Séduction éphémère

Diskøtëk est un de ces happenings éclatés dont Momentum a le secret, ces shows-expériences qui repoussent les frontières de l'espace théâtral. Dans le spectacle signé Sylvie Moreau, François Papineau et Réal Bossé, la discothèque after-hours Aria (qui a pris place dans l'ancien cinéma Berri) sert d'arène aux déhanchements et aux maladroites tentatives de séduction d'une faune colorée.

Comme plusieurs productions de l'audacieuse troupe, Diskøtëk tient du rituel. La prémisse nous transporte en 3005, un futur où les émotions sont inconnues et l'amour, un sentiment perdu. À la lueur de certaines découvertes, un scientifique (Réal Bossé) recrée les étranges moeurs qui avaient cours à notre époque dans les discothèques. Ses théories, quelque peu décalées par rapport à la réalité, deviennent prétexte à une vision caricaturée et fortement ritualisée des jeux de séduction de l'animal humain.

Avec un minimum de textes (livré surtout par Sylvie Moreau), mais un maximum de mouvements et de musique, ce show essentiellement sensoriel reproduit donc le déroulement d'une soirée en discothèque: les montées et descentes d'énergie, les mouvements déchaînés sur le parquet de danse, la valse-hésitation d'un partenaire potentiel à l'autre, la prise d'alcool ou de drogue, devenue ici une cérémonie collective, les fantasmes sexuels inavoués, la frénésie du last call.

S'y ébattent des personnages dissemblables qu'on ne croiserait probablement jamais sur la même piste de danse, tous définis d'un coup d'oeil par les costumes de Julie Lacaille, mélange hétéroclite d'époques et de styles. Des archétypes qui incluent le voyeur (Fred Teyssier), le tombeur cellularisé (François Papineau), la vamp (sensuelle Chantal Dauphinais), le party animal (hilarant Stéphane Crête), etc. Ces étranges spécimens d'humanité circulent parfois dans le public. Se tenant debout autour du plancher de danse qui sert de scène principale, les spectateurs sont eux-mêmes invités à déambuler, pour s'assurer d'un point de vue optimal sur l'action.

Né d'une idée intéressante, Diskøtëk comporte de bons flashs, comme le culte rendu à l'incontournable boule-miroir, des chorégraphies dynamiques, d'amusants numéros d'acteurs, lesquels campent tous parfaitement leur mince personnage.

Mais ceux qui y chercheraient autre chose, un propos, une réflexion, un regard plus poussé sur ce phénomène social, risquent de repartir déçus. Les personnages très typés demeurent des silhouettes peu fouillées. Et qui a fréquenté un peu les temples de la danse n'y apprendra pas grand-chose sur les comportements de ses contemporains, dont on souligne certes le ridicule, mais sans aller plus loin. Faute d'une dramatisation plus forte, Diskøtëk devient plutôt répétitif à la longue, nous abandonnant au simple spectacle de personnages qui... dansent, au rythme de la musique endiablée de Jean-Frédéric Messier.

À ce titre, on pourrait dire que le show ludique de Momentum reproduit fort bien l'expérience standard en discothèque: satisfaisante pour les sens, mais laissant une sensation de vide...