Théâtre - Tremblay à l'hôpital

Québec — Pour clore sa saison, le directeur artistique du Trident, Gill Champagne a voulu reprendre la plus récente pièce de Michel Tremblay, Impératif Présent qui avait été créée à Montréal en 2003. Impressions mitigées sur un texte un peu casse-gueule.

L'oeuvre repose sur un procédé d'effets miroir aussi fascinant que périlleux. Dans la première partie, Claude, 55 ans, dramaturge de son métier, règle ses comptes avec son père aphasique, dans une chambre d'hôpital. Quarante minutes plus tard, on renverse les rôles. C'est au tour de Claude d'être paralysé sur sa chaise, pendant que son vieux père, Alex, lui dit ses quatre vérités dans un texte très rapproché du premier. Les familiers de l'oeuvre de Tremblay retrouveront là les personnages centraux du Vrai monde? Dans cette oeuvre de 1987, le jeune Claude présentait aux membres de sa famille la pièce que ces derniers lui avaient inspirée. Grâce au théâtre, Claude avait trouvé le moyen de faire le procès de son père, un homme frivole, égocentrique et incapable d'amour pour son fils. À la fin de la pièce, Alex brûlait le manuscrit de Claude.

Dans Impératif Présent, les deux hommes se retrouvent trente ans plus tard, confrontés une fois de plus à un impossible dialogue, imposé cette fois par la maladie plus que par leur entêtement. La pénible situation imaginée par Tremblay est vraiment troublante. Elle nous renvoie à nos propres visites à l'hôpital, à ce malaise terrible ressenti face à nos proches lorsqu'ils tombent malades. Mais la pièce a ses faiblesses. Ainsi, le personnage de Claude dont on présume qu'il est l'alter ego de Tremblay, est parfois saoulant lorsqu'il parle de son oeuvre théâtrale et on peine à croire à la colère de ce bel indifférent d'Alex contre son fils. Saluons quand même le mérite de Tremblay d'avoir laissé le dernier mot à ce personnage mal-aimé.

La metteure en scène, Marie-Ginette Guay, qu'on connaît surtout pour son travail de comédienne et ses fonctions de directrice artistique du Périscope, campe le drame dans un décor moderne, glacial, et, pardonnez le jeu de mot, inhospitalier. Des décors et des éclairages coupés au couteau confirment l'absence totale de chaleur humaine en ces lieux. Dans ce dénuement, tout repose sur l'interprétation des comédiens. Et, à ce chapitre, il y avait de quoi être déçu le soir de la première. Jacques Leblanc, à qui incombait le rôle ingrat d'ouvrir le bal, s'est lancé dans son monologue avec beaucoup trop d'intensité, brisant toute possibilité de progression dramatique cohérente. Son jeu très théâtral tranchait avec le caractère intimiste que réclamait la situation. On avait l'impression qu'il s'adressait au public plus qu'à son père. Jacques-Henri Gagnon s'est montré beaucoup plus habile et naturel dans son rôle. Et encore, les passages colériques de son monologue semblaient parfois forcés comme s'il n'était pas à l'aise avec les instructions de la metteur en scène.

Dans une pièce moins statique, ces écueils auraient été moins dommageables, alors qu'ici ça fait mal. On n'a donc pas eu le duel d'acteurs auquel on aurait pu s'attendre de ces deux comédiens de talent. Mais le théâtre étant ce qu'il est, on peut présumer que ces messieurs feront mieux les autres soirs.