Une métaphore percutante

Beaucoup de fraîcheur dans cet épisode fondateur d'une enfance raconté à la lumière du fantasme par l'auteure Marie-Christine Lê-Huu, qui tient dans sa pièce le rôle de La Petite, sept ans, narratrice et personnage central du récit qu'elle livre aux spectateurs du Théâtre d'Aujourd'hui. Créée en France à Fontenay-aux-Roses il y a quelques semaines par le Théâtre des Sources dans une mise en scène de Gérald Chatelain, la pièce y a été fort bien reçue.

Le décor épouse la nature du texte, qui s'apparente davantage au conte et à la métaphore qu'à un portrait réaliste. Sur un paysage aux couleurs de carte postale naïve où deux arbres fantaisistes qui pourraient sortir tout droit d'un tableau du Douanier Rousseau poussent en symétrie devant l'horizon plat, deux parois flottantes percées de fenêtres évoquent une maison de paille, fragile, livrée aux quatre vents et perméable à la pluie. C'est là que La Petite vit avec ses parents Zak (Patrick Goyette) et Véra (Suzanne Clément), fascinée par le grand amour qui les unit. Zak est une espèce de voyou (c'est le sens du mot joulik) qui part et revient au gré de ses humeurs, tandis que Véra lui reste fidèle malgré les tourments que lui causent les fuites de cet amoureux instable.

Mais c'est le jour où la Mé et le Papé (Catherine Bégin et Aubert Pallascio), parents de Véra et grands-parents de La Petite, débarquent en visite que le drame va se nouer; car Véra et sa mère n'arrivent pas à s'accepter mutuellement; quant au Papé, homme bienveillant et plus magnanime que son épouse, il a choisi de se taire. S'amorce alors une guerre domestique devant laquelle La Petite se sent impuissante, une guerre dont les séquelles finiront par lui dérober son seul ami Guillaume (Guillaume Champoux) et son innocence.

La mise en scène de Robert Bellefeuille traite sans lourdeur le déroulement de cette histoire écrite dans une langue qui présente, on ne peut le nier, une certaine parenté avec celle des enfants dans l'oeuvre de Réjean Ducharme. Une langue truffée d'images, de raccourcis et d'ellipses, qui passe la rampe. Si cette langue se transformait un tantinet à la fin, la portée de la pièce n'en serait que plus dramatique. Quant à la double fonction de La Petite, qui est à la fois narratrice et protagoniste, elle paraît toujours naturelle. Le jeu dépouillé et direct de Marie-Christine Lê-Huu y est pour beaucoup; elle a vraiment le physique de l'emploi et elle est appuyée par d'excellents acteurs qui, comme elle, entrent sans réserve dans l'imaginaire et habitent la poésie du texte. Parallèlement à ses activités d'auteure et de comédienne, Marie-Christine Lê-Huu est également codirectrice artistique du Théâtre Les Moutons noirs.
1 commentaire
  • Louise Chevrier - Inscrite 16 avril 2005 13 h 43

    Langue magnifique!

    J'ai assisté à cette pièce hier et j'en suis encore très émue. Vous ne parlez pas assez de l'émotion provoquée chez les spectateurs et surtout de la langue magnifique adoptée par l'auteure, imagée, métaphorique, ironique et d'une grande lucidité.