Festival de théâtre des Amériques - Il était une fois la réalité

Le travail de Marie Brassard peut être qualifié de création au sens le plus fort du terme. Avec ce spectacle très maîtrisé, la conceptrice-interprète parachève une triologie urbaine amorcée lors des deux précédents FTA, alors qu'elle présentait Jimmy, créature de rêve puis La Noirceur. Dans le présent volet, Marie Brassard interroge la notion de réalité et cherche à en élargir le sens.

«À mes yeux, tout procède de la réalité», affirme-t-elle dans une note de programme; rêves, peurs, imagination et angoisse lui apparaissent comme différentes facettes de l'existence humaine et participent donc de la réalité. Quant au peepshow, ce bref tête-à-tête balisé dans le temps et dans l'espace qui permet d'entrevoir l'Autre de façon intensément intime, il devient ici métaphore de la rencontre amoureuse et métaphore de la rencontre de l'artiste avec le spectateur au moment du spectacle. Ultimement, le peepshow figure aussi la rencontre de l'être humain avec les innombrables variables de cette insaisissable «réalité». L'intuition qu'elle avait déjà à six ans, à savoir que «la réponse évidente est fausse», est devenue un tremplin de sa recherche.

Pendant l'heure et demie (brève) que dure ce solo composé d'un entrelacs de récits, de monologues et de dialogues, Marie Brassard convoque une pléiade de personnages qu'elle incarne par le truchement d'un micro électronique lui permettant de moduler sa voix et d'emprunter tour à tour le timbre d'un enfant, d'un homme ou d'une femme. L'interprète n'a pas besoin de changer d'apparence: la métamorphose est fascinante et on y croit.

Ainsi, le petit Chaperon rouge, le loup, la grand-mère, une fillette de six ans, une maîtresse d'école et quelques humains viennent livrer leurs parcelles de «réalité». Non seulement Marie Brassard fait-elle ce qu'elle veut faire, c'est-à-dire ouvrir des portes donnant sur des réalités parallèles insoupçonnées, mais elle invente une nouvelle façon de révéler la nature d'un personnage au théâtre. Cela découle du fait qu'elle innove également sur les plans narratif, dramaturgique et gestuel, mêlant l'humour au drame à travers un texte d'une richesse remarquable, misant sur les contrastes, jouant des hiatus les plus audacieux et proposant une poésie magique qui change les gestes en chorégraphie.

Une chaise tournée face au public sur une moquette qui absorbe les bruits de pas, un mur strié de fentes verticales illuminées, il ne lui en faut pas plus pour mettre en place le décor dont elle a besoin. L'enfance, le désir et une solitude existencielle habitent ce décor à travers la grâce d'une interprète exceptionnelle, totalement engagée dans son art.