Théâtre - Viens faire un tour au salon

Le Nouveau Théâtre expérimental a toujours pratiqué la satire des phénomènes sociaux. Mais rarement a-t-on pensé à un objet aussi approprié que ces foires commerciales qui font courir les foules. Or le théâtre, surtout contemporain, pouvait-il résister encore longtemps à la nécessité d'avoir un salon pour exposer et vanter ses produits? Un petit détour par l'Espace libre s'impose donc ces jours-ci à l'amateur désireux de rester en phase avec la création contemporaine.

Très vite, le sixième Salon international du théâtre contemporain (SITC) met les théâtreux au fait des dernières tendances. L'Inde, représentée par le Théâtre Après la vague, étant l'invité d'honneur cette année, son influence déteint sur de multiples exposants. Plusieurs ne jurent en effet que par la transe, le chamanisme, l'animal en soi, le corps et l'hédonisme tandis que d'autres s'affairent à renouveler l'engagement politique. Dans ce camp, on retrouve pêle-mêle des défenseurs de la cause gaie et lesbienne, des tenantes d'un féminisme appliqué aux actrices, des patriotes nouveau genre et même des militants appartenant au TSE. Dimanche, il revenait à ce groupuscule de présenter son laïus sur la scène Le Devoir du SITC. Revendications et prise d'otage étaient au rendez-vous, jeu auquel Denis Marleau s'est prêté avec grâce. L'exercice n'a pas été sans rappeler des souvenirs émus à quelques-uns.

La visite se déroule néanmoins dans un salon à ironie variable, cette dernière étant distillée par les moyens les plus variés. Certains misent sur du matériel promotionnel éloquent, d'autres prêchent plutôt par l'exemple. Cohérents, les adeptes du Théâtre hédoniste contemporain, bien calés dans leur bain-tourbillon, ne lèvent pas le petit doigt pour vous expliquer leur démarche. En revanche, le service est très personnalisé au stand du Théâtre des actrices que le temps n'atteint pas (TAPNAP), où la cliente se fait décrire par le menu les services offerts. À propos du souci du moindre détail, le Théâtre d'action patriotique du Québec a prévu des forfaits pour les visiteurs de tous les partis politiques, y compris un petit cadeau si vous répondez judicieusement à une question historique. En matière de personnalisation, la palme revient cependant à Nathalie Claude et Gaétan Nadeau (Théâtre gai et lesbienne du Québec), qui vont jusqu'à vous inviter à jouer avec eux.

Sur le plan du jeu, tous les niveaux cohabitent: des comédiens qui endossent véritablement un personnage auquel ils ne dérogent pas à ceux dont la relation avec le visiteur est axée sur la complicité et la cordialité. C'est ainsi que, dans le feu des échanges, une Christiane Proulx lance sans broncher que le Théâtre institutionnel du Québec propose «l'ascétisme dans l'opulence». Au Théâtre agraire du Québec, on tire plutôt une bûche à celui qui veut piquer une jasette. À d'autres stands, la conversation débouche parfois sur un fou rire ou deux.

Pour être très jouissif, ce salon n'en propose pas moins une critique ostensible de la marchandisation de la culture théâtrale. On signale clairement son infiltration par l'ésotérisme et les thérapies douces ainsi que ses compromissions avec des visions politiques douteuses. En un mot, conscientisation rime ici avec plaisir, éternelle marque de commerce d'une troupe qui ne s'assagit pas.

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Sixième Salon international du théâtre contemporain

Direction: Daniel Brière et Alexis Martin. À l'Espace libre jusqu'au 23 avril.