incarné par Maxime Gaudette, qui sera donc deux fois chez Go. La distribution compte également Sophie Cadieux, Jacinthe Laguë, Dominique Leduc et Didier Lucien.

Par ailleurs, l'Espace Go propose deux pièces de sa compagnie en résidence, le Théâtre PàP. À l'automne, ce sera Le Traitement de l'auteur canadien Martin Crimp dans une adaptation et une mise en scène de Claude Poissant. La pièce a été montrée quatre fois au dernier Festival de théâtre des Amériques. À l'hiver, le PàP présentera La Robe de mariée de Gisèle Schmidt, un texte et une mise en scène de Julie Vincent. Elle s'est inspirée de la vie de la comédienne québécoise Gisèle Schmidt qui ne connut jamais de grand amour.

L'espace Go accueillera aussi Trio ou la marionnette vu par... Marcelle Hudon, Danièle Panneton et Brigitte Poupart; Meurtres hors champ, d'Eugène Durif, dirigé par Luce Pelletier, qui clôturera le Cycle Oreste du Théâtre de l'Opsis; et puis, à la fin juin la création de l'opéra comique contemporain A Chair in Love, de Larry Tremblay. Cette pièce de la compagnie Le chien qui chante raconte l'histoire d'un cinéaste tombé amoureux de sa chaise, de son chien rendu jaloux par l'idylle et des complications qui s'ensuivent...