Mise au jeu pour le premier festival d’impro au Québec

Dominic Lapointe, instigateur et directeur artistique du festival
Photo: Francis Vachon Le Devoir Dominic Lapointe, instigateur et directeur artistique du festival

Un premier festival d’improvisation s’apprête à voir le jour à Québec, quarante-cinq ans après la livraison d’un premier match d’impro par le Théâtre expérimental de Montréal. L’instant d’une fin de semaine, l’événement propose une vitrine pour exposer la richesse d’un art national pimpant de vitalité et qui continue d’évoluer, un demi-siècle après sa création, en dehors des bandes, sans texte ni filet.

Le festival réunira le moderne et l’ancien, les vénérables racines autant que les plus frais bourgeons. Il y aura un affrontement au sommet entre la Ligue nationale d’improvisation et la Ligue d’improvisation de Québec, deux institutions toujours fidèles à l’impro calquée sur le hockey conçue par Robert Gravel et Yvon Leduc. Il y aura aussi les nouvelles boutures qui s’amusent à sortir du carcan pour inventer de nouveaux concepts.

À la barre du festival, Dominic Lapointe a l’habitude de naviguer dans l’impro nouveau genre. Cofondateur, en 2012, du Punch Club avec Ogden Ridjanovic, l’échevelé Robert Nelson d’Alaclair Ensemble, et Karl-Alexandre Jahjah, il produit toujours ce spectacle d’« impro de rue » sans règles, plus « bad ass » et davantage inspiré de la lutte que du hockey, selon ses mots.

Vendredi soir, un match de championnat aura d’ailleurs lieu sur le ring du Punch Club, mettant en scène des vedettes de la troisième corde comme les humoristes Arnaud Soly et Virginie Fortin.

La compagnie La Chaumière, une troupe de Québec, aura lancé au préalable les festivités avec Presque Broadway, une comédie musicale de 75 minutes entièrement improvisée. Le lendemain soir, les productions de L’Instable présenteront, de leur côté, un spectacle aux accents jazzés : à la manière d’un trio musical, trois improvisateurs enchaîneront les récits et les personnages, sans caucus ni durée déterminée.

« Le seul moment où ils pourront changer d’histoire, c’est quand un des improvisateurs va faire un décompte : un, deux, trois, précise Dominic Lapointe. Ils vont ensuite lancer une autre impro immédiatement. C’est vraiment une formule inspirée d’un trio de jazz dans un petit bar, le soir. »

Dimanche après-midi, le Carré d’as invitera le public à de l’impro casino. « C’est un croupier qui dirige les improvisations », indique le directeur artistique du festival à propos de cette formule où deux équipes de deux s’affrontent autour d’autant de thèmes. Chacune mise sur la durée des improvisations et dispose d’un joker capable d’imposer une contrainte à l’autre pendant la partie.

Puis, Les Architectes, une troupe de Québec, ne joueront que sur des thèmes proposés par le public, sans concertation ni équipe. Et, en clôture du festival, le Club d’impro présentera une performance inspirée de la populaire émission britannique Whose Line Is It Anyway ?. Le jeu, dirigé par un animateur en connivence avec le public, vise à mettre quatre improvisateurs dans le pétrin pour s’amuser à les voir se dépêtrer.

« Il essaie de les mettre dans le trouble le plus possible, précise le directeur artistique. Au grand bonheur du public, qui les voit essayer de se tirer d’affaire. »

Robert Lepage en invité

L’improvisation et sa constante réinvention témoignent d’un art bien vivant, aux yeux de Dominic Lapointe.

« Quand l’impro classique a été créée en 1977, ç’a été la folie furieuse, tout le monde voulait jouer à ce jeu-là, raconte le directeur artistique du festival. À un moment donné, par contre, tu as le goût de pousser plus loin la création spontanée, de laisser la compétition de côté pour te laisser emporter dans des histoires plus longues, où les joueurs ont plus de temps pour étoffer leur récit et leurs personnages. »

Les parties classiques auront toutefois la part belle samedi. Tout au long de la journée, les étoiles du secondaire, du cégep et de l’université s’affronteront, une occasion d’admirer le savoir-faire d’une relève qui peut maintenant se développer dans toutes les régions du Québec, tellement l’improvisation a imprégné le réseau de l’éducation.

« Le festival, c’est autant pour les mordus que pour les Moldus, aime répéter Dominic Lapointe. C’est dire que ça s’adresse aux initiés autant qu’aux gens qui ne gravitent pas dans le milieu de l’impro et qui veulent s’offrir l’occasion de découvrir de nouveaux spectacles. »

Outre les performances, le festival offrira également l’occasion de réfléchir sur l’importance de l’improvisation pour un grand créateur de Québec : Robert Lepage. Ce dernier participera à un balado enregistré devant public dimanche matin.

« Robert Lepage est un improvisateur de la première heure. Même s’il ne joue plus aujourd’hui, il utilise l’impro comme stimulant d’écriture et de création, souligne Dominic Lapointe. La conversation va permettre de découvrir comment la discipline a influencé son oeuvre. »

Le Québec, berceau de l’improvisation, a mis au monde un jeu qui rayonne désormais en Europe et en Amérique. Il aura toutefois fallu attendre presque un demi-siècle avant que la terre natale de l’impro lui consacre un premier festival dans sa capitale.

« Il était temps, conclut Dominic Lapointe. Étrangement, en Europe francophone, plusieurs compagnies d’impro réussissent à faire de très beaux festivals. Il y a beaucoup plus de gens, là-bas, qui réussissent aussi à vivre de l’impro. Ici, au Québec, ce sont des humoristes ou des comédiens qui en font, même si après 10, 15 ou 20 ans, ils ont atteint un niveau professionnel. »

Le Festival d’impro de Québec

À la salle Multi de La Méduse, du 28 au 30 avril

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