Théâtre - L'aveuglement

L'auteur, acteur, metteur en scène et directeur de L'Autre Absolu, Serge Mandeville, affirme avoir tenté de relever le défi que lui a relancé le comédien, Gilles Renaud, de réunir trois courtes pièces en une seule. Autour du complexe est le résultat de cette tentative de faire se croiser plusieurs destins. Naturellement, il s'agit d'une veine très importante de la dramaturgie québécoise, surtout depuis que Robert Lepage a popularisé cette façon de faire avec le succès que l'on sait.

Le procédé exige pourtant une certaine habileté et, habituellement, une bonne dose d'humour afin de faire avaler au public les multiples hasards qui font en sorte que tout ce beau monde se rencontre à un endroit précis et à l'heure voulue. Dans le cas qui nous occupe, l'action culmine autour du complexe Desjardins, au moment où se produit une éclipse lunaire. La relative exceptionnalité du phénomène et l'insistance que met l'auteur dramatique à tartiner la métaphore de l'aveuglement entament bientôt la croyance du spectateur le mieux disposé du monde envers la création. Blagues et références douteuses de même que des répétitions inopportunes achèvent de dilapider le capital de sympathie dont bénéficiait Mandeville.

Non que cette production n'ait pas quelques côtés sympathiques, dont la prestation assurée et rigolote de Brigitte Lafleur en ange gardien d'une employée de bureau, destinée à périr, d'une manière absurde, à la suite du suicide d'un humoriste raté. Encore que la banalité des intrigues restantes (un frère qui se venge de son cadet l'ayant trompé ou encore une femme qui se punit de ne plus susciter le désir de son mari) ne parvient guère rendre transcendants des personnages, qui manquent d'épaisseur. De plus, la direction d'acteurs de Mandeville n'est pas particulièrement nuancée alors qu'il a sous la main de jeunes interprètes de talent tels Marie-Ève Bertrand et Renaud Paradis.

Je ne connais pas suffisamment le travail de Serge Mandeville pour savoir s'il ne se disperse pas un peu trop en voulant tout faire: jouer, mettre en scène, écrire, adapter, diriger et administrer deux troupes, l'une de création et l'autre de répertoire. Je constate seulement qu'après des débuts prometteurs (Le vrai monde?) et des projets sérieux (Crime et châtiment), ses dernières réalisations laissent à désirer. Par conséquent, un coup de barre est nécessaire. Davantage d'encadrement serait-il pertinent? Mystère. D'où la conclusion à laquelle j'en viens. Autour du complexe, sous-titré Histoires d'éclipse, s'avère une production inachevée, qui traite justement des méfaits de l'aveuglement sur ceux qui en sont victimes.